Télévision

21 jours dans la peau d’un autre

Quiconque n’est pas non-voyant, handicapé ou sans-abri ne sait vraiment pas ce que c’est. Trois journalistes ont eu le « luxe » de se glisser dans la peau d’un autre durant trois semaines, pour mesurer les difficultés et les frustrations quotidiennes liées à chaque condition.

Eza Paventi, Myriam Fehmiu et le collègue de La Presse Hugo Meunier ont servi de cobayes à cette adaptation d’un concept espagnol, intitulée 21 jours, et que TV5 lancera le jeudi 18 septembre à 21 h. Pourquoi 21 jours ? C’est le temps qu’il faut pour retrouver ses repères – ou pour perdre la boule, c’est selon.

L’idée est assez fascinante, et le résultat l’est tout autant. Les trois ont dû mettre de côté leurs réflexes journalistiques pour vivre à fond l’expérience, sans contrainte de temps.

Dans l’émission montrée aux journalistes, Myriam Fehmiu s’immerge dans l’obscurité totale pour vivre comme une aveugle durant trois semaines. Deux pansements opaques sur les yeux, et débrouillez-vous. Comme toute personne qui perd la vue, les premiers temps sont pénibles : fini le cinéma, les courriels, la lecture.

La simple écoute d’un film accompagné d’une vidéodescription destinée aux non-voyants la rend folle, tellement les commentaires deviennent envahissants. Et je ne parle pas du simple fait de se préparer un thé ou de retirer des billets au guichet automatique, une corvée épuisante les premières fois.

Myriam passera par certaines étapes proposées aux non-voyants afin de leur offrir une vie plus normale, comme l’assistance d’un chien-guide, l’apprentissage du braille et des trucs pour prendre le métro ou traverser la rue. Vingt et un jours, c’est trop peu pour atteindre cette vie plus simple, mais assez pour mesurer les efforts immenses que ça demande. Le moment où Myriam retire les pansements est particulièrement émouvant.

Le but de la série n’est surtout pas de prendre les gens en pitié. Au premier épisode, Hugo Meunier a même perdu patience après quelques jours dans la peau d’un sans-abri. « Ce qui résume la rue, c’est une file d’attente », dit-il de cette faune pas toujours accommodante.

En cinq minutes, on lui avait déjà offert du pot et du crack, et il a vite compris que le troc est pratique courante dans la rue. Il a aussi constaté que le regard à son endroit avait changé. 

« Une fois que tu te retrouves dans la rue, tu deviens un moins que rien à la vue des gens. »

— Hugo Meunier

Assis sur le trottoir, il en a eu une preuve tangible lorsqu’il a vu des étudiants l’enjamber cavalièrement, alors qu’ils manifestaient pour des causes sociales et pour l’amélioration du monde. Tiens, tiens…

En cherchant un coin pour dormir à la belle étoile, après avoir vécu une nuit d’horreur dans un centre d’hébergement, il se fait littéralement envoyer promener par un sans-abri qui protège son territoire. Il finira dans un McDo, où les sans-abri sont relativement tolérés la nuit, s’ils restent civilisés.

S’il n’a pas moins d’empathie à leur endroit, il a tout de même décelé beaucoup de victimisation chez plusieurs d’entre eux. « Ce n’est jamais de leur faute s’ils en arrivent là. Quand un itinérant me demande de l’argent pour manger, j’hésite, parce que j’ai vu combien les centres d’hébergement les nourrissent bien et qu’ils ont tout ce qu’il faut pour la journée. » Étonnamment, Hugo Meunier dit avoir vécu avec plus de difficulté ses 21 jours dans une ferme, très exigeants physiquement.

Eza Paventi a passé 21 jours dans un centre de soins palliatifs, où la moyenne de séjour n’est que de 17 jours. Vivre la mort de si près a de quoi remuer, on s’en doute. Le sort a voulu qu’elle apprenne peu de temps après qu’elle attendait un enfant, et qu’elle vivrait sa grossesse en tournant cette fois avec des enfants autistes.

Décidément, on assiste à une vague de « slow TV » qui n’est pas désagréable. Je n’ai rien contre la lenteur en télévision, pourvu que les silences parlent, ce qui est le cas dans cette série de 10 épisodes, brillamment réalisée par Frédéric Nassif et André St-Pierre. Au cours des autres émissions, les cobayes vivront sur un bateau de pêche, en fauteuil roulant, dans une résidence pour aînés et à la SPCA.

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