Sauvetage en Thaïlande

Course contre la mort

L’opération de sauvetage en Thaïlande se poursuit dans l’espoir et la confiance, alors que les plongeurs ont sauvé, hier, quatre des garçons prisonniers d’une grotte depuis plus de deux semaines. Ils doivent maintenant faire sortir les huit autres jeunes et leur entraîneur.

Sauvetage en Thaïlande

Quatre garçons sortent vivants de la grotte

Quatre jeunes sont saufs, mais il n’est pas encore temps de crier victoire : huit garçons et leur entraîneur sont toujours à l’intérieur de la grotte Tham Luang Nang Non, et le temps presse. La météo est incertaine et ses caprices continuent de compromettre l’opération de sauvetage. Les autres jeunes ne sortiront peut-être pas de la grotte avant le milieu, voire la fin de la semaine.

L’OPÉRATION DE SAUVETAGE

L’opération a duré plusieurs heures, hier. Treize plongeurs étrangers et cinq plongeurs de la Thai Navy SEAL ont pris part à l’opération de sauvetage qui consistait à accompagner en plongée sous-marine les garçons de leur refuge vers la sortie. Ils devaient traverser plus de quatre kilomètres de canaux sombres, étroits et sinueux gorgés d’eau boueuse traversée par des courants parfois forts. Les experts en sauvetage de grotte s’entendaient pour dire qu’un sauvetage sous-marin était la dernière des options, particulièrement avec des plongeurs novices.

Deux plongeurs accompagnaient chaque enfant, à qui ils ont appris les rudiments de la plongée sous-marine depuis le 2 juillet dernier, quand les premiers secouristes les ont trouvés.

Hier matin, le responsable de la mission a affirmé que les garçons se sentaient physiquement prêts et mentalement déterminés à effectuer la longue traversée de plus de cinq heures.

IDENTITÉS INCONNUES

« L’opération s’est passée beaucoup mieux que prévu », a déclaré, hier soir, le gouverneur de Chiang Rai, Narongsak Osatanakorn. Il a expliqué que les quatre rescapés avaient été conduits à l’hôpital de Chiang Rai pour une évaluation médicale et que la prochaine phase de l’opération reprendrait dans 10 à 20 heures.

Plusieurs heures après l’opération de sauvetage, les noms des quatre premiers garçons à être sortis de la grotte n’avaient toujours pas été divulgués.

LA JOIE DES PLONGEURS

Sur sa page Facebook, hier soir, la Thai Navy SEAL a publié un message de joie : « Faites de beaux rêves tout le monde. Bonne nuit. Hourra. »

CRUCIALE MÉTÉO

Des efforts hors du commun avaient été déployés depuis le matin, hier, quand le gouverneur avait déclaré que ce serait LA journée. Deux jours plus tôt, la mort d’un plongeur volontaire retraité de la Thai Navy SEAL avait augmenté les inquiétudes et confirmé les risques élevés de l’opération. Or, les autorités ont assuré hier que les conditions étaient à leur mieux pour procéder à l’opération de sauvetage, après que les efforts pour pomper l’eau de la grotte ont été retardés maintes fois par de lourdes averses. Une accalmie côté météo a fait en sorte que le drainage de la grotte a été efficace durant le week-end, une situation précaire dont il fallait tirer profit. D’ailleurs, quand les quatre premiers garçons sont sortis de la grotte, hier, les pluies diluviennes ont repris de plus belle. Le potentiel d’augmentation de l’eau et la diminution des niveaux d’oxygène ajoutent à l’urgence de sortir l’équipe. Des experts avançaient samedi que les nouvelles pluies pourraient réduire l’espace non inondé où les garçons s’abritent à seulement 10 mètres carrés (108 pieds carrés).

LA SUITE

Au terme de l’opération ardue d’hier, les opérations de sauvetage ont été suspendues pour plusieurs heures afin de permettre aux équipes de remplir les réservoirs d’air laissés tout au long de la route, dans la grotte. Même si les équipes travaillent le plus rapidement possible, les autorités ont indiqué qu’il faudrait peut-être quatre autres journées pour sortir les huit joueurs et leur entraîneur de la grotte. Ce matin, le ciel nuageux et orageux rendait incertaine la reprise de l’opération.

