Oser le bain de forêt

Les arbres comme remède antistress

Ça fait presque 40 ans que les Japonais connaissent les bienfaits du Shinrin Yoku, une pratique antistress qu’on désigne au Québec comme la sylvothérapie – le soin par les arbres. Retour sur les bienfaits de la très lente marche en forêt.

«  C’était à la base des activités de survie des pionniers québécois », lance d’entrée de jeu Bernadette Rey, guide fondatrice de Shinrin Yoku Québec. « À l’ère de l’industrialisation, on a perdu le contact avec la forêt. Toutes les études scientifiques nous indiquent d’y revenir.  »

C’est prouvé : l’inhalation des composés organiques volatils issus des arbres améliore nos paramètres physiologiques. D’ailleurs, depuis 1983, le système de santé public au Japon prescrit des cures de Shinrin Yoku. Au Québec, on commence à tendre l’oreille et à s’intéresser à la sylvothérapie (du mot « sylve », qui signifie « bois, forêt »).

La sylvothérapie tente de rétablir la communication entre la forêt et l’humain, deux êtres interdépendants proches parents.

Santé et vert 

«  La chlorophylle chez l’un et l’hémoglobine chez l’autre ont exactement la même structure moléculaire  », souligne le Dr François Reeves, cardiologue et auteur de plusieurs ouvrages, dont Planète cœur et Arbres en lumière (aux Éditions MultiMondes), qui abordent tous deux le lien entre santé cardiaque et environnement.

Marcher, respirer et prendre conscience qu’on est loin d’être les seuls organismes vivants sur terre, c’est la base de la sylvothérapie. «  Ça peut sembler ésotérique, concède Bernadette Rey, mais c’est scientifique. Les bénéfices que peuvent apporter les pins, les chênes, les bouleaux ou les érables s’observent tant du point de vue physiologique que psychologique et spirituel.  »

C’est sans compter les répercussions sur l’économie. «  Aux États-Unis, rapporte François Reeves, l’ingénieur forestier David Nowak a mesuré que par leur respiration, les arbres métabolisent, chaque année, 17 millions de tonnes de smog. Il en découle une économie en soins de santé estimée à 6,8 milliards de dollars américains.  »

«  L’arbre nous rend de fiers services. On retient qu’un hectare de forêt urbaine peut éliminer 15 tonnes de smog.  »

– Dr François Reeves, cardiologue

La forêt préventive 

L’étonnante science de nos forêts ne se transmet pas simplement en y joggant ou en y cueillant des champignons. «  Ce qui a un impact, c’est d’abord d’apprendre à contrôler sa respiration, révèle Bernadette Rey. L’idée est de profiter de certaines molécules émises par les arbres. Celles-ci apparaissent sous forme d’hormones d’autodéfense, qu’on appelle les phytoncides. Les arbres les excrètent pour se protéger contre certaines bactéries.  »

Une panoplie de bienfaits découle du Shinrin Yoku, bien qu’on commence à peine à comprendre tous les effets qu’ont nos grands arbres sur notre santé. «  On sait que marcher en forêt à 1 km à l’heure réduit le niveau de cortisol  – l’hormone du stress – et diminue la tension artérielle, affirme le Dr Reeves. Les effets positifs s’observent sur le cœur, les bronches, le système immunitaire, la fatigue, la ménopause et même la dépression.  » Pourquoi une semaine à la campagne est-elle si reposante  ? «  Ce n’est pas qu’une question de rythme, explique le Dr Reeves, mais aussi de milieu.  »

« Cette thérapie n’est pas magique. Si on a peur de la forêt, ou qu’on panique à l’idée des moustiques, il ne faut pas s’imaginer que notre stress va disparaître simplement parce qu’on est entouré d’arbres  !  »

– Bernadette Rey, fondatrice de Shinrin Yoku Québec

« Pas besoin d’aller au fin fond de la campagne », précise la guide certifiée par l’International Society of Nature and Forest Medicine, qui préconise la pratique du Shinrin Yoku en ville. «  C’est souvent là où l’on en a le plus besoin, dit-elle. Des forêts urbaines, comme celle du mont Royal, sont tout indiquées. Comme dans un spa, on va dans un lieu de silence, mais avec la sylvothérapie, c’est dans la nature qu’on le retrouve.  »

Le Dr Reeves fait observer que la mortalité cardiovasculaire est également moindre dans les milieux verts. «  Les arbres ont des pouvoirs salvateurs. Ils nettoient l’air à un niveau plus profond que nous ne le pensions. On dit que l’argent ne pousse pas dans les arbres ; c’est qu’ils ont tellement mieux à offrir.  »

L’International Society of Nature and Forest Medicine compte quelque 12 500 adeptes de sylvothérapie hors Japon, surtout dans les pays scandinaves, en Suisse, en Espagne et aux États-Unis. Au Canada, on en est encore aux balbutiements.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.