Éducation financière

Math, français, anglais, budget…

Sa disparition, en 2009, avait provoqué un tollé. À la demande générale, le cours d’éducation économique fait un retour dans les classes des écoles secondaires à la rentrée 2014, dans une nouvelle formule mieux adaptée aux besoins et à la réalité des élèves.

Le ministère de l’Éducation s’affaire à peaufiner les détails d’un programme de 50 heures qui initiera les adolescents à l’épargne, à l’art d’équilibrer un budget, aux dangers du crédit, aux choix de consommation, au marché du travail et à la planification des études supérieures.

« Les thèmes abordés sont au cœur des besoins quotidiens des jeunes. Le Ministère a fait une bonne recherche pour concevoir ce cours », souligne Camille Beaudoin, directeur de l’éducation financière à l’Autorité des marchés financiers (AMF), membre du groupe de travail qui a planché sur le sujet au cours des derniers mois.

Cependant, le programme sera optionnel pour les élèves de 5e secondaire, alors que plusieurs groupes réclamaient un cours obligatoire. Au ministère de l’Éducation, on a toutefois refusé de nous confirmer la date de retour de ce cours.

Les adolescents sont de plus en plus nombreux à travailler pendant leurs études, sont ciblés comme jamais par la publicité, ont accès à une panoplie de gadgets et produits de crédit. Mais ils ne sont pas bien outillés pour s’y retrouver et bien administrer leur petite fortune, fait valoir France Latreille, directrice de l’Union des consommateurs. Surtout que leurs parents sont plus endettés que jamais et ont eux-mêmes de la difficulté à contrôler leurs dépenses. « Les jeunes nous disent qu’ils ont besoin de renseignements sur les contrats de consommation, les prêts étudiants, le crédit, la recherche d’emploi, les conditions de travail. Ce sont des préoccupations immédiates pour eux », souligne Mme Latreille, qui a aussi été consultée par le Ministère.

Deux visions

Dans le groupe de travail sur le futur cours, certains demandaient que le programme soit plutôt orienté vers les grandes questions économiques et le fonctionnement des systèmes financiers. C’est ce que préconisait le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui offre déjà aux écoles des outils permettant aux jeunes de se familiariser avec ces notions. Mais son approche n’a pas été retenue.

« On croit que les jeunes doivent d’abord comprendre le fonctionnement de l’économie pour réaliser les risques liés à l’endettement. Mais leur expliquer comment faire un budget, c’est trivial, il y a plein de renseignements accessibles à ce sujet, dit l’économiste Claude Montmarquette, PDG du CIRANO. Selon nous, il faut expliquer le pourquoi avant le comment. »

Mais le raisonnement du CIRANO ne trouve pas beaucoup d’adeptes. « Il faut aborder des sujets concrets pour eux. Si on parle surtout d’inflation, ou d’offre et de demande, les jeunes n’y voient pas d’utilité concrète et décrochent », souligne Dominique Asselin, un conseiller en placement de Sherbrooke qui a fondé l’Académie du trésor il y a trois ans, pour offrir de l’éducation financière dans les écoles. Ses programmes rejoignent maintenant 1200 élèves dans une vingtaine d’écoles, surtout en Estrie, mais depuis peu dans la région de Montréal.

« Les études démontrent que les jeunes ne feront pas le lien avec leur situation personnelle si on aborde des thèmes qui leur semblent trop théoriques », ajoute Camille Beaudoin, de l’AMF.

L’influence des banques

Claude Montmarquette fait pourtant valoir que les outils créés par le CIRANO pour ordinateurs et tablettes numériques permettent aux élèves de comprendre des notions complexes au moyen de jeux. « On sous-estime la capacité des jeunes. Ils sont très habiles avec les outils informatiques », dit-il. Pour ce projet, l’organisme a reçu du financement de l’AMF, des syndicats et de Finance Montréal, qui regroupe des acteurs des milieux financiers et universitaires.

Mais à l’Union des consommateurs, on se méfie des initiatives financées par les institutions financières. « Les banques s’intéressent de plus en plus à la littératie financière, mais ce sont les mêmes qui proposent des cartes de crédit dans les cégeps à la rentrée. Selon nous, ça pose un problème », dit France Latreille.

« L’industrie des services financiers ne fait pas son travail pour bien expliquer les mécanismes liés à ses produits, déplore aussi Dominique Asselin. Elle met des outils entre les mains des clients sans leur offrir de guide. »

L’argent en chiffres

46 % des élèves de 15 à 19 ans et 72 % des élèves et étudiants de 20 à 24 ans travaillent pendant leurs études.

15 % des adolescents de 12 à 17 ans ont des dettes qui atteignent 600 $ en moyenne – (1290 $ chez les jeunes de 16 et 17 ans).

Sources : Institut de la statistique du Québec et Marie J. Lachance, département des sciences de la consommation de l’Université Laval

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