Manifestations autochtones

Impasse

Les barricades dressées sur plusieurs voies ferrées ont mené hier le CN à fermer son réseau dans l’est du pays et Via Rail à annuler son service dans l’ensemble du Canada. Alors qu’Ottawa et les provinces tentent de trouver une issue à la crise, la colère gronde parmi les protestataires.

Chronique

Une poignée d’hommes en colère

TYENDINAGA, — Ontario — C’est d’abord le drapeau rouge des Warriors que l’on aperçoit au bout du chemin de campagne enneigé. Le symbole de la résistance mohawk. On y est. Au cœur de la rébellion autochtone qui paralyse une grande partie du transport ferroviaire au Canada depuis plus d’une semaine.

On s’avance et, passé une longue file de voitures de journalistes garées au bord du chemin, on distingue un chasse-neige, une tente, une vieille caravane ornée d’une banderole – rouge, elle aussi : « STOP COLONIZATION ».

Mais ce qui frappe surtout, c’est la modestie de cette insurrection. Son aspect broche à foin. Les manifestants ne sont qu’une vingtaine, tout au plus. Ils sont mal organisés. Ils n’ont pas l’appui de leur police ni de leur conseil de bande. Mais ils sont en colère.

Dire qu’à elle seule, cette poignée de contestataires a forcé l’annulation de centaines de départs en train. Elle a même poussé Via Rail et le CN à suspendre, jeudi soir, toutes leurs activités dans l’est du pays.

On s’avance un peu plus, à pied cette fois. Pas bien loin. Le comité d’accueil est plus glacial que le vent d’hiver qui balaie la campagne ontarienne. Nous sommes à l’orée de la réserve mohawk de Tyendinaga, à mi-chemin entre Montréal et Toronto.

À deux pas du chemin de fer sur lequel aucun train n’a roulé depuis maintenant huit jours.

On foule presque les rails quand deux hommes nous ordonnent sèchement de rebrousser chemin. Ils en ont ras le bol des journalistes. « Vous n’arrêtez pas de mentir », me reproche l’un d’eux. « Est-ce que nous sommes des contestataires ? »

Je sens que c’est une sorte de test. Je tente une réponse.

« Euh… non ?

— C’est ça. Nous ne sommes pas des contestataires. Nous sommes des protecteurs des terres. »

Il ne m’en dira pas davantage. J’ai peut-être passé le test, mais je ne suis pas la bienvenue sur ces terres-là.

***

Il est facile de dire que c’est la complaisance des autorités qui permet à ces manifestants de tenir des dizaines de milliers de Canadiens en otage.

Après tout, une injonction a été prononcée par la Cour supérieure de l’Ontario pour les empêcher de bloquer les voies ferrées. La police n’a qu’à faire son travail. Elle les embarque, hop, et le tour est joué. On n’en parle plus.

Mais rappelez-vous la crise d’Oka, en 1990.

La situation est explosive, en ce moment, dans la réserve de Tyendinaga. La dernière chose que veulent les autorités, c’est fournir l’allumette pour tout faire sauter.

Le ministre des Services aux Autochtones, Marc Miller, préfère user de diplomatie. Il a invité les contestataires à une rencontre, samedi, à condition qu’ils lèvent les barricades.

« Comme vous le savez, il s’agit d’une situation très instable et la sécurité de toutes les personnes impliquées est de la plus haute importance pour moi », a-t-il écrit tard mercredi soir dans un courriel envoyé aux contestataires, jusqu’ici resté sans réponse.

Les manifestants se plieront-ils à sa demande ? Ils ont juré de maintenir leur blocus jusqu’à ce que la GRC quitte le territoire de la Première Nation de Wet’suwet’en, dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique. Là-bas, les chefs héréditaires s’opposent à la construction d’un pipeline de gaz naturel.

Mais leur colère dépasse maintenant cette histoire de pipeline.

Ils veulent être entendus.

***

Un autobus scolaire peint en noir, une tente, un feu qui brûle dans un vieux baril de métal.

Un autre campement a été monté à la hâte, dans la nuit de mardi à mercredi. Nous sommes tout près du barrage principal, mais à l’intérieur de la réserve de Tyendinaga. « C’est le plan B, le camp B », m’explique Jacob Morris.

Au cas où la police provinciale de l’Ontario se déciderait à démonter les premières barricades, il restera toujours ce campement. Plus modeste encore que le premier.

Ici, on ne chasse pas (encore) les journalistes.

Une dizaine de personnes se réchauffent autour du feu. Seules quelques-unes viennent de la réserve. D’autres sont venues de loin pour soutenir leurs frères et sœurs autochtones. Il y a bien aussi deux ou trois militants blancs. C’est tout.

Jacob Morris est un enfant de Tyendinaga. Une réserve pauvre, composée de bungalows défraîchis. Avec, en prime, un avertissement de faire bouillir l’eau en permanence.

