Le Lightning a un nouveau patron

Julien BriseBois succède à Steve Yzerman comme directeur général de l’équipe floridienne

Le Lightning de Tampa Bay a un nouveau directeur général, et c’est exactement celui que les détracteurs de Marc Bergevin ne voulaient pas : Julien BriseBois.

Jusqu’à hier matin, le Québécois était, publiquement du moins, l’adjoint au DG Steve Yzerman. Quand ce dernier a surpris le monde du hockey en abandonnant son poste, il n’y avait qu’un seul successeur possible.

« Jeff [Vinik, le propriétaire] me l’a annoncé quand je lui faisais faire le tour du proprio du centre d’entraînement rénové [à la fin juin], a expliqué BriseBois à La Presse. En finissant la visite, on a commencé à discuter de timing. Je me rappelle : il faisait beau, le ciel était bleu, gros soleil. C’est toujours agréable quand tes patrons te font sentir désiré et sont reconnaissants de tes efforts. Ici, c’est le cas depuis le jour 1, tant de Steve que de Jeff. »

Cette nomination de BriseBois est logique et méritée. Il était considéré comme « le prochain » depuis plusieurs années déjà, en raison de ses formidables états de service comme DG dans la Ligue américaine. Il a mené le club-école du Lightning à trois finales de la Coupe Calder, dont un titre avec Norfolk en 2012. Il avait auparavant porté les Bulldogs de Hamilton aux grands honneurs en 2007, alors qu’il travaillait pour l’organisation du Canadien.

En fait, c’est Vinik qui a le mieux résumé, en une seule petite phrase, la valeur de son nouveau DG.

« On est chanceux que personne d’autre ne l’ait embauché avant ! »

— Jeff Vinik, propriétaire du Lightning de Tampa Bay

En effet, BriseBois a été en contact avec plusieurs autres équipes au fil des années. Les Sabres de Buffalo, par exemple, l’ont approché quand est venu le temps de remplacer Tim Murray. Mais selon ce qu’on s’est fait raconter, le Canadien n’a jamais même tâté le terrain la saison dernière, malgré les insuccès de l’équipe et les odeurs de « reconstruction ».

En acceptant ce défi, BriseBois a eu une pensée pour ceux qui l’ont aidé à se rendre là où il est aujourd’hui. Notamment ses premiers patrons avec le Canadien, pour qui il a œuvré de 2001 à 2010 avant de passer chez le Lightning. À 41 ans, avocat de formation, BriseBois est de cette nouvelle génération de jeunes DG qui n’ont pas joué dans la LNH, comme John Chayka en Arizona ou Kyle Dubas à Toronto. À la différence que BriseBois compte 17 ans d’expérience dans le monde du hockey, et qu’il a beaucoup appris.

« J’ai une pensée pour beaucoup de personnes, des gens qui m’ont épaulé, enseigné le hockey, m’ont permis d’apprendre. André Savard a été le premier à m’embaucher à Montréal, il a pris la peine de m’exposer à tous les aspects du rôle de DG : recrutements professionnel et amateur, contrats, relations avec les joueurs, les intervenants. Martin Madden [DG adjoint à André Savard] a agi comme mentor. Bob Gainey, quand il est arrivé, a aussi joué un rôle majeur, m’a permis d’apprendre de mes succès et de mes erreurs. »

BriseBois aura maintenant le mandat de reprendre là où Yzerman a laissé, avec l’objectif de gagner la Coupe Stanley. Et c’est vrai que le Lightning s’en approche. L’équipe a terminé au troisième rang de la LNH l’an dernier, avant de s’incliner en finale de l’Est. Trois saisons auparavant, le Lightning avait atteint la finale de la Coupe Stanley, perdue face aux Blackhawks de Chicago.

