Blogue

Voyager par le son

Si le voyage est souvent exprimé par des images et des mots, le blogue Sounds Like tenu par la voyageuse Catherine Lefebvre propose, lui, une idée rafraîchissante : celle de faire voyager les internautes uniquement par le son. Le site internet regorge d’extraits sonores des plus récentes destinations visitées par la globe-trotteuse, dont Zanzibar, Mexico, Haïti, Paris, Istanbul… En un simple clic, on se lance dans une bande sonore d’entre 5 et 10 minutes où on peut entendre se dérouler le quotidien de ces lieux exotiques. À consommer sans restriction, les yeux fermés…

— Evelyne Audet, La Presse

Un été en Asie

Les Blanchet

Jamais à court d’anecdotes ou d’aventures, Bruno Blanchet est de retour dans La Presse pour l’été.

C’était la fête au temple. Une fête. Je ne sais pas laquelle. Il y en a tellement, et pour toutes sortes de raisons. Le ciel était couvert et lourd comme chaque jour pendant la saison des pluies et la chaleur était étouffante. Des véhicules, décorés pour l’occasion, tentaient de se frayer un chemin à travers la foule. Des musiciens s’étaient entassés dans la boîte d’un pick-up, et c’est au coude à coude que l’orchestre jouait à plein volume. Devant eux, deux dames âgées, vêtues du costume traditionnel dans sa version flamboyante et beaucoup trop maquillées, mimaient une danse lascive, à la limite de la clownerie. Je n’y comprenais rien, et ç’aurait pu être choquant ; mais dans ce temps-là, je me dis simplement que ça doit être culturel… Et j’adore !

J’avais perdu de vue mes amis, et quelqu’un m’a tapé sur l’épaule. Je me suis retourné, c’était un monsieur avec un t-shirt jaune pétant qui vendait des billets de loterie. Je lui ai dit bonjour, il a souri, il m’a donné deux pouces en l’air comme si j’avais scoré le but de la victoire, et il a gueulé : 

« Go Bouddha go ! »

Je lui ai rendu la pareille.

Il était 7 h, jeudi matin.

Dieu que j’étais content d’être rentré !

Le désordre thaïlandais m’avait manqué. Je m’aperçois que le tohu-bohu, ça me rassure. Ici, on a le droit de se tromper. On a le droit d’être différent.

Le Japon m’énerve à me forcer à marcher sur des œufs. Tout est à l’heure. Tout est à sa place. Quand tu voyages au Japon, et que quelque chose ne fonctionne pas, tu sais immédiatement que c’est de TA faute. Sinon, à la gare, on te le rappelle.

« Nous sommes désolés, le train aura 45 secondes de retard. Nous sommes vraiment désolés. Nous espérons que vous aurez quand même une bonne journée ! »

Et tout le monde, en veston cravate, consulte sa montre comme si on venait d’annoncer la fin du monde… C’est déprimant.

J’exagère un peu mais, ce matin-là, en cinq minutes, j’ai vu autant de sourires au temple que dans toute ma semaine au Japon.

***

Comme je ne suis pas le seul de la famille qui est tombé en amour avec la Thaïlande, pour ce dernier texte de l’été, je suis allé aux nouvelles à Krabi. Parce que des nouvelles, il y en a !

Mon beau grand ado rebelle qui apprenait par cœur les paroles des chansons du Wu-Tang Clan au lieu de faire ses devoirs, eh bien, devinez quoi ? Il est devenu gérant d’un hôtel cinq étoiles.

Ha ha ha ! Je suis tellement fier de lui. Pas parce qu’il est gérant. Parce qu’il est toujours le même.

Trop cool.

De busboy au Vieux Shack à aujourd’hui, il a exécuté des dizaines de boulots dans plein de nations, il a appris à identifier ses forces et ses aspirations, en faisant des tonnes d’efforts et de sacrifices, mais jamais, au grand jamais, de génuflexions.

Je tenais absolument à le voir à l’œuvre ; alors je me suis offert une nuit au Shellsea, l’hôtel cinq étoiles où Boris sévit…

Cue musique reggae.

En descendant du taxi, on respire. On est loin de la cohue des minibus et des touristes d’Ao Nang, la ville voisine ! Le Shellsea est posé au bord de la Fossil Beach, une jolie plage qui n’est fréquentée que par les clients de l’hôtel. Autour de l’établissement, c’est le sud de la Thaïlande dans toute sa simplicité, avec ses maisons de pêcheurs musulmans, ses restaurants sans affiches, ses mosquées, et zéro McDo.

Le matin, j’ai souffert du dilemme de la chambre trop confortable : je ne voulais pas sortir du lit, et je ne voulais pas rater le copieux petit-déjeuner ! La bouffe était délicieuse, la présentation et le service étaient impeccables ; et je ne pense pas ça parce que mon fils est le gérant ! Non, je le sais que c’est parce que c’est mon fils le gérant que c’est ainsi.

Trop cool, je vous dis.

Mon petit-fils Zack a hérité semble-t-il de la débrouillardise de son papa et de l’adresse de sa maman, qui mène trois business de front ; car pour communiquer, il a inventé le fran-thai-queb-glish. À quoi ça ressemble ?

Une moto mauve est garée au coin de la rue.

« De quelle couleur est la moto, Zack ? »

Ces deux éléments en trois langues lui offrent alors neuf choix différents, selon la personne qui lui a posé la question : la moto sera si muang, mauve, ou purple ; and it will be the motorcycle, la moto, ou an ni motocy.

Mélangez allègrement, ajoutez de temps en temps un « hey le gros ! », et vous obtenez le petit-fils le plus drôle et le plus intelligent du monde qui, à 2 ans et 4 mois, connaît les chiffres et deux alphabets.

Mais je ne dis pas ça parce que c’est mon petit-fils, non… Euh. P’tête ben qu’oui, finalement !

Or, ce mois-ci, en plus du bébé, du travail, et des chiens adoptés, Boris et sa femme Tan se lancent dans une nouvelle aventure : le Snack Bar Krabi.

Tous ceux et celles qui ont connu le Snack Bar Bangkok savent de quoi je parle… Dans un cul-de-sac, sur le soi 11 à Ao Nang, Boris et sa femme Tan vont vendre de la poutine sur leur terrasse.

Non mais, on est partout sur la glace ! De Bangkok à Ao Nang ! Est-ce la naissance d’un empire ?

En plus, ils vont offrir des cours de cuisine thaïlandaise, avec visite au marché local. Tan est une cuisinière hors pair, chaque fois que je rentre, j’ai 2 kg de plus à déclarer !

Allez leur faire un coucou si vous passez dans le coin, et embrassez le petit. Qui sait, peut-être j’y serai aussi ! Pour l’instant, je vous souhaite bon voyage, et sawasdi khap, et à la revoyure, et merci beaucoup pour l’été ; je nous espère d’autres rendez-vous. En tous les cas, moi, je ne m’arrêterai pas : la preuve, je vous envoie ce dernier texte de Chiang Mai, où demain je cours un 92 km en montagne, avec 5000 m de dénivelé, soit l’équivalent de monter au camp de base de l’Everest, et de redescendre dans la même journée… Il y aura peut-être un résultat ci-dessous… si j’y ai survécu !

Note au lecteur : Avec un temps officiel de 21 h 19 min 55 s, non seulement Bruno a survécu, mais il a aussi été le plus vieux participant à terminer l’épreuve, et le premier de son groupe d’âge. Toutes nos félicitations !

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.