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MUSIQUE

Pierre Lapointe : nu devant nous

Nu devant nous

Punkt vient à peine de paraître que Pierre Lapointe publie déjà un nouveau disque. Fini les folies : sur Les callas, on ne trouve que des chansons romantiques présentées dans leur plus simple appareil. Touchant.

« Le but, c’est de faire brailler le monde », lance Pierre Lapointe à l’autre bout du fil. Il doit esquisser un sourire narquois en résumant ainsi son deuxième album en moins d’un an, une collection de chansons d’amours mortes, ou du moins agonisantes, pour la plupart enregistrées en toute simplicité – parfois sur un iPhone – en studio, chez lui ou même dans un parc avec Philippe Brault et Ariane Moffatt.

On a déjà entendu Pierre Lapointe seul au piano. Sur disque comme sur scène, il a toutefois fait sa marque en osant des arrangements recherchés. Pas cette fois-ci. Punkt, paru à l’hiver, a étanché sa soif de musiques foisonnantes, mais il avait encore de bonnes chansons en réserve. « Tant qu’à avoir du matériel enregistré de manière brute, s’est-il dit, pourquoi ne pas en faire un disque dont le liant serait la simplicité ? »

D’où Les callas, court disque de 24 minutes qui compte 11 morceaux. Des chansons d’un romantisme bleu sombre où il est question de corps à corps peut-être sans lendemain (S’il te plaît, écrite à l’origine pour l’actrice Monia Chokri), du vide immense qui pèse sur nos vies après la fin de l’amour (Je déteste ma vie) et aussi, de manière très crue, du désir qui survit malgré soi à une rupture (Quelques gouttes de sang).

« C’est assez cru, oui, mais c’est beau, je trouve, des albums comme ça. Comme il ne dure pas longtemps, je m’en suis permis plus. Sur Punkt, il y a des chansons parmi les plus sombres que j’ai écrites, mais elles sont entrecoupées de chansons bonbons un peu niaiseuses comme La sexualité et L’étrange route des amoureux, observe-t-il. Là, sur une vingtaine de minutes, je ne me suis pas senti obligé de tamiser l’affaire, je suis resté dans la mélancolie très pure. »

Les callas est, il est vrai, très touchant. Émouvant, en fait, dans ses imperfections et dans la vibration franche, spontanée, du chant, notamment dans la pièce titre, un duo avec Ariane Moffatt enregistré dans un parc – on y entend d’ailleurs le chant des grillons. Pierre Lapointe, qui a commencé sa carrière en se cachant derrière un personnage de « chansonneur » arrogant, ne s’est peut-être jamais mis à nu aussi brutalement comme chanteur.

« Le but est toujours de transmettre une émotion claire, raisonne-t-il. Cet album est très direct et très clair dans ses émotions en grande partie parce qu’il a été enregistré sans flafla. »