Il le reconnaît sans détour, il ne se gèle pas dans ce campement pour manifester sa solidarité avec la Première Nation de Wet’suwet’en. Pas seulement, en tout cas. « Cette manif, c’est devenu beaucoup plus que ça. »

***

Je ne m’étais pas annoncée et je dois dire qu’après l’accueil reçu au campement principal, je n’y croyais pas trop. Mais, contre toute attente, le chef des Mohawks de Tyendinaga accepte de me donner une interview impromptue.

Donald Maracle me reçoit dans son bureau… pour me dire que je devrais couvrir les événements en Colombie-Britannique. Pas chez lui. « Nous n’avons pas déclenché cette manifestation. »

Il n’a pas le contrôle sur ces contestataires.

Déjà, le chef de police mohawk Jason Brant leur a poliment demandé de lever le camp. « Je comprends que le gros bonnet du CN perd des millions, leur a-t-il dit sans détacher les yeux de son texte. Mais cela affecte désormais les travailleurs. Les personnes qui vivent d’un chèque de paie à l’autre sont maintenant touchées. »

Le plaidoyer du chef de police n’a pas convaincu les manifestants.

Derrière son bureau, Donald Maracle écoute à peine mes questions. Nerveux, il lit un communiqué, posé devant lui.

« Nous vivons des moments délicats, des moments agités, et nous devons choisir nos mots avec prudence, finit-il par me dire. Il faut s’aménager un espace de dialogue positif. »

Il espère un dénouement rapide à cette crise. Il aspire à « de bonnes relations entre les peuples de ce pays ».

Mais il est ébranlé par les courriels haineux qu’il reçoit depuis le début de cette histoire. « Peut-être que vous, maudits paresseux, devriez vous trouver un travail et arrêter de vivre aux crochets du gouvernement », lui a-t-on écrit.

Les autres courriels sont de la même eau.

Ce n’est pas nouveau, bien sûr. Ce genre d’insultes refait surface chaque fois que des autochtones se lèvent pour défendre leurs droits, regrette le chef mohawk.

Malheureusement, rien n’indique que cela changera, tant que cette voie ferrée essentielle à l’économie du pays restera bloquée par une poignée de contestataires.

C’est là tout le drame des communautés autochtones, qu’on dirait trop souvent condamnées à n’inspirer que deux émotions chez leurs concitoyens : l’indifférence ou la colère.

partout au pays

Kahnawake

Des manifestants ont continué à perturber le service de trains de banlieue entre Candiac et Montréal jeudi. Des Mohawks de Kahnawake s’installent depuis lundi dernier aux abords de la voie ferrée près du pont Mercier.

Les manifestants ont affirmé mercredi qu’ils resteraient sur place tant que la Gendarmerie royale du Canada ne quitterait pas le territoire de la nation wet’suwet’en. Exo, qui assure le service de trains de banlieue, a mis en place un service de navettes par autobus, et communique au jour le jour avec les usagers pour les informer de la suspension du service.

Gaspésie

Depuis lundi, des manifestants micmacs bloquent la voie ferrée à Listuguj, en Gaspésie. La Société du chemin de fer de la Gaspésie a tenté jeudi de convaincre les protestataires de laisser passer un train de pales éoliennes prévu pour samedi, en vain. « On ne passera pas tant qu’il n’y aura pas de règlement national », a dit au Soleil le directeur du transporteur ferroviaire, Luc Lévesque. Les manifestants assurent qu’ils n’ouvriront pas la voie tant que les chefs héréditaires de Wet’suwet’en n’auront pas obtenu satisfaction.

Manitoba

Après une journée de blocage, des manifestants du Manitoba ont démantelé une barrière sur une voie ferrée à l’ouest de Winnipeg jeudi. Le premier ministre du Manitoba, Brian Pallister, avait averti qu’il demanderait une injonction pour mettre fin à l’action, que le CN a finalement obtenue. Les manifestants ont dit ne pas avoir l’intention d’abandonner leur contestation pour autant.

Colombie-Britannique

Les manifestations ont perturbé le service de transports en commun à Vancouver jeudi après-midi. Le CN a averti la société TransLink de l’annulation du service en raison des manifestants bloquant la voie à Port Coquitlam.

Plusieurs dizaines de protestataires ont aussi occupé le bureau de circonscription du procureur général de la Colombie-Britannique, David Eby. Les manifestants ayant annoncé mercredi leur intention de bloquer divers immeubles gouvernementaux à Victoria, une injonction pour prévenir de telles actions a été accordée jeudi. Les autorités de la Colombie-Britannique s’attendent à diverses manifestations vendredi devant des bâtiments gouvernementaux.

