SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE

« Nous voulons manger québécois », dit Pauline Marois

Baie-Saint-Paul

 — Les pommes, carottes et choux du Québec seront bientôt plus populaires que jamais dans les cafétérias. Le gouvernement Marois donne jusqu’à décembre aux institutions publiques – écoles, hôpitaux, garderies, etc. – pour établir une politique d’achat local d’aliments.

« Il faut que l’État donne l’exemple », a dit hier le ministre de l’Agriculture, François Gendron, lors de la présentation de la Politique de souveraineté alimentaire, au bien nommé hôtel La Ferme de Baie-Saint-Paul. L’ajout de nouveaux critères dans les appels d’offres – misant notamment sur l’empreinte carbone des aliments – serait le sésame permettant de privilégier les produits locaux sans contrevenir aux règles du commerce international.

L’objectif fixé par la première ministre Pauline Marois : que 50 % de l’appétit des Québécois soit comblé par les aliments d’ici. À l’heure actuelle, ce taux n’est que de 33 %. « Pour chaque point d’augmentation, on accroît de 75 millions les ventes des producteurs québécois, a dit Mme Marois, aussi présente à l’annonce. Il s’agit d’un impact économique énorme. »

Que les amateurs de café se rassurent, la Politique de souveraineté alimentaire ne prévoit pas l’autarcie. Elle s’articule autour de quatre axes : la mise en valeur des aliments du Québec, l’occupation du territoire, la valorisation du potentiel économique du secteur et le développement durable. « C’est un grand projet pour le Québec », a soutenu M. Gendron.

Demander des produits d’ici à l’épicerie

Rien ne forcera les supermarchés à vendre des fraises du Québec plutôt que du Mexique. Peut-on obliger une épicerie à offrir 40 % d’aliments d’ici ? « Vous savez bien que non », a répondu le ministre, qui mise sur la bonne volonté de tous. Une table de concertation des partenaires du bioalimentaire, composée de 22 personnes, doit aider la mise en œuvre de la nouvelle politique.

Pauline Marois conseille aux Québécois de réclamer des produits d’ici à leur épicier. « Je le fais systématiquement quand je fais mes courses – parce que je les fais », a-t-elle assuré. Ça marche, a ajouté la première ministre, qui concède avoir plus d’influence que la ménagère lambda. « La fois d’après, le produit québécois est là », a-t-elle dit.

Électricité moins chère pour les serres

Annonce plus concrète, une entente avec Hydro-Québec permettra aux producteurs en serre – de poivrons, tomates, laitues, etc. – de réduire de 25 % leur facture d’énergie. « De 2000 à 2500 nouveaux emplois seront créés avec cette mesure », a annoncé Mme Marois. L’environnement en bénéficiera aussi, puisque cela devrait motiver des producteurs à arrêter de chauffer leurs serres au mazout.

La relève, qui peine à racheter les fermes devenues hors de prix, gagne une hausse de la subvention à l’établissement de 20 % et une bonification de la subvention au démarrage d’au moins 10 000 $. Au total, cela représente 3,8 millions de plus par an. « Ça prend ce genre d’encouragement pour que les jeunes embarquent dans l’agriculture », a dit Jean-Claude Tremblay Junior, 22 ans, président de la relève agricole de Charlevoix.

Contrer l’accaparement des terres

Deux projets de loi visant à resserrer les critères d’accès aux terres, pour prévenir d’autres hausses de prix liées à la spéculation, seront aussi présentés d’ici juin. « On a vu la Banque Nationale et d’autres acheter des terres, et l’effet que ça a sur l’inflation », a commenté Marcel Groleau, président de l’Union des producteurs agricoles (UPA). Il s’est dit « assez satisfait » de la nouvelle politique, qui ne remet pas en question le monopole syndical de l’UPA.

« On voit qu’il y a enfin une vision », s’est réjouie Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale. Une plus grande diversité des modèles agricoles est possible dans cette politique, a-t-elle assuré.

Sidney Ribaux, directeur général d’Équiterre, a salué la volonté d’obliger les institutions publiques à s’approvisionner en aliments localement. « Ça va structurer le marché de l’offre », s’est-il réjoui. Seul bémol : la quasi-absence des aliments biologiques dans la nouvelle politique, « un marché pourtant en essor », a-t-il souligné.

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