ÉDITORIAL

Couverture trouée

Après avoir vanté les nouveaux services de santé bientôt offerts dans les pharmacies, Québec a fait volte-face et décidé de les couvrir pour une partie de la population seulement. Un précédent inquiétant.

Quand un ministre de la Santé annonce « un meilleur accès aux soins de santé de première ligne », comme l’a fait Réjean Hébert en décembre dernier, on présume qu’il s’agit d’un accès universel. Le Dr Hébert avait d’ailleurs confirmé que les nouveaux actes accomplis par les pharmaciens seraient couverts par l’assurance maladie.

Ce ne sera finalement pas le cas, a-t-on appris cette semaine. Le gouvernement négocie les tarifs qu’il remboursera pour les Québécois couverts par le régime public d’assurance médicaments. Les autres ? Qu’ils se débrouillent. Le ministre ne le dit évidemment pas ainsi, mais c’est la réalité. On le voit avec les médicaments d’ordonnance. L’État négocie les prix et les honoraires pour son propre programme. Les patients assurés au privé, eux, doivent payer les prix déterminés par chaque pharmacien. Ils sont généralement plus élevés qu’au public et varient beaucoup d’un endroit à l’autre.

Le ministère de la Santé et l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP) négocient actuellement les tarifs des services que Québec remboursera aux pharmaciens. Notre propos n’est pas d’endosser l’une ou l’autre partie, mais de remettre les choses en perspective.

Nous ne demandons pas à l’État de couvrir tous les nouveaux services qui seront offerts en pharmacie à partir du 3 septembre. L’assurance maladie, par exemple, ne verse rien aux médecins qui renouvellent une ordonnance sans examen médical. La même règle pourrait s’appliquer en pharmacie où il n’y a pas d’examen médical. Certains médecins facturent des frais (souvent 15 $) pour ce service non assuré. Les pharmaciens pourraient faire de même. Beaucoup de gens préféreront débourser cette somme plutôt que de perdre des heures à essayer de voir un médecin.

Que le gouvernement exerce une discrimination basée sur la nature de l’assurance médicaments pour décider qui bénéficiera d’un accès élargi à des services jusqu’ici couverts de façon universelle, par contre, est totalement inacceptable. D’autant qu’on ne choisit pas son régime. Si votre travail ou celui de votre conjoint vous donne accès à une assurance privée, vous êtes obligé de vous y inscrire avec vos enfants. Environ 60 % de la population est ainsi assurée au privé.

Autrement dit, seulement quatre Québécois sur 10 bénéficieront d’une couverture publique pour les nouveaux services. Et encore : les trois quarts sont sujets à une franchise et à une coassurance. Les patients couverts au privé, eux, acquitteront la facture en espérant que leur assureur décide d’en rembourser une partie.

Est-ce la philosophie qu’on entend désormais suivre pour améliorer l’accès aux services de santé ? Si c’est le cas, qu’on nous le dise. Ça évitera de susciter des attentes au sein de la population.

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