Opinion : Démission de Catherine Fournier

Vive l’indépendance des individus

La démission de la députée Catherine Fournier est devenue le symptôme de ce que j’appelle la « souveraineté classique » inspirée de la seule « croyance » en une option qui aboutirait lors d’un référendum, et qui l’emporte souvent sur la « substance » du projet de pays.

En effet, il ne suffit pas de croire pour réaliser son rêve, il faut aussi se donner les moyens de pouvoir le faire. Les « croyants » sont aveuglés par le côté missionnaire de leur option sans se rendre compte qu’ils nuisent à cette même option, parce qu’ils sont intolérants, se divisent, s’invectivent, comme s’il s’agissait d’une croyance religieuse. La sortie de la députée ressemble à une crise « d’indépendance individuelle » face au parti qui l’a fait élire ! En effet, elle siégera dorénavant comme députée « indépendante souverainiste ». Mais, au-delà des jeux de mots, il convient d’analyser les motifs du geste dans un contexte de changements et de remises en question.

En effet, sous prétexte de vouloir « rassembler les souverainistes », la députée ne fait que les diviser davantage en refusant de faire évoluer son option au sein de son caucus et de son parti.

Son geste ne fait que calquer celui de Martine Ouellet, ex-chef du Bloc québécois, et de Jean-Martin Aussant, ex-chef d’Option nationale, où c’est la « croyance » qui prévalait sur la substance, quitte à discréditer la formation qui les a fait connaître. On connaît les résultats médiocres d’une telle approche dogmatique.

« La ligne juste »

Le comportement suicidaire de la « souveraineté classique » me fait penser à la nébuleuse de la « croyance classique marxiste » des groupuscules d’extrême gauche des années 70-80 où florissaient de multiples partis politiques tels PCCML, PCO, LCML, En Lutte, LOR, LSO, etc. Ces militants idéalistes avaient tous le même projet de société utopique, mais ils s’accusaient les uns et les autres de ne pas avoir la « ligne juste » ou de ne pas incarner la « vraie croyance ». En effet, certains s’inspiraient du modèle marxiste russe ou cubain, et d’autres, du modèle chinois ou albanais.

Ceux qui ont vécu cette époque, dont je suis, se souviennent de cette « croyance toxique », qui minait les syndicats, les associations étudiantes et les milieux intellectuels.

Aujourd’hui, le mouvement « souverainiste québécois », loin d’être mort, est plus morcelé que jamais en plusieurs idéologies politiques souvent sectorielles et parfois « sectaires », pour employer une expression reflétant différentes « croyances ». Il y a bien sûr le Parti québécois (centre gauche) et son programme social-démocrate réalisé à 95 % dans le cadre fédéral, sans oublier Québec solidaire (gauche radicale) avec son programme anticapitaliste. N’oublions pas le Bloc québécois, représentant le volet identitaire nationaliste québécois à Ottawa et enfin le « OUI Québec » faisant le trait d’union entre tous les partis « souverainistes » et qui a déjà échoué dans sa tentative d’établir une feuille de route commune vers la réalisation de la « souveraineté classique ». Un modèle que semble vouloir recréer la députée démissionnaire.

Alors, quel est le malaise ? Les militants en mal de réaliser leur idéal ne voient pas le bout du tunnel, à savoir l’arrivée du grand soir de « la libération nationale ». Ils s’impatientent, mais ne proposent rien, tout en répétant les mêmes erreurs stratégiques de comportement hégémonique d’année en année, comme vient de le faire Catherine Fournier. Ils devraient répondre seulement à une simple question : vous parlez de quelle « souveraineté » au juste ou de quelle indépendance ? La vôtre avant tout ? Ou celle d’une nation qui se cherche encore une identité et qui s’épanouit malgré le déclin de la « souveraineté classique » ?

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