Chronique

Le gourou qui ne donne pas des ailes

Les histoires comme celles de Moïse Thériault ou de l’Ordre du Temple solaire vous fascinent ? Vous devez absolument engouffrer la minisérie documentaire Wild Wild Country de Netflix, offerte en français et en anglais.

C’est furieusement captivant, dans la lignée de Making a Murderer. Le premier des six épisodes d’une heure débute dans un ashram en Inde, dans la paix universelle et l’amour libre, et la série se conclut aux États-Unis dans un climat de paranoïa extrême et de quasi-guerre civile.

Le scénario de Wild Wild Country, bricolé autour du gourou indien Bhagwan Shree Rajneesh et de ses disciples habillés en orange, est tellement fascinant et bourré de rebondissements qu’on se demande s’il n’a pas été inventé de toutes pièces par un esprit particulièrement allumé – et tordu.

Mais non. Ce récit abracadabrant a bel et bien pris racine dans un ranch aride au fin fond de l’Oregon, au début des années 80.

C’est un cas typique de jeunes professionnels au bout du rouleau (avocats, médecins, ingénieurs et une poignée de hippies, bien sûr) qui cherchent désespérément un sens à leur vie. 

Le gourou controversé Bhagwan, figure connue dans les milieux new age de l’époque, leur offre un monde utopique rempli de méditation dynamique, de sexe en groupe et de fleurs dans les cheveux.

Dans les premières minutes, cette secte nous paraît tout à fait légitime et même attrayante. Quand le leader barbu Bhagwan quitte l’Inde en cachette et achète un immense terrain en Oregon pour y ériger sa propre ville autogouvernée et autosuffisante, Rajneeshpuram, ça se gâte. Et ça dégénère pas à peu près.

En quelques mois à peine, des centaines de colons dévoués ont construit, à Rajneeshpuram, un aéroport fonctionnel, un temple pouvant accueillir 10 000 fidèles, une vraie banque, un centre commercial, un réseau de distribution d’eau et d’électricité, une ferme moderne et des maisons ultra-sophistiquées.

Tout un contraste avec la communauté rurale la plus proche de Rajneeshpuram, la petite ville d’Antelope, qui compte moins de 50 habitants, presque tous retraités.

Rapidement, les visées de la secte deviennent politiques, portées dans les médias par la charismatique porte-parole du mouvement religieux, l’intrigante Sheela. 

Dans Wild Wild Country, utopie et démocratie ne font pas bon ménage.

Les résidants d’Antelope se méfient de plus en plus de ces personnes bizarres toujours vêtues de rouge, d’orange ou de marron. Les tensions montent dans le village. L’invasion – ce n’est même pas une blague – se prépare. Les armes se chargent. Des attaques bioterroristes s’organisent. Et les autorités se sentent drôlement impuissantes.

Il y a un superbe travail de recherche d’archives dans Wild Wild Country. D’anciens membres de la secte, de même que des résidants encore vivants d’Antelope, témoignent aussi à la caméra.

Fort habile, la construction de la série nous force à la compulsion. Un dernier épisode avant le dodo ? J’en ai englouti quatre sans cligner des yeux.

La lettre parfumée

Que contenait donc la fameuse lettre remise à Jeanne Biron (Ève Landry) pour qu’elle l’effraie à ce point ? Des menaces de mort ? Des informations compromettantes sur ses deux frères ? Le menu des prochaines semaines de la cafétéria de l’hôpital ?

Ah ! oui, pour ceux qui ont raté la finale d’Unité 9 hier soir, l’alerte au divulgâcheur retentit ici comme une annonce importante à l’intercom de la prison de Lietteville.

Donc, le calvaire de Jeanne ne tire pas à sa fin, même si Marie Lamontagne (Guylaine Tremblay) lui a offert d’adopter le bébé qu’elle porte et dont elle souhaite se débarrasser.

À la Parfumerie éternelle, la carrière beauté de Suzanne (Céline Bonnier) a pris fin abruptement quand sa patronne bijoutée a découvert que son employée pigeait joyeusement dans la caisse, dans sa sacoche et dans l’inventaire.

La police a embarqué la pauvre Suzanne, qui a volé pour plus de 600 $ de marchandises. Pensez-vous que Sue retournera à Lietteville, avec ses anciennes camarades, ou dans un établissement provincial ?

La lutte de pouvoir entre Normand Despins (François Papineau) et Marco Choquette (Mathieu Baron) s’est terminée en affrontement ultime. Tu demandes un transfert ou tu démissionnes, a ordonné Despins en scrutant l’horizon à travers ses lunettes semi-teintées.

Pas de panique. Marco connaît des gens bien placés, c’est-à-dire Marie-France Caron (Sophie Prégent), qui passe beaucoup de temps à Ottawa – et sur le plateau de Cheval-Serpent 2. Mettons que Marco a plus de chances de conserver son emploi que la psychologue aveugle Lisa Côté (Édith Cochrane) lors de la première saison.

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