L’ombre de la star

Derrière chaque grand gardien de but attend un gardien auxiliaire. Meilleur est le gardien numéro 1, moins il joue. Il doit attendre le rare appel de l’entraîneur et, surtout, ne jamais rater sa chance. Un rôle ingrat dont quelques-uns se sont acquittés de façon remarquable.

L’embarras du choix: Rogatien Vachon

La LNH procède à plusieurs expansions à la fin des années 60 et au début des années 70. Les équipes doivent protéger un minimum de gardiens et rendre les autres disponibles au repêchage. Le Canadien est exceptionnellement nanti à ce poste et décide de miser sur le vétéran Lorne «Gump» Worsley. Peu porté sur l’entraînement, le rondouillard gardien est souvent blessé. On cible le jeune Rogatien Vachon comme étant le plus prometteur remplaçant de Worsley. Le Canadien perdra au repêchage plusieurs jeunes gardiens qui ont connu de belles carrières : Tony Esposito, Charlie Hodge, Phil Myre, Ernie Wakely, Gerry Desjardins et Gary Bauman. Vachon partage le filet du Canadien pendant cinq saisons durant lesquelles il remporte trois Coupes Stanley jusqu’à l’arrivée de Ken Dryden. Échangé aux Kings de Los Angeles en 1971, il devient leur pilier et, plus tard, directeur général de l’équipe, qui a retiré son numéro 30.

L’époque Ken Dryden

Neuf trophées pour un substitut : Michel Larocque (de 1973 à 1981)

Michel Larocque a eu le malheur d’arriver chez le Canadien dans les années 70, période de gloire du charismatique Ken Dryden. Il a partagé le filet avec Dryden pendant cinq saisons durant lesquelles le Canadien était pratiquement invincible. Son partenariat avec Dryden lui a permis de remporter cinq fois la Coupe Stanley et trois fois le trophée Vézina. Après une courte carrière de huit saisons dans la LNH, le surprenant Dryden prend sa retraite en 1979-1980. Larocque obtient alors finalement sa chance de devenir le gardien numéro 1 du Tricolore. Par précaution, la direction obtient Denis Herron, gardien d’expérience. La saison donne lieu à un ménage à trois avec Larocque, Herron et Pierre Sévigny. Ensemble, ils remportent le trophée Vézina. Pourtant, aucun des trois ne réussira véritablement à s’imposer et, après deux saisons de ce régime, Bunny Larocque est échangé aux Maple Leafs de Toronto.

L’époque Patrick Roy

Le discret : Doug Soetaert (de 1984 à 1986)

Les partisans du Canadien se souviennent de la saison 1985-1986 comme celle qui a vu arriver un jeune et formidable gardien – Patrick Roy – et la conquête de la Coupe Stanley qui a suivi. Peu se souviennent du discret moustachu qui lui servait d’adjoint, Doug Soetaert. 

Las de son rôle : Brian Hayward (de 1986 à 1990)

Pas facile de partager le filet avec Patrick Roy. De tous les adjoints de Roy avec le Canadien, Brian Hayward a sûrement été le meilleur. Un peu trop à son goût. De sorte qu’il piaffait d’impatience à la dernière des quatre saisons qu’il a passées derrière l’étoile du CH. Il a obtenu sa chance en étant échangé aux North Stars du Minnesota en 1990-1991. L’aventure a été désastreuse ; il n’a plus joué que 51 autres matchs dans la LNH après cet échange.

Envie pressante : Randy Exelby (1989)

Vous ne vous souvenez pas d’Exelby ? Normal. Il n’a joué que 2 minutes et 55 secondes pour le Canadien. Brian Hayward, adjoint de Patrick Roy, était malade et Roy n’allait guère mieux, affaibli par une gastroentérite. En deuxième période, Patrick Roy demande un temps d’arrêt pour aller aux toilettes et Pat Burns, mort de rire, envoie Exelby dans la mêlée pour vivre son court moment de gloire.

Injustement traité : André Racicot (de 1989 à 1994)

Après le départ de Brian Hayward, on cherche un adjoint qui saura se faire discret et aura moins de temps de glace. André Racicot jouera adéquatement le rôle d’adjoint à Patrick Roy durant trois saisons. Lors d’une défaite de 10 à 5 contre les Rangers de New York en 1992, il alloue trois buts sur six lancers et hérite injustement du surnom de Red Light – popularisé par Don Cherry – malgré des statistiques très intéressantes, proches de celles de Roy.

Témoin de l’histoire : Pat Jablonski (de 1995 à 1997)

Substitut modeste, Pat Jablonski n’a jamais eu une fiche gagnante dans la LNH. Il n’a pas marqué l’histoire, sauf… qu’il était celui qui a remplacé Patrick Roy après sept buts lors du fameux match remporté 11 à 1 par les Red Wings de Detroit. Jablonski a accordé les deux derniers buts des Wings pendant que Patrick Roy faisait ses adieux à Ronald Corey et à Mario Tremblay.

Erreur regrettable : Tomas Vokoun (1997)

Tomas Vokoun a déjà porté l’uniforme bleu-blanc-rouge. Il n’a joué qu’une seule période pour le CH, allouant 4 buts pour une moyenne de 12,00, la pire de l’histoire de l’équipe. Peu convaincu, le Canadien ne l’a pas protégé lors du repêchage de l’expansion et les Predators de Nashville l’ont réclamé. Il est devenu un de leurs piliers et il détient toujours plusieurs records de la concession. Quelque 14 ans et 700 matchs plus tard, Vokoun est toujours dans la LNH.

L’époque José Théodore

Les astres s’alignent : Olivier Michaud (2001)

Olivier Michaud a été le plus jeune gardien à enfiler l’uniforme du Canadien, à 18 ans et 45 jours. Le gardien des Cataractes de Shawinigan regardait la partie chez lui avec des amis quand il a vu José Théodore subir une commotion cérébrale au cours d’un match contre Buffalo. Jeff Hackett, gardien substitut de Théodore, était alors blessé, de même que le gardien habituel des Citadelles de Québec, club-école du CH. Mathieu Garon, alors avec les Citadelles, se retrouve devant le but pour ce match. Le téléphone sonne chez Michaud et il rejoint le grand club d’urgence. Il ne devait pas jouer mais, à son deuxième match avec le grand club, l’entraîneur Michel Therrien l’envoie dans la mêlée en troisième période pour secouer ses troupes. Il jouera 18 minutes et stoppera les 14 lancers des Oilers.

Espoir déçu : Mathieu Garon (de 2000 à 2004)

Jouant dans l’ombre de José Théodore, Mathieu Garon a passé quatre saisons à faire du va-et-vient entre Montréal et sa filiale. Talentueux, parfois brillant, il faisait l’envie des équipes à la recherche d’une carte cachée. Il a fini par passer aux Kings de Los Angeles où il a obtenu le poste de premier gardien. L’expérience n’a pas été concluante. Il a obtenu d’autres chances de s’imposer, mais a toujours semblé obtenir de meilleures performances à titre de second violon.

L’époque Carey Price

Le rival : Jaroslav Halak (de 2006 à 2010)

Peu d’observateurs accordaient à ce choix de neuvième ronde une chance d’avoir une brillante carrière. Pourtant, Jaroslav Halak a obtenu des résultats remarquables sur tous les plans. Véritable battant, il a excellé dès qu’on lui en a offert la chance. Il a gravi les échelons avec brio mais le Canadien, misant plutôt sur Carey Price, cinquième choix de la première ronde au repêchage de 2005, finit par échanger Halak aux Blues de St. Louis au terme de la saison 2009-2010.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.