Les lignes horizontales

Lecture identifiable

Les reliques sacrées d’Hitler

Sidney Kirkpatrick

Cherche-midi

416 pages

C’est un cadeau de mon père. On trouve deux types de cadeaux dans le domaine du livre : le neuf et le lu. Le lu par soi, dont on cède ensuite son propre exemplaire à un proche, donne une couche d’importance à l’objet. Parce que mon père l’a lu, je vais probablement y faire plus attention que s’il me l’avait donné neuf.

En plus, il a écrit son nom à l’intérieur. Je ne suis pas certain si on le fait encore beaucoup aujourd’hui. Il me semble que plusieurs livres dans la bibliothèque de mes parents étaient identifiés au haut de la première page de leur nom complet parfois suivi de l’année de lecture. Je l’ai vu aussi souvent chez des parents d’amis.

J’ai l’impression que c’est une habitude qui se perd avec le temps. Un peu comme dire « salut bien ! » au lieu de juste « salut ». Plus personne en bas de 40 ans ne dit « salut bien ! ». 

Identifier ses lectures, ça laisse des traces. Ce qui nous force à lire des livres décents. Je n’ai pas envie que dans 60 ans, quand même ma famille aura oublié qui j’étais, au moment de la découverte d’une boîte perdue, mes descendants s’exclament : hé, aucune idée de quoi parlaient ses spectacles, mais en 2014, il a lu La grosse poulette dansait le triple swing !

Né en Allemagne, le lieutenant Walter Horn, titulaire d’un doctorat en histoire de l’art à l’Université de Hambourg, fuit son pays avant l’occupation nazie, immigre aux États-Unis et s’engage dans l’armée américaine. En février 1945, il reçoit une confession inattendue d’un soldat allemand prisonnier : la grande majorité des objets d’art pillés par les nazis se trouvent dans un tunnel secret sous le château de Nuremberg. Sur les dix-sept caisses retrouvées, deux sont vides. On confie alors au lieutenant Horn une unité d’enquête spéciale de la division MFAA (Monuments, Beaux-Arts et Archives), chargée de retrouver les joyaux de la couronne.

On se lance ensuite dans un roman historique qui n’a en fait rien de fictif. C’est une histoire vraie. Une histoire de fin de guerre. Rares sont les histoires de fin de guerre. Le premier matin de paix, qu’est-ce qui se passe ? Qui va où, qui fait quoi ? Qu’est-ce qu’on entend dans les rues ? Est-ce qu’il vous reste du beurre ? D’après moi, l’eau de la piscine est verte. Quoi ? ! Les enfants veulent jouer à la guerre ? ! Déjà ? OK, y ont vraiment rien compris…

Dans les villes en reconstruction, on fait état, entre autres, de marché noir de médicaments, d’aliments rares donc hors de prix, et d’épidémie de typhus. Je n’ai pas vérifié en quoi constitue le typhus. Mais à l’audio, ça sonne comme quelque chose dont l’épidémie peut s’avérer un facteur de désagrément lors d’une journée à la plage.

Le lieutenant Horn vit un divorce en simultané avec la guerre. Je n’y avais jamais pensé, mais des hommes ont vécu ce genre de situations. D’aller à la guerre est déjà probablement la pire chose qui soit, et certains l’ont vécue avec d’autres problèmes sur les épaules en plus. Un divorce et une guerre la même année, rendu en décembre, ça donne un petit Noël fatigué.

Pour ma part, je ne suis jamais allé à la guerre, mais j’ai combattu dans quelques séparations. J’ai toujours perdu !

Un don de livre implique de lire l’ouvrage. Le problème étant que le donateur demande des comptes à chaque rencontre subséquente. J’ai amorcé les quelque 400 pages bien corsées en doutant fortement de les traverser au complet, mesurant mal à quel point j’avais envie de m’envoyer une demi-brique sur un lieutenant qui court après des tableaux… mais j’ai découvert une écriture simple, efficace et la lecture fut longue, mais instructive.

J’avoue aussi que j’avais complètement peur que mon père m’enligne des « pis ? » lors des 16 prochains soupers et d’être obligé de lui avouer que « non… pas lu, me suis plutôt tapé une biographie du batteur des Who… il est mort en 78 et à la fin, il était vraiment gros. Voilà ce que j’ai appris cette semaine… »

Je n’ai jamais identifié les livres que j’ai lus. Je vais le faire à partir de maintenant. Je vais ajouter mon nom sous celui de mon père dans Les reliques sacrées d’Hitler. Et je vais aussi ajouter son nom sous le mien dans La grosse poulette dansait le triple swing

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