UN SOUS-MARIN TESLA

Pendant ce temps, le milliardaire Elon Musk – créateur de Tesla et PDG de la société SpaceX – a envoyé quatre ingénieurs en Thaïlande qui assistent ses équipes de SpaceX et de The Boring Company afin qu’ils mettent au point en accéléré un sous-marin miniature qui pourrait potentiellement aider les enfants à franchir certains passages de la grotte. Hier, Elon Musk a publié plusieurs vidéos du sous-marin à l’essai dans une piscine, aux États-Unis. Les autorités thaïlandaises se sont montrées intéressées par l’engin, et si les tests sont concluants, l’appareil sera envoyé en Thaïlande.

— Avec l’Associated Press

Chronologie

23 juin

Douze joueurs de soccer âgés de 11 à 16 ans et leur entraîneur de 25 ans entrent dans la grotte Tham Luang pour une raison nébuleuse. Ils sont surpris par la crue soudaine des eaux.

2 juillet

Les jeunes sont localisés par des sauveteurs à plus de quatre kilomètres de l’entrée de la grotte.

6 juillet

Un plongeur bénévole retraité de la Thai Navy SEAL meurt en allant porter des bouteilles de ravitaillement dans la grotte.

7 juillet

Les parents reçoivent des lettres écrites par leurs enfants et acheminées par les plongeurs.

8 juillet

Quatre enfants sont sortis vivants de la grotte par les plongeurs.

Sauvetage en Thaïlande

« La première cause de décès en plongée est la panique »

Claude Marcel a présidé la Confédération mondiale des activités subaquatique (CMAS – Québec), il forme et dirige des groupes de plongeurs depuis 15 ans. Daniel Brisebois est moniteur pour la CMAS – Québec et l’Association des instructeurs de plongée (ADIP). Il a plusieurs années d’expérience auprès des enfants. La Presse a analysé la situation avec eux.

L’élément le plus inouï est certainement que les enfants qui sont évacués en plongée sous-marine ne savent pas nager. Comment est-ce possible ?

(D. B.) Dans la situation actuelle, c’est pratiquement le dernier des problèmes qu’ils ne sachent pas nager. À l’intérieur du tunnel, ils ont installé des câbles et les enfants les tiennent et les suivent. Le premier des problèmes, je dirais plutôt que c’est la crainte de l’eau. La première chose qu’ils doivent faire, c’est de se mettre la tête sous l’eau et respirer. Pour beaucoup de monde, que tu saches nager ou non, c’est un défi. Entre nos deux oreilles, c’est contre nature de respirer sous l’eau.

En quelques jours, qu’est-ce que les sauveteurs ont pu leur enseigner ?

(D. B.) En si peu de temps, selon moi, ils leur ont montré la respiration – inspirer et expirer normalement, sans retenir son air –, de toujours garder son détendeur, quoi qu’il arrive. Ils ont aussi dû les rassurer en leur disant qu’il y avait toujours une personne en avant et une en arrière d’eux.

L’espace clos complique physiquement les opérations, mais il joue aussi sur le mental, même en nageant vers la sortie, n’est-ce pas ?

(C. M.) Les sauveteurs ont dû être comme des psychologues. La plongée dans les endroits clos implique d’abord d’avoir un contrôle sur la limite physiologique, effectivement. Mais la plongée sous plafond et avec une visibilité presque nulle est très difficile sur le contrôle de soi. Quand tu ne vois rien, automatiquement, ton niveau de stress est plus grand parce que c’est comme si tu plongeais les yeux fermés. La panique peut envahir rapidement, encore plus pour des gens qui ne savent pas plonger. C’est un grand sauvetage qui comporte de grands risques.

Comment la panique se traduit-elle sous l’eau ?

(D. B.) On voit des gens durant des cours encadrés au bassin du Parc olympique qui se retrouvent avec de l’eau dans le masque qui leur entre dans le nez. À 15 pieds de creux, ils vont paniquer et enlever leur masque et leur détendeur. La première cause de décès en plongée est la panique, alors il faut gérer l’état d’esprit des jeunes, qui ne sont pas habitués ; ils peuvent avoir peur de manquer d’air, d’avoir de l’eau dans leur masque… J’ai lu que le moniteur leur avait appris à méditer. Je pense que ça va les aider grandement.

Nous avons appris qu’ils utilisaient des respirateurs à masques complets. Quel est l’avantage ?

(C. M.) Premièrement, ils doivent avoir un système de communication et ça fait en sorte qu’ils peuvent se parler. Ça va aider à calmer les jeunes. Ensuite, l’avantage du “full face”, c’est que même si la personne panique, ça ne se perd pas et ça ne s’arrache pas. Aussi, même si la personne perd connaissance, elle peut continuer de respirer. C’est une excellente idée de leur avoir donné des masques comme ça. Je suis optimiste. Je suis sûr qu’ils vont réussir à tous les sortir !

