INDUSTRIE DE LA LANGUE

La révolution de la traduction automatique

Une révolution technologique est en train de s’opérer dans le milieu de la traduction. Alors que les contenus à traduire sur l’internet croissent à toute vitesse, les traducteurs doivent composer avec la popularité grandissante des moteurs de traduction automatique.

Le tourisme, la mondialisation et les ententes commerciales entre des entreprises de pays différents ont augmenté la charge de travail des traducteurs, mais un autre facteur a transformé leur industrie : la prolifération de l’opinion sur le web.

« Les gens s’expriment plus que jamais sur l’internet, avec les blogues, les médias sociaux et les sites de commentaires des clients, souligne François Chartrand, vice-président de la qualité chez Versacom. Les entreprises veulent comprendre ces opinions rapidement, puisque les commentaires peuvent avoir un effet sur leur réputation. »

Ainsi, beaucoup d’entre elles font appel à des moteurs de traduction automatique semblables à Google Translate, ainsi qu’à des postéditeurs qui révisent les textes traduits automatiquement.

Un véritable problème, selon l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ). « Même si ces logiciels peuvent sembler intéressants, le résultat ne peut en aucun cas être perçu comme une véritable traduction », affirme son président Réal Paquette.

« Une machine, ça ne réfléchit pas. Le moteur de traduction ne fait que regarder si le mot, la ligne ou l’extrait se trouve dans sa banque de données, et il propose la traduction. Rien ne nous dit que ça fonctionne dans le contexte. »

— Réal Paquette, président de l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec

Si les logiciels et la postédition sont vendus comme des solutions plus économiques que la traduction humaine, réputée plus chère et plus lente, les spécialistes langagiers mettent en garde leurs clients. « Plusieurs agences internationales recrutent de jeunes diplômés en traduction pour relire le contenu traduit automatiquement, mais parfois, ils ne devraient pas être réviseurs si tôt. Cela donne un résultat inadéquat », dit M. Chartrand.

LES RÈGLES DE L’ART

Le président de l’OTTIAQ ne veut pas bannir ces logiciels, qu’il utilise lui-même à l’étranger pour assurer une compréhension de base. Mais il connaît les risques. « Sur l’internet, quand un propriétaire d’hôtel répond à un client dans une langue qui n’est pas la sienne, avec une traduction incompréhensible faite par Google Translate, ça paraît. Et l’effet peut être grave si une entreprise fonctionne de la sorte pour traduire son site web. Ça joue sur son image et, selon le domaine, les informations transmises peuvent être dangereuses. »

François Chartrand suggère aux entreprises de s’adresser aux cabinets de traduction pour déterminer quoi traduire. « Certains documents doivent être traduits entièrement et dans les règles de l’art, mais d’autres peuvent être résumés afin que les utilisateurs comprennent l’essentiel. »

Par exemple, le contenu à traduire pour les employés d’une entreprise peut être résumé pour un usage interne. « À partir du moment où ça sort de l’entreprise, il faut tenir compte du public », clame Réal Paquette.

M. Paquette compare même son industrie à celle de l’automobile pour faire prévaloir son point de vue. « Si un constructeur fait face à une explosion de la demande de voitures, va-t-il se soucier de la qualité pour un modèle, mais pas pour l’autre ? C’est la même chose en matière de langue. »

Le vice-président de Versacom avance tout de même que certains contenus répétitifs, comme les bulletins météo, peuvent être traduits automatiquement et révisés par des gens qualifiés. Mais sans plus. « Les moteurs produisent souvent des phrases qui ont du sens d’un point de vue grammatical, mais dont le contenu peut être complètement délirant.

« Ça prend des réviseurs d’expérience pour redresser ça. La traduction doit se moderniser et intégrer certains outils, mais il faut trouver l’équilibre entre performance et compétence. »

Réal Paquette le seconde. « Moi-même, j’utilise des d’outils d’aide à la traduction. Sauf que les textes dans mes mémoires sont des traductions que j’ai validées moi-même. Dans les moteurs de traduction, il y a du n’importe quoi. Et les traducteurs ne traduisent pas seulement des mots, mais des idées ! »

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