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OPINION

Diouf : « Je n'aime pas la fraternité raciale ! »

Je n’aime pas la fraternité raciale !

Le lendemain du gala des Olivier, j’ai reçu un appel de l’Association des professionnels de l’Industrie de l’humour (APIH) et un autre du journal La Presse, pour me demander de réagir à des plaintes formulées encore par certains membres de la « communauté noire ». Des gens qui se disaient insultés par la métamorphose africaine de Mario Jean en début de gala. Ce blackface était, selon eux, une représentation très raciste, qui témoignait de l’intolérance des francophones envers leurs compatriotes bronzés.

Au début, je voulais regarder passivement cette affaire mourir de sa belle mort. Du moins jusqu’à ce que mon ami André Vanasse, Haïtien de cœur, m’envoie un message me demandant de réagir parce qu’il était attristé de se faire traiter de raciste sur la toile pour une telle niaiserie. Le message reçu par André venait d’un professeur qu’on dit spécialiste de l’esclavage et de la diaspora noire et qui recommandait aux membres de la Black Canadian Studies Association d’envoyer des plaintes à l’ombudsman de Radio-Canada.

Alors je voudrais dire à mon ami André qu’il y a malheureusement des basanés dont le passe-temps favori est de servir leurs jérémiades culpabilisantes à l’homme blanc d’aujourd’hui, qu’ils tiennent encore responsable des exactions des esclavagistes du XVIIe siècle. Et cette communauté noire virtuelle, qui sert de rempart à tous ces intolérants, n’est pas la mienne et je ne me souviens pas d’avoir mandaté une quelconque ligue pour défendre ma négritude dans les médias.

J’ai grandi avec un grand-père qui enseignait que des cœurs voisins valaient mieux que des cases voisines. C’est pour ça que ma communauté est arc-en-ciel et comprend mes enfants qui sont métis, ma conjointe qui est blanche et mes amis qui viennent de différents groupes ethnoculturels et raciaux. J’ai même toujours refusé qu’on dise à mes enfants qu’ils sont uniquement des noirs parce que cela revient à leur apprendre injustement que le jour où on insultera la race de leur mère, ils ne devraient pas se sentir concernés.

Si cette dame qui est universitaire et spécialiste de la traite négrière trouve le Québec raciste à cause d’un déguisement trop foncé, elle devrait publier un guide de maquillage imposant aux blancs les limites de noirceur et de taille de babines compatibles avec sa rectitude politique.

Aveuglés par leur seul fanatisme racial, tous ces activistes n’ont même pas remarqué que le grand gagnant de cette soirée s’appelait Samir Khullar alias Sugar Sammy, un enfant de la loi 101 que le Québec a consacré même s’il passe son temps à rire des indépendantistes. Au lieu de brandir cette vieille rengaine qui mélange victimisation et récrimination, ils auraient dû se réjouir du succès de ce talentueux bronzé et saluer par la même occasion ce geste de grande ouverture des Québécois.

Tous ces constipés de la rigolade interculturelle gagneraient à réaliser un jour que l´humour est un outil de subversion sociale qui sert justement à mettre en évidence ces interactions et ces conflits entre les groupes et à faire tomber les masques. Que chaque fois que nous plaisantons sainement les uns avec les autres, nous participons à l’émergence d´une nouvelle identité plus ouverte et plus juste. Entre le Niger black d’Yvon qui renvoyait aux Québécois une image miroir de l’époque et la consécration de Sugar Sammy, les mentalités ont largement cheminé dans la bonne direction. C’est-à-dire vers la nouvelle identité à laquelle on devrait tous aspirer : celle qui outrepasse les seules limites de la race et de la religion.

Pour terminer, André, je voudrais te dire que la dernière fois que je me suis commis publiquement sur ce sujet, un de ces intégristes de la race m’a qualifié dans une assemblée « d’esclave de maison ». En d’autres mots, celui qui crache sur ses frères pour faire plaisir aux blancs qui le nourrissent. Comme quoi ces adeptes de cette fraternité raciale n’aiment pas non plus les moutons noirs qui essayent de s’éloigner du troupeau.