Courrier

Vous avez été nombreux à réagir au texte de notre collaborateur Fabrice Vil, « L’époque d’Alexandre Bissonnette », publié dimanche.

Est-ce que quelqu’un peut nommer un seul pays à majorité musulmane qui est démocratique, où les droits des femmes ne sont pas bafoués ? La réponse à ces questions explique notre méfiance face aux gens de cette confession religieuse. C’est triste, mais tant que cette communauté ne prendra pas la parole clairement pour dénoncer ces injustices, elle sera toujours perçue avec méfiance.

— Carole Morin, Laval

Courrier

La société québécoise n’est pas islamophobe

Je suis arabe de culture musulmane. Je suis au Québec depuis plus de 45 ans. J’ai fait ma carrière en éducation comme éducateur, enseignant et directeur d’école primaire et secondaire.

À la CSPI, j’étais le seul directeur d’origine arabe. J’ai toujours pris ma place et je ne l’ai jamais quémandée. Je connais bien la communauté maghrébine et musulmane et nous sommes généralement bien intégrés. Je n’ai jamais eu besoin de quelqu’un pour parler en mon nom comme musulman.

Dans la société québécoise, il y a des racistes, des homophobes, des misogynes, et des islamophobes, mais la société québécoise n’est pas islamophobe. Vous savez qu’au Maroc, mon pays d’origine, il y a du racisme contre les Noirs et il y a même un quartier de Noirs à Casablanca. Il y a rarement des mariages mixtes noirs et blancs, mais je ne peux pas affirmer que la société marocaine est raciste. Les musulmans n’ont pas besoin de porte-parole.

— Said Taleb

Un texte impartial

Je tiens à vous remercier et à vous féliciter pour cette analyse de la situation qui a cours actuellement au Québec. Votre texte est non seulement objectif et impartial, mais il est également complet et résume les dualités qui polarisent les débats. 

— Claudette Péloquin

Manque de délicatesse et de tact

Fabrice Vil affirme qu’« en 2015, le gouvernement libéral a déposé le projet de loi 59 concernant la lutte contre les discours haineux et les discours incitant à la violence. […] Le projet de loi a finalement été dépouillé en 2016 des dispositions visant à lutter contre les discours haineux. Comme société, nous avons échoué dans notre tentative d’équilibrer la liberté d’expression et la lutte contre la haine. Si nous avions réussi, nous aurions possiblement évité la mort de six personnes de confession musulmane. »

Je n’ai pas d’opinion particulière au sujet du projet de loi 59, mais je suis indigné de constater qu’on peut spéculer à ce point sur un enjeu si sensible, comme le fait M. Vil.

Utilise-t-il le drame épouvantable de la Grande Mosquée de Québec pour faire avancer son programme idéologique ou pour diaboliser les personnes qui ont critiqué le projet de loi ?

Je ne peux pas croire que c’est le cas, mais en même temps, il m’est impossible de ne pas me poser cette question. J’espère seulement que M. Vil a simplement manqué temporairement de délicatesse et de tact. Peu importe ce qui s’est passé dans son esprit lorsqu’il a écrit ces lignes, son commentaire ne pouvait absolument pas demeurer sans réaction.

— David Doyon

Irrespectueux

Quels propos irrespectueux des Québécois ! Je n’en peux plus de lire et d’entendre ce genre de haine pernicieuse à l’égard de l’ensemble des citoyens du Québec, des propos qui divisent et qui attisent les extrêmes, style radio-poubelle…

Ici, tous sont accueillis et bienvenus. Il faut le dire, le redire, éduquer, sensibiliser et se bâtir une société juste, sans compromis, communautés minoritaires comprises. Mettons fin à l’intolérance et à l’ignorance, peu importe d’où elles viennent. Mettons de l’avant l’entraide et soyons fiers de notre histoire et de nos valeurs québécoises !

— Françoise Tremblay

Ne parlez pas au nom de nos enfants

Absurde de prétendre parler au nom de nos enfants et de ce qu’ils vont penser. Encore une fois, les Québécois doivent s’adapter, nous qui sommes une minorité et qui devons encore porter notre combat pour faire valoir notre identité.

