« Ce sera vite oublié » sur le plan économique, selon un expert québécois

Hong Kong est ébranlé par une crise d’une rare intensité : la région administrative spéciale a l’habitude des manifestations, mais guère de la violence. Plaque tournante de l’économie régionale et mondiale, le statut de Hong Kong comme centre financier d’envergure n’est cependant pas en danger, à moins d’une violente provocation chinoise, selon deux spécialistes québécois sur place.

« C’est sûr que ça va être pénible pendant une période de temps, du moins jusqu’à ce que la situation se stabilise », avance Bernard Pouliot, homme d’affaires et « père des Québécois à Hong Kong ». Diplômé de l’Université du Québec à Rimouski, M. Pouliot a posé ses valises à Hong Kong il y a 41 ans avec, comme mission, d’y ouvrir une succursale de la Banque Nationale du Canada. Son amour de la finance, couplé au dynamisme économique local, l’a convaincu de rester.

Avec Singapour, Hong Kong est la Mecque financière de l’Asie. La cité-État bourrée de gratte-ciel abrite la plus grande concentration d’institutions financières au monde. Et selon Bernard Pouliot, ce n’est probablement pas près de changer. « Les gens ont tendance à oublier vite ce genre de situation, dit-il. Que ce soit 6 mois ou 12 mois, selon le degré d’intervention des politiques chinoises, ce sera vite oublié, selon moi. »

Après « la Révolution des parapluies » de 2014, le marché s’est affaibli, mais il est revenu à la normale environ six mois plus tard, signe que les crises politiques ne semblent avoir qu’un impact temporaire sur le cours normal des affaires.

Pour l’instant, cependant, M. Pouliot confirme que le marché boursier est faible et que le marché immobilier est « stable et mou ». Cependant, l’effet négatif du climat politique sur les cours boursiers pourrait être partiellement compensé par les amateurs de risque. 

« Comme dans toute situation de crise, certaines personnes profitent des bas prix pour investir. Alors si quelqu’un croit en l’avenir de Hong Kong et en l’avenir de la Chine, il va peut-être même investir davantage. »

— Bernard Pouliot, homme d’affaires québécois

Hong Kong toujours aussi névralgique

Guillaume Boivin est un employé du secteur de la finance établi à Hong Kong depuis six ans. Il n’a pas voulu publier le nom de son employeur et n’a pas donné son nom de travail, de peur des répercussions pour s’être prononcé sur un sujet « sensible pour les autorités chinoises ».

« Si la Chine décide d’intervenir de façon brusque, ça va déclencher un nouveau cycle de perceptions négatives de la communauté internationale envers Hong Kong et le marché chinois, dit-il. Mais pour l’instant, je ne crois pas que ce soit plausible. »

En proportion, le PIB hongkongais par rapport à l’économie chinoise est passé d’un sommet de 27 % en 1993 à un peu moins de 3 % dans les récentes années. Pour cette raison, il semble de bon ton, chez certains analystes chinois, de dire que Hong Kong est en perte d’influence par rapport à une Chine toujours plus imposante, selon Guillaume Boivin.

Malgré tout, le spécialiste rejette vigoureusement l’hypothèse. « Hong Kong reste super, super important pour les grandes entreprises chinoises. Elles ont un grand intérêt à maintenir l’accès au potentiel financier de Hong Kong », déclare-t-il.

La région administrative spéciale, réintégrée à la Chine en 1997, reste la porte d’entrée du capital international, et, inversement, l’endroit par où transitent les grandes entreprises chinoises pour aller vers le monde. « C’est tellement important que c’est autour de 75 % de leurs finances qui passent par l’entremise de Hong Kong », ajoute M. Boivin.

« Pour ces raisons, si la Chine décide d’envoyer l’armée, ça pourrait être un point de non-retour pour la communauté internationale. L’impact pourrait être important, mais il est peu probable que ça arrive. »

Un impact temporaire ?

Les manifestations contre le projet de loi d’extradition ont secoué de façon importante l’économie de Hong Kong. La chef de l’exécutif, Carrie Lam, a annoncé vendredi passé que l’actuelle crise pourrait avoir un impact encore plus marqué que l’épidémie du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) de 2003 et la crise financière de 2008.

L’industrie touristique est en important recul depuis le déclenchement des manifestations il y a un peu plus de deux mois, rapportait hier l’Agence France-Presse. Le gouvernement canadien a lancé un avertissement aux voyageurs à destination de Hong Kong. On relève des chambres d’hôtel vides et des commerces désertés. Même le parc d’attractions Disneyland local en pâtirait. Les réservations pour les visites de groupe ont chuté de moitié.

L’impact de la crise actuelle s’ajoute à un ralentissement amorcé depuis plus longtemps, résultat des tensions commerciales entre l’Asie et les États-Unis.

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