ÇA SENT LA COUPE – MARA GOURD
MERCADO

Le docu à la dure

Pour le début de la Coupe du monde, La Presse rencontre des gens d’affaires originaires de pays qui participent à la grand-messe du soccer. Surtout pour discuter d’affaires et (un peu) de ballon rond.

C’est une petite organisation qui doit constamment mettre les bouchées doubles pour mener sa barque, avancer et respirer à un rythme régulier. À son arrivée à la direction des RIDM (Rencontres internationales du documentaire de Montréal) en 2015, Mara Gourd-Mercado s’est donné trois ans pour éponger le déficit de 60 000 $ et améliorer les conditions de travail du festival.

« Les ressources humaines en culture constituent un défi gigantesque, avoue-t-elle. Il fallait trouver des façons de prendre la masse salariale et de la redistribuer de façon plus efficace. »

Celle qui parle s’investit concrètement en culture depuis une quinzaine d’années, hormis un hiatus de deux ans en agence de publicité, durant lequel elle souhaitait avoir un horaire plus régulier pour s’occuper de sa mère. Faire rayonner le travail de créateurs dévoués qui réalisent des choses « avec des bouts de ficelle » est un travail de tous les instants. Traverser les obstacles pour y arriver tout autant. « Montréal a un statut de métropole culturelle, mais 82 000 personnes y travaillent dans des conditions précaires, explique Mara Gourd-Mercado. Car le financement stagne. Le gouvernement a recommencé à injecter de l’argent, mais l’écart est difficile à combler. »

Ne lui parlez pas d’« aide » aux organismes culturels. « Ce n’est pas de la charité, s’indigne-t-elle. On crée de l’emploi, de la richesse, et on contribue au rayonnement de la ville. Il faut faire une rééducation du langage et de la façon de faire de la culture. »

Mission accomplie

Trois ans après son arrivée en poste, Mara Gourd-Mercado peut néanmoins dire mission accomplie quant à la dette épongée. Comment y est-elle arrivée ? « En appliquant la méthode libérale, soit l’austérité ! lance-t-elle en riant. On est devenus le plus efficaces possible, on a remis en question toutes les dépenses. Fait-on imprimer 200 ou 150 t-shirts ? »

Le travail mené sur les ressources humaines de l’organisme, qui bénéficie d’un budget annuel de 1,5 million, lui a aussi valu d’être nommée récemment dans la catégorie Jeune entrepreneur culture au concours Arista, organisé par la Jeune Chambre de commerce de Montréal.

« C’est bien qu’on ait ajouté cette catégorie il y a deux ans, car la culture est un moteur de croissance économique. »

—  Mara Gourd-Mercado

« La culture bâtit une société. D’ailleurs, plus il y a de l’investissement en culture, plus on va vers l’autre. C’est un des piliers pour l’inclusion. Et le documentaire est un outil important dans une société pour comprendre la différence. »

Le commentaire vient d’une fille qui a un père « entrepreneur né » ayant fui la dictature de l’Argentine en 1978 pour le Québec et qui veut maintenant que les RIDM soient reconnues ici, autant qu’elles le sont déjà à l’étranger. Son équipe bûche pour proposer des découvertes et développer des publics. « On fait le travail que le gouvernement ne fait pas, dit la DG. On va dans les écoles, on fait des projections en classe. On présente le programme du festival dans les écoles. On se rend aussi dans le milieu carcéral et on fait un énorme travail avec les communautés culturelles. » Quand on a le documentaire et la culture tatoués sur le cœur.

Dans le groupe D, l’Argentine

Mara Gourd-Mercado adore le foot, au grand plaisir de son père argentin qui ne jure que par cette grand-messe. « Il peut passer ses dimanches à regarder le foot, raconte-t-elle. Il peut suivre la ligue guatémaltèque ! Lorsque je lui téléphone, je sais quand il suit un match, car il y a un décalage de 30 secondes dans ses réponses ! »

Papa, qui a vécu à Montréal quelques années avant de retourner s’établir en Amérique du Sud, a emmené sa fille assister à des matchs en Argentine et au Brésil, notamment. Celle qui suivra les affrontements de la Coupe du monde, cet été, avec son parrain argentin en visite à Montréal souhaite une victoire de l’Argentine (son père ne lui permettrait aucune autre prédiction !). « Il est temps que l’équipe gagne, lance-t-elle. Elle a de bons joueurs, mais ensemble… quelle guerre d’ego ! »

Groupe D : Argentine, Islande, Croatie, Nigéria

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