OPINION

Qui osera gérer les médecins ?

Je suis en France avec ma famille depuis août dernier. Depuis mon arrivée, j’ai le goût de partager des constats un peu gênants sur notre système qui, il n’y a pas si longtemps, était prisé à travers le monde.

Qu’est-il arrivé à notre grand idéal d’une première ligne forte et accessible ? J’ai tenté sans succès, au cours des dernières années, de me trouver un médecin de famille au Québec. À l’approche de la quarantaine, j’aurais aimé pouvoir connaître mon état de santé général. Heureusement, ma santé est bonne et j’arrive tant bien que mal, lorsque malade, à trouver une clinique qui accepte de me prendre, moyennant plusieurs heures d’attente.

Même chose pour mes enfants. Ils ont un pédiatre, mais impossible d’y avoir accès lorsqu’ils sont malades : il faut compter près de six mois avant d’obtenir un rendez-vous. Ma conjointe, elle, a eu le bonheur d’attendre aux urgences près de 26 heures l’hiver dernier, pour finalement retourner à la maison souffrante et sans traitement. Les situations aberrantes de notre système de santé sont nombreuses, et les miennes sont loin d’être les plus tragiques.

Mais comment est-ce possible d’avoir autant de difficulté à voir un médecin au Québec alors que notre ratio de médecins par habitant est l’un des plus importants dans le monde ? Pourquoi est-ce si difficile d’avoir des médecins dans nos CSSS, notre première ligne ? Pourquoi, lors de la mise en place de cette idée de première ligne, les cliniques de médecins se sont-elles multipliées ? Les médecins québécois ont-ils une trop grande autonomie professionnelle ?

L’expérience française

Peu après notre arrivée en France, notre fille de cinq ans a eu une réaction cutanée inquiétante. Étant donné l’heure tardive, la clinique locale nous a conseillé les urgences de l’hôpital de Sallanches.

Une fois arrivés et inscrits, une dame nous a dirigés vers la salle d’attente pédiatrique (propre et adaptée aux enfants). Le temps de s’asseoir, une personne est venue à notre rencontre. À peine cinq minutes d’attente et nous étions déjà dans le bureau du médecin. Les enfants étaient déçus de ne pas avoir eu le temps de jouer dans cette superbe salle d’attente !

Quelque temps après, j’ai dû me rendre à la clinique sans rendez-vous. J’ai attendu une vingtaine de minutes avant de voir un médecin qui a pris le temps de m’écouter et de répondre à mes questions. Exposant ma situation au Québec, il a gentiment accepté de me donner une prescription pour des tests de routine. Une semaine plus tard, j’avais les résultats en main, rassuré de débuter la quarantaine en bonne santé.

À chaque visite, nous avons eu accès rapidement à un médecin, avec des frais plus que raisonnables si l’on considère que nous ne sommes pas couverts par le système de santé français (23 euros la consultation, 40 euros pour les prises de sang). Ici, les médecins, même ceux en clinique, doivent offrir du temps de présence à l’État pour augmenter l’accessibilité, ce qui laisse penser que cette approche est efficace.

Notre expérience française nous amène à croire que le système de santé au Québec est mal en point. Nous avons des professionnels engagés qui désirent offrir des services de qualité. Nous avons un ratio médecins-habitants qui devrait tous nous permettre d’avoir un médecin de famille, et notre ambition d’une première ligne forte et accessible est toujours possible.

Pour y arriver, il nous faudra un gouvernement qui osera faire ce qu’aucun autre gouvernement n’a eu le courage de faire depuis la création du système de santé : gérer les médecins et briser ce statu quo qui leur permet de gérer d’une certaine façon notre système de santé, sous prétexte de leur autonomie professionnelle.

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