À BIEN Y PENSER

Le buffet de la santé

Il était à prévoir qu’un système public assurant la gratuité des soins, donc produisant une demande non pondérée, jumelé à la rémunération des médecins à l’acte, ne pourrait que se traduire par la multiplication des interventions, qu’il s’agisse de rendez-vous, visites aux urgences, tests ou suivis de toutes sortes, etc. C’est un peu comme si l’État payait le restaurateur chaque fois qu’un client était convié à se resservir au buffet…

— Jean-Charles Merleau, Gatineau

OPINION

La « caste » empoussiérée

C’est une patiente qui m’a suggéré d’écrire dans le journal. J’ai attendu que la poussière retombe, mais elle semble continuer sans cesse à se loger dans les yeux.

Depuis « l’affaire Bolduc », j’ai entendu à peu près tout dire sur les médecins, tout sauf la nuance. C’est à croire qu’elle n’existe plus.

Il est de bonne guerre, dans la grande soupe aux opinions, de s’attaquer à nos politiciens par l’un des trois nerfs habituels des scandales : l’argent, le sexe et la drogue. Dans ce cas-ci, l’argent. On pensera bien sûr à la honteuse prime de départ d’un président syndical pour devenir ministre de la Santé et travailler contre lui-même, je veux dire contre ce qu’il a arraché pour ses membres.

Quant au ministre de l’Éducation, s’il n’avait pas touché un tarif de réparateur Maytag – j’ai fait inspecter ma laveuse bruyante cette semaine, le réparateur m’a chargé 100 dollars pour se déplacer, sans les pièces ni même la réparation – pour s’inciter lui-même à prendre en charge chacun de ses 1500 patients avec une garantie d’un an sur sa main-d’œuvre, on aurait entendu une mouche voler sur la colline parlementaire. Même s’il les avait tous autant abandonnés pour devenir ministre.

Car quitter son petit bonheur pour aller rendre un service public à sept millions de Québécois lanceurs de tomates durant quatre ans, quand on est élu par la démocratie et qu’on a la charge d’un ministère aussi lourd, n’est-ce pas aussi quelque chose de louable ? Enfin, je dois être le seul au Québec à croire qu’il faut plus de courage pour être ministre que pour être médecin.

Mais il faut mettre les choses en perspective. Bien que le médecin soit tout autant professionnel autonome que le réparateur Maytag et qu’il ait lui aussi ses frais de bureau à payer quand il touche 100 dollars pour le premier déplacement d’un patient, examiner un patient n’est pas faire l’inspection d’une laveuse. Il mérite plus qu’une garantie d’un an. On veut la garantie à vie sur le service, ou du moins, pour le plus longtemps possible.

L’arnaque, si je puis dire, dans le cas Bolduc, c’est que ses patients n’ont pas été informés de cette garantie de service limitée à un an seulement, ce que mon réparateur Maytag s’est pour sa part empressé de me faire savoir. Une fois le service du Dr Bolduc discontinué, ils ont pu se sentir floués avec raison.

Là où la poussière est salissante depuis qu’une troïka de médecins est au pouvoir, c’est qu’on s’attaque par extension avec autant de fiel à tous les médecins comme s’ils étaient des citoyens de second ordre.

SALE ET CRASSEUX

Ça devient sale quand on entend même dire par un membre de la « caste » médicale qu’il devrait être interdit à un médecin d’être élu en politique et que d’autres citoyens applaudissent ce déni de démocratie.

Ça devient sale quand on parle d’imposer des quotas de patients aux médecins par une simple division mathématique qui nie toute la complexité et la variabilité de l’exercice médical, toute la profondeur des êtres humains qui ne sont pas des nombres divisibles qu’on peut ainsi distribuer en parts égales.

Ça devient surtout crasseux quand on cesse de parler de la qualité des soins pour ne plus plaider que pour leur quantité, pour la productivité.

Je marche sur des œufs, c’est dangereux, on dira que je tente de protéger ma « caste ». Si vous pensez que les médecins se protègent entre eux, détrompez-vous, ils aiment bien aussi laver leur linge sale en public. Il faut garder les laveuses en bon état de marche.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.