Cet écran a été partagé à partir de La Presse+ Édition du 6 janvier 2014, section AFFAIRES, écran 4

FRANCIS VAILLES

Les femmes boudent les disciplines payantes

Les femmes boudent les disciplines payantes

Si vous avez l’esprit logique, aidez-moi à compléter la troisième phrase. 1 - Les gens qui réussissent mieux à l’école gagnent mieux leur vie. 2 - Les femmes réussissent mieux à l’école que les hommes. 3 - Donc, les femmes…

Non, désolé pour votre logique, mais les femmes ne font pas de meilleurs salaires que les hommes, paradoxalement, et vous le saviez sûrement. Ce que vous ne saviez peut-être pas, toutefois, c’est que cet illogisme ne s’explique pas principalement par le sexisme des employeurs, mais par le choix de carrière que font les femmes, du moins chez les universitaires.

Une étude de Statistique Canada parue en décembre est fort éclairante à ce sujet. Essentiellement, les femmes sont beaucoup moins nombreuses à choisir les disciplines universitaires liées aux sciences exactes, dont les professions sur le marché du travail sont beaucoup plus payantes.

Faisons d’abord un rappel de l’immense progression des femmes ces dernières années. En 1991, les femmes âgées de 25 à 34 ans avaient rejoint le retard de diplomation universitaire qu’elles trainaient depuis des décennies au Canada. Quelque 16 % d’entre elles avaient alors obtenu un diplôme universitaire, la même proportion que les hommes.

Loin de s’arrêter là, les femmes ont continué d’envahir les universités. Si bien que les titulaires d’un diplôme universitaire dans le groupe des 25-34 ans est maintenant de 37 % chez les femmes au Canada, contre 27 % chez les hommes, selon les plus récentes données disponibles (2011). Conséquemment, 59 % de tous les diplômés universitaires de 25 à 34 ans sont aujourd’hui des femmes, indique Statistique Canada.

Les femmes boudent toutefois les domaines scientifiques, constate le chercheur de l’étude, Darcy Hango. Alors qu’elles représentent 59 % de tous les diplômés, elles ne récoltent que 39 % des diplômes universitaires dans le domaine des STGM, acronyme pour les programmes de sciences, technologies, génie, mathématiques et sciences informatiques.

Pire encore : dans la sous-catégorie de l’informatique et des mathématiques, leur proportion tombe à 30 % et dans celle du génie, à 23 % ! Aussi bien dire qu’ingénieurs et informaticiens sont des emplois aussi masculins que garagistes ou menuisiers !

Ce clivage ne serait pas préoccupant si le marché du travail accordait une valeur semblable aux ingénieurs qu’aux professions non scientifiques, mais ce n’est pas le cas. En 2011, le salaire annuel médian des ingénieurs de 25-34 ans à temps plein atteignait 65 200 $, contre 52 200 $ pour les professions universitaires non scientifiques.

Pour comprendre le phénomène, le chercheur a voulu vérifier si le choix des filles à l’université s’explique par leur plus grande faiblesse en mathématique à l’école secondaire. Car les données sont claires : bien que les filles réussissent mieux à l’école que les garçons, elles demeurent plus faibles en math.

Les mathématiques sont à peu près la dernière discipline, d’ailleurs, où les gars sont plus forts que les filles. À l’âge de 15 ans, par exemple, les garçons obtiennent une note moyenne de 589 à l’examen international de math (PISA), contre 569 pour les filles.

Rendus à l’université, les étudiants qui choisissent les disciplines scientifiques (STGM) sont ceux qui, en général, avaient obtenu de meilleures notes en math à l’école secondaire, note l’étude de Statistique Canada.

Le hic, c’est que les garçons forts en math sont deux fois plus nombreux à opter pour les STGM que les filles fortes en math (46 % contre 23 %). Plus encore : les garçons faibles en math sont même plus nombreux (39 %) à choisir les STGM que les filles fortes en math (23 %). La force des étudiants en math est donc loin d’être un facteur suffisant pour expliquer la propension des filles à bouder les sciences.

« Cela laisse croire que la différence en ce qui concerne le choix d’un programme en STGM est attribuable à d’autres facteurs, qui vont au-delà des résultats scolaires […] Les différences d’attentes relatives au marché du travail, y compris l’équilibre entre la vie familiale et le travail, les différences de motivation et d’intérêt et d’autres influences pourraient expliquer cet écart entre les hommes et les femmes », écrit l’auteur.

À n’en pas douter, la discrimination historique envers les femmes a contribué à leurs salaires moindres, mais leur sous-représentation parmi les professions payantes, comme celles dans les sciences, est un facteur important.

Qu’est-ce qui cloche entre les filles et les sciences ? Les femmes craignent-elles de perdre leur féminité en devenant ingénieures ou informaticiennes ? Fuient-elles les sciences parce que trop éloignées des relations humaines, en apparence ? Allez les filles, laissez les préjugés de côté, on a besoin de votre matière grise en science…