Pourquoi devons-nous nous adapter, lorsqu’aux dernières élections, nous avons encore une fois de plus dit que les religions doivent être personnelles, au libre choix de chacun, sans toutefois les imposer dans notre vie publique ?

Donc, loin d’être raciste, le premier ministre a la responsabilité de mettre en place une loi qui définira les religions comme étant personnelles et non publiques. Et ne faites pas dire à nos enfants ce qu’ils n’ont pas encore dit.

— Alain Gelly

Vos paroles aiguisent l’extrême droite

Je suis complètement en désaccord avec votre position. Votre corollaire avec ce que s’est passé à Québec et l’Holocauste est outrageant et raciste envers le peuple québécois. Votre texte démontre que vous ne connaissez pas la nation canadienne-française, peuple fondateur du Canada. Je vous souligne que nous ne sommes pas une culture minoritaire au pays. On demande aux immigrants de s’intégrer à notre culture et de parler notre langue. Il en va de notre existence.

Nous essayons de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour survivre et ne pas être submergés par l’affluence d’immigrants et de réfugiés qui nous ignorent, deviennent francophobes et qui adoptent la culture anglophone. Cela ne fait pas de nous des racistes. Adoptez donc votre discours à cette réalité au lieu de critiquer le gouvernement que nous avons mis en place ! Vos paroles ne font qu’aiguiser l’extrême droite.

— Jean-Pierre Péloquin, Brossard

Merci de nous aider à réfléchir

Vous braquez le projecteur sur le vrai problème. Vous mettez des mots intelligents et clairs sur des enjeux émotifs et complexes. Je parle ici de l’intelligence du cœur, celle qui devrait ouvrir la voie de tous les débats sociaux. Hier soir, nous étions réunis en famille (10 adultes entre 55 et 67 ans) et nous avons discuté de la peine du jeune Bissonnette et de l’acceptabilité du port du voile islamique.

Mon conjoint et moi n’avons pu que constater une large divergence des opinions, et que nous étions bien loin d’un consensus. Cela, grandement dû au fait que nous ne discernons pas le cœur du problème avant de nous y attaquer… Merci de nous aider à réfléchir.

— Chantal Landry

Francophobie

On parle de racisme et d’islamophobie au Québec. Il faudrait peut-être aussi parler de francophobie. De plus en plus de personnes au Canada et plusieurs au Québec cassent du sucre sur le dos des Québécois francophones. Le Québec ne demande pas l’abolition des signes religieux dans la société.

La seule demande est que les services offerts par le gouvernement pour certains employés en autorité soient neutres de signes religieux, politiques ou tout mouvement d’influence. Il n’y a pas de quoi déchirer sa chemise.

— Benoit Coderre

Courrier

Une interprétation erronée de l’antisémitisme nazi

Fabrice Vil soutient que l’Holocauste « a permis l’extermination de personnes en raison de leur religion ». Cette affirmation témoigne d’une interprétation erronée et anachronique de l’antisémitisme nazi et du génocide des deux tiers de la population juive européenne.

Or, la haine antijuive du nazisme n’était pas ancrée dans l’antijudaïsme, mais plutôt dans un antisémitisme « racial » qui s’y substitua au cours du XIXe siècle, alors que progressaient la sécularisation de l’Europe et l’assimilation culturelle des Juifs. Formé par des théories « raciales » pseudoscientifiques, l’antisémitisme nazi postulait que les Juifs formaient une « race inférieure » à éliminer. Si des Juifs pouvaient théoriquement se soustraire à la persécution antijudaïque moyennant leur conversion, l’antisémitisme « racial » des nazis, lui, était sans issue, ciblant tous les Juifs, furent-ils religieux ou non.

L’antisémitisme est un phénomène persistant qui se réinvente à chaque époque. Cette réalité est souvent mal comprise avec pour conséquence de limiter la haine des juifs à des catégories historiques largement dépassées qui nuisent à notre compréhension de l’antisémitisme dans ses manifestations contemporaines.

— David Ouellette, directeur, recherche et affaires publiques, Centre consultatif des relations juives et israéliennes

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