Chronique

Et Québec, c’est pour quand ?

On savait depuis longtemps que Seattle obtiendrait son équipe de la LNH. N’empêche que la confirmation de la nouvelle m’irrite au plus haut point. Elle rappelle combien la LNH regarde de haut la ville de Québec qui, même si elle attend ce grand jour depuis huit ans, ne semble plus faire partie de la conversation.

Non, Québec n’était pas candidate cette fois-ci. Mais ma réaction est plus viscérale qu’en juin 2016, lorsque la LNH a admis Las Vegas et recalé la capitale. Gary Bettman a alors enveloppé sa décision dans un bouquet de belles paroles qui, on le constate aujourd’hui, ont surtout servi à mieux faire avaler la pilule. Ce report des aspirations de Québec ressemble aujourd’hui à une mise au rancart.

À l’époque, malgré cette claque retentissante servie à Québec, j’ai conservé espoir. Après tout, ce jour-là, le commissaire a rappelé les atouts de la ville : un investisseur aux poches profondes (Québecor), un amphithéâtre magnifique et des partisans passionnés. Mais la candidature a néanmoins été « repoussée ». À quand ? Mystère et boule de gomme !

Depuis ce temps, les mauvaises nouvelles s’accumulent. Le coût d’une concession a bondi de 500 millions US (Las Vegas) à 650 millions US (Seattle). Et Jeremy Jacobs, l’influent proprio des Bruins de Boston, a exprimé sans réserve ses doutes à propos du marché de Québec.

Le plus dommage, c’est qu’aucun promoteur du retour des Nordiques n’a alors expliqué à quel point la capitale avait changé depuis le départ de l’équipe en 1995. La sortie de Jacobs a aussi illustré combien l’argument économique est au cœur des décisions de la LNH, beaucoup plus que la recherche de l’équilibre géographique entre les Associations de l’Est et de l’Ouest.

Ce n’est pas tout : la mégapole de Houston est aujourd’hui intriguée par la possibilité d’obtenir un club, ce qui emballe sûrement la LNH. Et l’idée d’une expansion en Europe s’insère dans la conversation, même si ce n’est pas pour demain.

Additionnez tous ces faits et le résultat est terrible pour Québec. Comme si l’avenir était fermé à double tour.

Avec le recul, on constate que la meilleure chance de revoir les Nordiques est survenue en 2012 quand les Coyotes de l’Arizona ont traversé une de leurs légendaires crises existentielles. La LNH s’est alors montrée un peu mieux disposée envers Québec. Après tout, il fallait bien un plan B au cas où la concession devrait déménager en catastrophe.

Ç’aurait été une merveilleuse tournure des évènements, avec un coût d’acquisition plus abordable. Mais les Coyotes sont demeurés dans le désert et la « fenêtre d’opportunité » s’est refermée.

***

La faible valeur du huard face au dollar américain complique le retour des Nordiques, c’est l’évidence même. Ce facteur a été évoqué par Bettman en 2016.

Mais il s’agit aussi d’une raison bien commode pour la LNH. Après tout, les fluctuations du taux de change font partie de la vie des équipes canadiennes depuis que tous les joueurs, peu importe si leur équipe évolue au Canada ou aux États-Unis, sont payés en billets verts de l’Oncle Sam. Malgré les ennuis, elles composent avec cette réalité qui, aujourd’hui, n’empêche pas des promoteurs montréalais de rêver au retour des Expos ou à l’obtention d’une équipe de la NBA.

Québecor est-elle prête à vivre avec ces difficultés liées au taux de change ? Au printemps dernier, Pierre Karl Péladeau a assuré que son entreprise avait « la même volonté et la même détermination » de mener à bien le dossier du retour des Nordiques, ajoutant que sa « capacité financière » était meilleure que jamais.

Tant mieux. Mais il n’en reste pas moins que Québec s’est fait doubler par Las Vegas et Seattle. La LNH pousse la note jusqu’à célébrer la future rivalité entre les Canucks de Vancouver et son nouveau club de Seattle. J’aimerais qu’elle montre le même enthousiasme à propos de celle entre le Canadien et les Nordiques, jadis une des plus passionnées du sport nord-américain. Mais je risque d’attendre longtemps.

***

Si Québec n’obtient pas une équipe de l’expansion, peut-elle hériter d’un club en difficulté ?

C’est le meilleur espoir de revoir les Nordiques. Mais Bettman, on le sait déjà, se battra pour éviter le transfert d’une équipe américaine au Canada. On l’a vu avec les Coyotes et les Panthers de la Floride. Quant aux Hurricanes de la Caroline, l’arrivée d’un nouveau propriétaire élimine pour l’instant cette perspective.

Les Sénateurs d’Ottawa pourraient-ils déménager si le projet de nouvel amphithéâtre au centre-ville ne se concrétise pas ? Cette possibilité est nettement prématurée. Construire un nouvel édifice est souvent un long combat, où les retournements de situation sont nombreux. Edmonton, par exemple, a sauvé la mise après des années de discussions.

Cela dit, j’espère que les Sénateurs régleront leurs problèmes et demeureront en Outaouais. D’abord pour les fans de cette équipe. Ensuite parce qu’il est important que les concessions canadiennes établies dans des marchés plus modestes comme Winnipeg et Ottawa démontrent qu’elles sont des actifs pour la LNH. Cela renforcera le dossier de Québec.

***

Winnipeg a attendu sept ans le retour de ses Jets après avoir construit un nouvel amphithéâtre répondant aux besoins de la LNH. Cela rappelle l’importance d’être patient.

Mais hier, en pensant aux célébrations des gens de Seattle, mon cœur n’était pas avec eux. Mais plutôt avec ceux de Québec, avec ces dizaines de milliers de personnes qui ont lancé le projet de retour des Nordiques dès l’automne 2010 en participant à la fameuse Marche bleue. Et qui se demandent aujourd’hui : et Québec, c’est pour quand ? Souhaitons qu’ils puissent à leur tour célébrer l’obtention d’une équipe de la LNH.

Philippe Cantin sera présent, aux côtés de nombreux chroniqueurs et journalistes de La Presse comme Nathalie Petrowski, Marie-Claude Lortie, Francis Vailles et Yves Boisvert, lors d’une soirée spéciale qui présentera les coulisses des grands reportages qui ont marqué l’année 2018. Directeurs de l’information, photographes et artisans qui créent chaque jour La Presse+ seront également dans la salle avec vous, pour échanger sur leur métier et répondre à vos questions. La rencontre aura lieu au MTELUS, à Montréal, le jeudi 6 décembre à 19 h 30.

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.