— Janie Gosselin, La Presse, avec Le Soleil et La Presse canadienne

« C’est à Justin Trudeau de régler le problème »

François Legault presse Ottawa de dénouer l’impasse

C’est au premier ministre Justin Trudeau de trouver rapidement une issue à l’impasse qui perdure entre la Colombie-Britannique et la Première Nation de Wet’suwet’en, qui a des effets partout au pays, y compris au Québec, a fait valoir le premier ministre François Legault.

« C’est à Justin Trudeau de régler le problème », a-t-il lancé en mêlée de presse. « Le problème, c’est un gazoduc en Colombie-Britannique, ça ne concerne pas le Québec, ça ne concerne pas l’Ontario, ça concerne le gouvernement fédéral et c’est à eux autres de trouver la solution », a ajouté M. Legault.

François Legault a dit parler en son nom, mais aussi en celui du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, avec qui il s’est entretenu. Il assure que lui et son vis-à-vis ontarien s’entendent sur le fait qu’il s’agit « d’abord d’un problème du fédéral » et qu’il est nécessaire que Justin Trudeau « priorise ce dossier-là ».

M. Legault réclame par ailleurs que l’Ontario se joigne au comité de coordination Québec-Ottawa créé mercredi à la demande du ministre des Transports, François Bonnardel, afin de permettre un meilleur suivi de la situation.

Le transport ferroviaire a de nouveau été perturbé jeudi à Montréal. Le transporteur exo a notamment confirmé l’annulation de tous les départs des trains de banlieue de la ligne 4 pour la journée entre Candiac et le centre-ville de Montréal.

« Ça crée beaucoup d’inconvénients et au Québec et en Ontario. On est très préoccupés. »

— Le premier ministre François Legault

« On suit la situation de près, a dit Justin Trudeau lors d’une mêlée de presse en Allemagne, où il se trouve actuellement. C’est préoccupant. »

M. Trudeau a discuté avec le premier ministre de la Colombie-Britannique. S’ils s’entendent pour dire que les manifestations doivent respecter la loi, ils ont aussi convenu que la lutte contre les changements climatiques et la réconciliation devait « demeurer au premier plan de toutes les mesures que prend le gouvernement », selon un communiqué du bureau du premier ministre du Canada.

Le premier ministre a fait parvenir jeudi une lettre au chef de la communauté wet’suwet’en, Norman Stephens, pour signaler que le fédéral comptait participer à une rencontre pour tenter de dénouer l’impasse.

Le gouvernement veut profiter de ce dialogue pour comprendre « comment on en est arrivé à l’impasse entourant le développement d’un pipeline, discuter de la situation actuelle, et tenter de trouver un mécanisme afin d’éviter de telles situations dans l’avenir », a-t-il signalé dans la lettre.

Carolyn Bennett, ministre des Relations Couronne-Autochtones, sera déléguée pour cet exercice, indiquait-on au bureau de Justin Trudeau, jeudi, alors que le CN fermait son réseau dans l’est du pays et VIA Rail, dans l’ensemble du Canada. Le CN a affirmé qu’il pourrait y avoir des mises à pied temporaires du personnel.

Main tendue

Quelques heures auparavant, dans la nuit de mercredi à jeudi, le ministre fédéral des Services aux Autochtones a proposé une rencontre avec les Mohawks de Tyendinaga dans un courriel qu’il a fait parvenir à trois chefs.

Essentiellement, il propose de négocier, mais seulement à condition que les barricades soient levées.

« Ma demande, que je vous prie de bien vouloir considérer, est de mettre fin à la protestation et aux barricades sur les voies ferrées dès que possible », a écrit Marc Miller.

« Comme vous le savez bien, cette situation est très volatile et la sécurité de toutes les personnes impliquées est de la plus haute importance pour moi. »

— Marc Miller, ministre fédéral des Services aux Autochtones

Le chef mohawk de Tyendinaga, Donald Maracle, a affirmé qu’il s’attendait à ce que la rencontre ait lieu. En revanche, il s’est gardé de commenter la demande de démanteler les barricades, puisque l’action n’a pas été lancée par son conseil.

Depuis la semaine dernière, la circulation de trains de passagers et de marchandises au Canada est perturbée par des opposants autochtones au projet de gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique. Des autochtones de partout au pays tiennent des actions similaires par solidarité.

Des acteurs de différentes industries ont plaidé pour une prompte intervention fédérale afin de permettre au transport ferroviaire de reprendre.

« Nous sommes une industrie qui dépend de l’exportation pour survivre et prospérer, a indiqué Jeff Nielsen, à la tête des Producteurs de grains du Canada. Sans l’accès à ces marchés par les voies ferroviaires, nous risquons d’autres pertes, en plus de celles causées par une saison infernale. »

« Certaines entreprises sont maintenant dans une position où elles ne peuvent plus garantir la date de livraison aux clients », a dit Derek Nighbor, président et chef de la direction de l’Association des produits forestiers du Canada, déplorant l’impact sur la réputation de l’industrie forestière au Canada.

