Élections

Quasi-consensus pour financer un stade de baseball

Peu importe l’issue des élections, le prochain gouvernement du Québec sera vraisemblablement favorable à injecter des fonds publics dans la construction d’un stade de baseball au centre-ville de Montréal advenant le retour des Expos.

La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) se disent tous ouverts à financer la construction d’un stade de baseball à Montréal, à condition que le stade soit financé majoritairement par les futurs propriétaires des Expos. Les trois partis politiques seraient toutefois prêts à financer un stade de façon minoritaire. De son côté, Québec solidaire estime que le retour des Expos doit se faire sans l’injection de fonds publics.

LE CONTEXTE

Si le projet du retour des Expos se concrétise, le gouvernement du Québec pourrait ainsi être le seul ordre de gouvernement à financer en partie la construction d’un nouveau stade de baseball au centre-ville, nécessaire au retour des Expos selon le baseball majeur. À Ottawa, le gouvernement Trudeau a fait savoir qu’un stade de baseball n’est pas admissible aux fonds d’infrastructure fédéraux. À Montréal, l’administration Plante a promis en campagne qu’elle n’injecterait pas d’argent public sans consulter les Montréalais. Une étude d’Ernst & Young pour le groupe d’investisseurs mené par l’homme d’affaires Stephen Bronfman évaluait le coût d’un nouveau stade à 500 millions en 2013. M. Bronfman a indiqué qu’il préférerait un partenariat public-privé pour financer un nouveau stade.

LA COALITION AVENIR QUÉBEC

De son côté, un gouvernement de la CAQ serait favorable à l’injection de fonds publics dans un stade de baseball, mais à deux conditions : que les investisseurs privés financent au moins la majorité du coût de construction du stade, et qu’ils présentent un plan d’affaires « solide et crédible » pour le retour à long terme des Expos.

« Si le plan d’affaires est solide et crédible et qu’on a une équipe d’investisseurs chevronnés avec un plan à long terme pour s’assurer qu’une équipe sera là pour longtemps, longtemps, longtemps, oui, un gouvernement [de la CAQ] va s’asseoir et regarder la situation. […] Jamais au grand jamais il n’y aura une participation financière d’un gouvernement de la CAQ s’il n’y a pas un modèle d’affaires solide et crédible qui va amener le financement du privé de façon majoritairement », dit François Bonnardel, critique en matière de finances et candidat de la CAQ dans la circonscription de Shefford en Montérégie, en entrevue à La Presse.

LE PARTI LIBÉRAL DU QUÉBEC

S’il est réélu, le PLQ se dit « ouvert à analyser des propositions » pour financer un stade de baseball au centre-ville de Montréal. Le PLQ a toutefois une formule différente : il exigerait un rendement sur l’investissement de Québec (qui serait minoritaire dans le montage financier du stade). Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitão, se dit prêt à regarder la possibilité pour le gouvernement du Québec d’être « partenaire dans le projet » de construction d’un stade. « Nous ne sommes pas réfractaires à être partenaires, faire partie du consortium du stade. Si le projet est rentable, il sera rentable pour le contribuable québécois », dit le ministre Leitão, candidat du PLQ dans Robert-Baldwin à Montréal.

Selon le PLQ, le gouvernement du Québec ne serait pas actionnaire d’une future équipe de baseball. Par contre, il pourrait être actionnaire – « partenaire », dit le ministre Leitão – du stade lui-même, et ainsi partager une partie des profits du stade. Le ministre Leitão dit vouloir « obtenir un rendement dans le projet » pour le gouvernement du Québec.

LE PARTI QUÉBÉCOIS

Le Parti québécois estime aussi que le gouvernement du Québec pourrait « contribuer à finaliser un montage financier » d’un nouveau stade de baseball. « Oui, ça pourrait être raisonnable. Le privé doit avoir une part beaucoup plus importante [que le public] dans le projet [du stade], il faut que ce soit largement privé », dit Nicolas Marceau, critique en matière de finances et candidat du PQ dans Rousseau (Lanaudière). Sans vouloir donner un chiffre précis, M. Marceau répète que la contribution du privé devra être beaucoup plus importante que celle du public. En ce sens, une division 51 % privé/49 % public du montage d’un stade de baseball serait rejetée par le PQ.

Comme le PLQ et la CAQ, le PQ pense que le gouvernement du Québec doit seulement s’impliquer dans le financement du stade, et non pour l’achat de l’équipe. Les trois partis politiques estiment aussi que le coût d’achat d’une équipe par le secteur privé ne doit pas être pris en considération dans le montage financier d’un stade de baseball – en clair, les propriétaires de l’équipe devraient financer la majorité du coût d’un stade point final, en plus d’injecter les fonds pour acheter l’équipe (au moins 1 milliard de dollars pour l’équipe, selon les dernières estimations).

QUÉBEC SOLIDAIRE

De son côté, Québec solidaire estime que le gouvernement du Québec ne doit pas financer la construction d’un nouveau stade de baseball advenant le retour des Expos.

« Nous sommes en faveur du retour des Expos, mais ça doit se faire sans argent public, dit Vincent Marissal, candidat de Québec solidaire dans Rosemont à Montréal. Le baseball, c’est une business, pas une entreprise de charité ni une entreprise d’économie sociale. On est ici dans le domaine très très privé d’une immense entreprise, le baseball majeur, qui roule avec des milliards de dollars et qui est rentable. Ce n’est pas un service d’utilité publique. Ce n’est pas le rôle de l’État d’entrer dans le sport professionnel. »

Contributions de Québec pour des infrastructures de sport professionnel au fil des ans

2009 19,3 millions pour l’agrandissement du stade Percival-Molson (environ 66 % de la facture totale) où évoluent les Alouettes de la Ligue canadienne de football. La Ville de Montréal a versé 4 millions.

2010 23 millions pour l’agrandissement du stade Saputo qui a finalement coûté 30 millions (76 % de la facture).

2011 185 millions pour la construction du nouvel amphithéâtre de Québec (50 % de la facture totale qui s’est élevée à 370 millions). La Ville de Québec a comblé la différence.

2012 46,3 millions pour la construction de Place Bell où jouent les Rockets de Laval, le club-école du Canadien de Montréal dans la Ligue américaine de hockey (23,4 % de la facture finale de 198 millions). La Ville de Laval a payé 120 millions.

— André Dubuc, La Presse

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