Sexualité UnHung Hero

« La vérité, c’est que la taille compte »

Est-ce que ça prend du courage pour faire un documentaire sur son petit pénis ? « Ça prend quelque chose, convient Patrick Moote. Ou plutôt pas assez de quelque chose… » Avec un ami réalisateur, il a concocté un documentaire foutraque qui braque les projecteurs sur cet organe qui fait la fierté… ou la honte des gars.

Pourquoi rendre votre histoire aussi publique ?

Quand j’ai raconté à mon ami Brian Spitz que ma fiancée avait refusé de m’épouser parce que mon pénis est trop petit, on a commencé à parler de la possibilité de faire quelque chose. On s’est demandé si la taille est importante et si des informations crédibles étaient disponibles à ce sujet. On a fouillé et il n’y avait vraiment rien. (…) On y a vu l’occasion de faire quelque chose de potentiellement positif tout en s’informant nous-mêmes.

On parle beaucoup de votre pénis dans le film, mais on ne le voit pas. Pourquoi ?

On a pris cette décision au moment du montage. Mon pénis a été filmé bien des fois, il était impossible de faire autrement dans ce genre de tournage : il a été mesuré, examiné, etc. Mais on a réalisé que si on ajoutait cette espèce de moment Boogie Nights, on renforcerait l’idée que c’est correct de juger quelqu’un en fonction de la taille de son sexe. Ce n’est qu’au moment du montage qu’on a pris conscience du vrai sens du film et que de me mettre sous les projecteurs de cette manière allait à l’encontre de ce message-là.

Avez-vous eu l’occasion de parler avec d’autres hommes, dans un groupe de soutien, par exemple ?

On a trouvé un groupe de soutien pour les hommes avec des petits pénis, oui. Ces scènes ont été coupées au montage, mais je pense qu’il y en a un bout dans les suppléments sur le DVD. C’était trois ou quatre gars. On s’est assis et on a discuté. C’était très intéressant de voir combien ces hommes étaient minés par cette insécurité et ça m’a fait réaliser que la mienne aurait pu être pire. Celle que je vivais, moi, n’était pas aussi terrible que ce que ces hommes-là vivaient en étant confrontés au même problème.

Votre question initiale était : est-ce que la taille compte ? Avez-vous une réponse ?

Ma réponse à moi serait que la taille ne compte pas, mais la vérité c’est que la taille compte pour certaines personnes, de diverses manières. Trop gros, c’est un problème pour bien des gens. La plupart des filles disent que trop gros, c’est un plus gros problème que trop petit. Je pense que l’important n’est pas seulement de trouver une personne avec qui on s’entend bien émotivement et mentalement, mais aussi physiquement. J’ajouterais toutefois ceci : l’idée que les gens se font d’un pénis normal est vraiment distordue.

Il est en effet très facile de trouver sur l’internet des forums où des hommes s’inquiètent de leur sexe…

Je pense qu’il est très difficile pour les hommes de trouver l’information adéquate. Juste la rechercher, c’est admettre qu’on n’est pas un homme. Alors, les hommes se tournent vers une source d’information facilement accessible : la pornographie. (…) La première fois que j’ai vu un autre pénis, c’était dans un film porno. Je me suis dit : mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’ai un pénis et il ne ressemble pas du tout à ça !

Vous avez exploré diverses méthodes censées augmenter la taille du pénis. Y en a-t-il une qui fonctionne ?

La chirurgie, en Corée, si on veut augmenter la circonférence du pénis, c’est une façon de faire. Le corps réabsorbe une partie de la graisse injectée, mais selon ce que j’ai entendu, c’est une méthode assez efficace et assez permanente. En ce qui concerne les pilules, les pompes et le "jelquing", j’ai parlé à des gens qui m’ont dit que ç’avait fonctionné pour eux et qui n’avaient aucune raison de me mentir. Selon mon expérience personnelle, c’était beaucoup de travail pour pas grand-chose…

Le film compte un passage très inquiétant, celui où un homme s’apprête à vous injecter de l’huile dans le corps du pénis. Vous y avez vraiment songé ?

Quand j’ai vu ce que le gars faisait vraiment, qu’il faisait couler son huile d’une bouteille de Coke, j’ai vraiment commencé à m’inquiéter. Je m’étais dit que j’allais dire oui à tout. On était en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au milieu de nulle part, il n’était pas question que je laisse passer cette occasion sans me rendre le plus loin possible avant que le bon sens ou la peur du sida ne me rattrape. C’est ce qui est arrivé.

Est-ce que ce documentaire a eu un impact sur votre vision des stéréotypes féminins ?

J’ai toujours été conscient que les femmes sont soumises à d’énormes pressions de la part des médias ou des hommes. Je crois avoir toujours été sensible à ça. La notion du corps des femmes comme objet est bien implantée dans notre société. Je constate qu’on en arrive au même point avec les hommes. Nous subissons tous d’énormes pressions pour être, agir et correspondre à un certain modèle. Un modèle impossible à atteindre pour la majorité des gens.

Votre petit pénis, vous vous en fichez, maintenant ?

Je ne peux pas dire que je m’en fiche. Je suis engagé dans une relation en ce moment et ce n’est pas comme si je me promenais tout nu dans la maison. Je continue à couvrir mes parties intimes rapidement. Faire ce film n’a pas été une cure, mais ça m’a aidé à être plus à l’aise avec moi-même et à trouver quelqu’un qui soit à l’aise avec cette partie de moi comme avec le reste.

Le film Unhung Hero est notamment offert sur la plateforme Netflix et l’iTunes Store.

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