OPINIONS

Des conditions honteuses

M. Hébert,

Comment toucher votre sensibilité en regard des aînés qui doivent mourir dans un CHSLD, trop souvent seuls et dans l’indifférence ?

Les conséquences des compressions de 1,4 million imposées par votre gouvernement à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) pour l’année dernière sont dépourvues d’humanité. Le désintérêt et l’inertie de votre gouvernement sont inacceptables.

La tragique réalité est la suivante. Les soins donnés aux personnes en perte d’autonomie, les plus vulnérables, sont directement affectés. Les coupes dans le personnel infirmier et parmi les préposés aux bénéficiaires ont des conséquences qui affectent directement le bien-être des patients.

Le quotidien d’un proche à l’IUGM est loin d’être toujours confortable ou même sécuritaire. Une vieille dame, frêle, mais encore digne malgré sa démence, reste assise dans son fauteuil roulant, très tard dans la soirée, stationnée devant un écran géant, malgré son inconfort et ses gémissements. Les consignes de la mettre au lit tôt pour soulager ses douleurs ne sont pas suivies. Manque de temps !

Une très vieille dame se réveille tôt le matin, souillée dans son urine, le lit trempé. Les préposés débordés n’ont pas le temps de la changer, encore moins de refaire le lit. Des heures passent avant qu’on s’en occupe.

Le personnel peut laisser les malades dans leurs couches remplies d’excréments pendant des heures. Vérité cachée, l’odeur nauséabonde ne ment pas. Que voulez-vous, la maladie prend le dessus, les besoins de base qui nous semblaient une évidence ne sont même plus une réalité. D’où l’urgence de disposer d’un personnel vigilant et attentif pour éviter les infections urinaires, les plaies de lit et autres maux.

Une douche par semaine, les patients lavés rapidement une fois par jour, tout dépendant du temps dont le préposé dispose. Le confort d’être bien rasé est souvent laissé pour compte, comme les ongles trop longs et mal entretenus.

Malgré le dévouement extraordinaire du personnel soignant qui doit gérer un surplus de tâches quotidiennes, le moral est à son plus bas. La volonté d’un travail bien accompli, avec compassion et respect, n’est plus toujours une priorité.

La dépression, la solitude, la mort qui ne semble pas venir assez vite… Vieillir sans avoir la tranquillité d’esprit de finir ses jours dans la dignité, c’est honteux !

N’oublions jamais qu’un jour ce sera notre tour. Ce que nous ne voulons pas voir présentement sera notre réalité, peu importe notre statut social. Ne pensez-vous pas, monsieur le ministre, que la valeur principale dans une société libre et démocratique doit être le respect de la dignité humaine ?

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