— Avec Janie Gosselin, La Presse, et La Presse canadienne

Ce qu’il faut savoir du conflit

Le conflit opposant les chefs héréditaires de la Première Nation des Wet’suwet’en au projet de gazoduc Coastal GasLink, en Colombie-Britannique, a des échos dans tout le Canada. Depuis la semaine dernière, les manifestations prennent de l’ampleur. Explications.

Pourquoi les gens manifestent-ils ?

Les manifestations ont pris de l’ampleur après une intervention de la Gendarmerie royale du Canada le 6 février dernier en Colombie-Britannique. Depuis plusieurs années, huit chefs héréditaires de la nation wet’suwet’en, de même que leurs supporteurs et des militants écologistes, s’opposent au projet de gazoduc Coastal GasLink, qui doit passer par leur territoire. La semaine dernière, la GRC est intervenue pour faire appliquer une injonction accordée au promoteur du projet pour avoir accès à l’endroit et commencer ses travaux – les opposants bloquaient alors l’entrée. La GRC a ainsi démantelé leurs campements et arrêté six personnes. Les manifestations de soutien aux opposants ont alors pris de l’ampleur et plusieurs dizaines de personnes ont été arrêtées depuis. Plus largement, le traitement des peuples des Premières Nations est dénoncé. « Les gens des peuples autochtones partout au Canada sont vraiment fâchés, pas seulement à cause du traitement à Wet’suwet’en, ils sont fâchés du traitement qu’ils reçoivent eux-mêmes », a dit à La Presse Warner Naziel, le chef héréditaire de Wet’suwet’en aussi appelé Smogelgem, dans une entrevue téléphonique.

Pourquoi les manifestants perturbent-ils le transport ferroviaire ?

« L’idée, je pense, pour beaucoup, c’est de paralyser le Canada », explique M. Naziel. Il a suffi à une poignée de manifestants d’installer un barrage près de Belleville, en Ontario, pour perturber grandement le trafic ferroviaire, puisqu’il s’agit de la seule voie principale reliant l’Ouest canadien à l’Est, et l’est du Canada au centre des États-Unis. La police provinciale de l’Ontario a ordonné aux manifestants d’abandonner le blocage, mais le gouvernement fédéral semble pour l’instant préconiser la négociation. « Pour nous, c’est symbolique de manifester notre mécontentement près de rails de train qui traversent notre territoire », a expliqué mercredi matin un homme de 26 ans de la communauté mohawk de Kahnawake qui a participé aux blocages au sud de Montréal et a requis l’anonymat. Des blocages de routes et de voies ferrées avaient aussi été utilisés par les manifestants d’Idle No More, autre mouvement pancanadien de revendications mené par des autochtones, lancé en 2013.

Que veulent les manifestants ?

Les revendications sont nées de préoccupations sur la construction du gazoduc, que les manifestants souhaitent faire arrêter, mais touchent plus largement la question territoriale. « Nous devons avoir la possibilité de prendre nos propres décisions sur nos terres », estime M. Naziel, dénonçant les impacts environnementaux des projets miniers, gazoducs et barrages. « Alors que Trudeau parle de réconciliation, il n’y en a aucune, a dénoncé Sedalia Kawennota, rencontrée à Kahnawake. Changer le nom des rues à Montréal ne va rien faire pour nous si, à côté, on installe des pipelines sur nos terres […], mais nous nous tiendrons toujours debout. »

Quel est le projet Coastal GasLink ?

Le gazoduc de la filiale de TC Energy d’environ 670 km doit permettre d’acheminer du gaz naturel dans le nord de la Colombie-Britannique. Par la suite, le gaz naturel pourra être exporté à l’état liquide à l’étranger par LNG Canada. Le gazoduc devrait être en service en 2023. La préparation du site et les étapes préliminaires de la construction sont en cours depuis le début de l’année 2019.

Pourquoi les responsables de Coastal GasLink affirment-ils avoir tenu compte des intérêts des autochtones ?

Si les chefs héréditaires s’opposent au projet, les 20 élus des conseils de bande des Premières Nations, dont 5 élus des conseils de bande de Wet’suwet’en, l’ont appuyé. L’autorité des conseils de bande, dont la structure a été mise en place par la Loi sur les Indiens, contre celle des chefs héréditaires sur les décisions territoriales de la nation est au cœur du débat. Tous dans la communauté n’appuient pas les protestations des huit chefs héréditaires, ce qui crée des tensions entre les membres, comme l’a rapporté le Globe and Mail en janvier.

— Avec Mayssa Ferah, La Presse, The Globe and Mail et La Presse canadienne

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