Le texte de l’accord

« Le président Trump et le président Kim Jong-un ont eu un échange d’opinions complet, approfondi et sincère sur les questions relatives à l’établissement de nouvelles relations entre les États-Unis et la RPDC (République populaire démocratique de Corée) et l’édification d’un régime de paix solide et durable sur la péninsule coréenne. Le président Trump s’est engagé à fournir des garanties de sécurité à la RPDC et le président Kim Jong-un a réaffirmé son engagement ferme et inébranlable envers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

Convaincus que l’établissement de nouvelles relations États-Unis-RPDC contribuera à la paix et à la prospérité de la péninsule coréenne et du monde, et reconnaissant que l’établissement d’une confiance mutuelle peut promouvoir la dénucléarisation de la péninsule coréenne, le président Trump et le président Kim Jong-un déclarent :

1. Les États-Unis et la RPDC s’engagent à établir de nouvelles relations entre les États-Unis et la RPDC conformément au souhait de paix et de prospérité des peuples des deux pays.

2. Les États-Unis et la RPDC uniront leurs efforts pour construire un régime de paix durable et stable sur la péninsule coréenne.

3. Réaffirmant la déclaration de Panmunjom du 27 avril 2018 [publiée lors d’un sommet intercoréen], la RPDC s’engage à travailler vers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne.

4. Les États-Unis et la RPDC s’engagent à retrouver les dépouilles des prisonniers de guerre et portés disparus au combat, y compris le rapatriement immédiat de ceux qui sont déjà identifiés.

Reconnaissant que le sommet États-Unis-RPDC, le premier de l’histoire, est un événement de grande importance, qui fait date en ce qu’il tourne la page de décennies de tensions et d’hostilités entre les deux pays et augure d’un avenir nouveau, le président Trump et le président Kim Jong-un s’engagent à mettre en œuvre les provisions de cette déclaration conjointe de manière exhaustive.

Les États-Unis et la RPDC s’engagent à tenir dès que possible des négociations de suivi, menées par le secrétaire d’État Mike Pompeo et un homologue de haut niveau de la RPDC, pour mettre en œuvre les résultats du sommet États-Unis-RPDC.

Le président Donald Trump et le président Kim Jong-un se sont engagés à coopérer pour le développement de nouvelles relations entre les États-Unis et la RPDC et la promotion de la paix, de la prospérité et de la sécurité de la péninsule coréenne et du monde. »

ÉDITORIAL ALEXANDRE SIROIS

Il a serré la main du diable et il jubile naïvement

Ce fut le sommet des charlatans.

C’est une des leçons à tirer de la rencontre entre Donald Trump et Kim Jong-un. Deux imposteurs de grand talent ont cherché à épater la galerie – et l’un d’eux est un féroce tyran.

Ils tentent de nous faire croire que ce sommet a été à la fois un succès formidable et un tournant. C’est un leurre. La montagne a accouché d’une souris.

La rencontre était historique, mais simplement parce que jamais un président américain en exercice n’avait rencontré son homologue nord-coréen. Et la tenue de cette rencontre était une bonne nouvelle, parce qu’il n’existe pas d’autre solution que la diplomatie pour mettre fin à cette crise.

Mais le résultat, lui, ne passera pas à l’histoire.

Le document signé à l’issue des pourparlers entre les deux hommes indique que la Corée du Nord « s’engage à travailler vers la dénucléarisation complète de la péninsule coréenne ». Mais encore…

Vous avez une impression de déjà vu ? Cessez tout de suite de vous frotter les yeux. Ce n’est pas une illusion.

Le régime nord-coréen a déjà fait ce genre de promesses. Et l’histoire nous enseigne qu’il ne faut surtout pas faire confiance à Kim Jong-un. Tout comme on ne pouvait pas faire confiance à son père.

Par conséquent, dans le cas d’une telle entente, le diable est dans les détails. Surtout quand le diable en personne est l’un de deux signataires. Or, les détails, il n’y en a pas !

Que Donald Trump se contente d’un accord si vague et en vante les mérites est en soi décevant. Mais sachant qu’il est celui qui a décrié et torpillé l’accord substantiel (et efficace) sur le nucléaire iranien, son attitude est grotesque.

Le pire dans tout ça, c’est que Trump – qui a continué à se défouler sur Justin Trudeau et le Canada en direct de Singapour – a été doux comme un agneau devant le dictateur nord-coréen.

Le problème n’est pas que le président américain a serré la main du diable. C’est qu’en le faisant, il n’a pas semblé se méfier le moins du monde. Il a fait l’éloge de Kim Jong-un. Sans réserve. À l’écouter, le dictateur nord-coréen est un grand homme qui veut « faire ce qui est juste ». Un chef d’État « très talentueux » qui « aime beaucoup son pays ». Ce pays est pourtant une « prison à ciel ouvert », comme le soulignent les groupes de défense des droits de la personne.

Kim Jong-un est aussi « très intelligent » et « son pays l’aime », a ajouté Donald Trump. Assez, assez, nos oreilles saignent !

On est bien loin de l’attitude du président républicain Ronald Reagan face aux Soviétiques dans les années 80, ont fait remarquer hier plusieurs experts. « Faire confiance et vérifier » était sa formule fétiche.

La formule privilégiée par Trump ? « Je pense qu’il me fait confiance et je lui fais confiance », a-t-il déclaré. Vérifier ne fait pas partie de l’équation. L’homme le plus puissant du monde serait-il aussi le plus naïf ?

Non seulement Donald Trump est prêt à croire sur parole le régime nord-coréen quant à sa promesse de dénucléarisation, mais il a aussi déjà accepté, en retour, de mettre fin aux exercices militaires communs avec la Corée du Sud. Ils coûtent trop cher et sont « très provocants », a-t-il soutenu après avoir fait cette concession majeure.

Bref, Donald Trump est bien loin de mériter un prix Nobel à la suite de cette performance peu reluisante.

Mais – car il y a un mais et il ne faudrait pas omettre de le souligner – il y a maintenant un dialogue entre Washington et Pyongyang. Ce n’est pas rien.

Y aura-t-il une réelle volonté au sein de la Maison-Blanche et du département d’État pour mener de véritables négociations au cours des prochains moins ? Kim Jong-un peut-il se transformer en interlocuteur crédible ? Il y a loin, très loin de la coupe aux lèvres. Mais c’est la seule bouée de sauvetage à laquelle peuvent s’accrocher les acteurs de cette crise qui était en train de dégénérer.

Car si Donald Trump et Kim Jong-un se contentent pour l’instant de jeter de la poudre aux yeux, c’est nettement mieux que lorsqu’ils mettaient le feu aux poudres.

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