Sauvetage en Thaïlande

Six missions impossibles

Au fil des ans, plusieurs missions de sauvetage ont fasciné la planète par leur caractère incroyable. Retour sur six opérations de sauvetage qui paraissaient impossibles à réaliser.

Les 33 mineurs chiliens (2010)

Ce fut une saga souterraine sans précédent. Au Chili, le 5 août 2010, 33 mineurs de la société chilienne San Estaban se sont retrouvés pris au piège par un éboulement à plus de 622 mètres de profondeur, dans une vieille mine de cuivre du désert d’Atacama, le plus aride de la planète. Il aura fallu deux semaines aux secouristes pour les détecter. Leur sauvetage épique à l’aide d’une capsule après 69 jours sous terre a captivé la planète.

La survivante du Rana Plaza (2013)

Le 24 avril 2013, le Rana Plaza, un édifice de neuf étages abritant cinq ateliers de confection, s’effondre en banlieue de Dacca, au Bangladesh. La tragédie fait plus de 1000 morts. Le 10 mai 2013, Reshma Akhter, 19 ans, est retrouvée vivante après 17 jours dans les décombres du bâtiment. Les images du sauvetage de la survivante, hagarde et pleine de poussière, avaient fait la une des journaux du monde entier et en avaient fait une héroïne nationale. La tragédie du Rana Plaza a montré au grand jour les conditions de travail déplorables des 4 millions d’ouvriers de ce secteur dans le pays.

Bébé Jessica (1987)

À Midland, au Texas, en octobre 1987, Jessica McClure, 18 mois, tombe dans un puits d’eau de 20 cm de diamètre et de 6,7 m de profondeur dans la cour arrière de la maison de sa grand-mère. L’opération de sauvetage prend beaucoup plus de temps que prévu en raison du sol rocheux. Il faut 58 heures aux secouristes pour creuser un trou adjacent à celui où elle était tombée pour se rendre jusqu’à elle et la sortir indemne du puits. Elle n’a pour seules séquelles directes qu’un orteil amputé et une cicatrice au front. L’événement couvert en direct par CNN a captivé tous les États-Unis.

Apollo 13 (1970)

La mission Apollo 13 est lancée le 11 avril 1970, et l’équipage doit se rendre sur la Lune. En cours de route, un réservoir d’oxygène explose et rend inopérant le module de service qui fournit l’énergie, l’eau, l’oxygène et le système de propulsion à l’équipage pour la principale partie de la mission. Les astronautes Fred W. Haise, James A. Lovell et John L. Swigert se réfugient dans le module lunaire, d’où ils communiquent avec les équipes de Houston, qui mettent au point des procédures extraordinaires pour ramener le vaisseau sur Terre et l’équipage sain et sauf. Après avoir contourné la Lune et utilisé son attraction gravitationnelle pour revenir vers la Terre, les astronautes sont finalement extirpés du module lunaire le 17 avril 1970. Il leur restait des réserves d’oxygène pour 124 heures, mais de l’eau pour seulement 5 heures et demie et de l’électricité pour 4 heures et demie.

Les survivants des Andes (1972)

Le 13 octobre 1972, un avion transportant les membres d’une équipe de rugby uruguayenne ainsi que leurs familles et amis s’écrase contre un sommet de la cordillère des Andes, en Argentine. Douze des quarante-cinq passagers meurent dans l’écrasement. Six autres meurent dans les jours qui suivent. Les survivants se réfugient dans une partie de la carlingue, qui est ensevelie par une avalanche seize jours plus tard, tuant huit autres personnes. Les jours passent et les recherches menées par trois pays différents ne donnent aucun résultat. Les survivants se résignent à manger les corps des défunts pour survivre. En décembre, deux des seize passagers toujours vivants entreprennent un trek et trouvent de l’aide douze jours plus tard, au Chili. Les 14 autres survivants sont rescapés après 72 jours au sommet d’une montagne glaciale.

Le miracle du fleuve Hudson

Le 15 janvier 2009, un groupe de bernaches du Canada fonce dans les réacteurs d’un Airbus A320 qui vient tout juste de décoller de l’aéroport international de LaGuardia, à New York. Les pilotes de l’avion en perte de puissance évitent un écrasement en pleine ville et réussissent à amerrir d’urgence sur le fleuve Hudson, face à Manhattan. Miraculeusement, les 150 passagers et les cinq membres d’équipage survivent. Ils se regroupent sur les ailes et dans les toboggans d’évacuation transformés en canots de sauvetage, puis sont secourus et évacués par différents navires.

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