BriseBois y est pour beaucoup. En fait, c’est un génie du développement de joueurs. Il a instauré avec le club-école du Lightning une véritable usine à talents. Des joueurs comme Tyler Johnson, Ondrej Palat, Nikita Kucherov, Brayden Point, Andrei Vasilevskiy ou Yanni Gourde sont tous passés entre ses mains avant d’aller aider le grand club. C'est sans oublier Jonathan Marchessault, aujourd’hui une étoile à Vegas. Du groupe, seul Vasilevskiy est un choix de premier tour. Même l’entraîneur-chef Jon Cooper a été à l’origine embauché par BriseBois.

Le cas Gourde

On utilise d’ailleurs souvent le cas de Yanni Gourde pour illustrer le flair de BriseBois. Le jeune Québécois n’a jamais été repêché et il a passé de longues années à parfaire son jeu dans la Ligue américaine avant de faire sa place dans la LNH, à 26 ans. La saison dernière, il a inscrit 25 buts et 64 points.

Gourde était l’un des projets de BriseBois, et il lui attribue une grande partie de ses succès. Gourde venait tout juste d’être libéré d’un essai de 25 matchs à Worcester que BriseBois contactait déjà son agent. C’est BriseBois qui lui a offert son premier contrat professionnel pour l’amener avec le Crunch de Syracuse.

« Julien a une façon de voir les choses et il la met en pratique, a expliqué l’attaquant québécois à La Presse. Ce n’est pas que le système. Il va chercher des joueurs qui vont travailler fort et qui vont acheter le système collectif. Ses équipes dans la LAH avaient beaucoup de talent, mais elles étaient bien structurées et travaillaient fort au-delà du talent. Il cherche de bonnes personnes, de bons individus. »

Et à force de dénicher le talent comme Gourde, BriseBois s’est retrouvé avec le gros rôle…

« Si tu fais une bonne job dans ce rôle-là, tu aides ton équipe de la LNH et tu développes des joueurs, a reconnu le nouveau DG. Ça va ouvrir des portes. Quand ton organisation est dans les bas-fonds du classement, c’est rare qu’on vienne cogner à ta porte. J’ai perdu des entraîneurs, des gérants d’équipement, des joueurs qui se sont fait offrir des jobs ailleurs. Quand tu as du succès, ça mène à des occasions. J’y voyais l’occasion d’acquérir une bonne expérience. La Ligue américaine, c’était une super école pour me préparer à devenir DG dans la LNH. »

Que fera Steve Yzerman ?

Steve Yzerman a affirmé vouloir passer plus de temps avec sa famille, après des années de sacrifices comme joueur et comme dirigeant. Malgré le fait qu’Yzerman travaillait en Floride, sa femme et ses trois filles sont demeurées dans la région de Detroit.

Il écoulera la dernière année de son contrat à titre de conseiller senior, avant de prendre une décision sur la suite de sa carrière. Quant à savoir maintenant s’il passera le plus clair de son temps à Detroit ou à Tampa, il a simplement précisé « qu’il sera là où on aura besoin de lui ».

Son avenir a suscité plusieurs questions en conférence de presse. Chaque fois, il répondait essentiellement qu’il était engagé « à 100 % » dans ses nouvelles fonctions pour la saison 2018-2019, tout en affirmant ne pas savoir ce qui l’attendait ensuite.

Le Detroit Free Press a rappelé hier que les liens entre Yzerman et les Red Wings demeurent très étroits. C’est avec les Wings qu’Yzerman a passé la totalité de sa carrière de joueur, de 1983 à 2006. Il aurait joué au golf avec le DG des Wings, Ken Holland, il y a deux semaines, et il voit fréquemment le vice-président Jimmy Devellano pendant la saison, puisque ce dernier habite dans la région de Tampa et assiste régulièrement aux matchs du Lightning.

Holland a signé une prolongation de contrat de deux ans le printemps dernier. Il a 62 ans.

Et n’oublions pas Seattle, qui pourrait faire l’objet d’un vote dans les prochains mois afin d’être admise comme 32e équipe de la LNH. Si le résultat est positif, il y aura là aussi un poste de directeur général à pourvoir.

— Jean-François Tremblay et Guillaume Lefrançois, La Presse

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