Pannes électriques

Des milliers de clients encore privés de courant

Cinq jours après la tempête de vent qui a renversé les poteaux électriques à travers le sud du Québec, les monteurs de lignes d’Hydro-Québec ont presque terminé leur tâche. Au moment d’écrire ces lignes hier soir, il restait moins de 10 000 clients sans électricité, loin du sommet de 990 000 clients. Annie Blanchard, résidante de Sainte-Thérèse, fait partie de ces clients qui n’ont pas vu la lumière depuis vendredi dernier. « On a décidé de lâcher prise et on a trouvé refuge chez ma mère ! » a-t-elle dit. Hier, elle a jeté tout le contenu de son congélateur. Lors de la tempête de verglas d’avril dernier, elle a manqué d’électricité deux jours : elle pense maintenant faire installer une génératrice chez elle. « Même si ma situation est plate, à voir les employés d’Hydro-Québec travailler dans les conditions si exécrables, je ne peux pas vraiment me plaindre. »

— Raphaël Pirro, La Presse

Commission Laurent

« Il faut absolument éviter que le système retraumatise l’enfant »

Par manque de formation et de temps, les intervenants de la direction de la protection de la jeunesse (DPJ) occultent souvent l’essentiel : les enfants qu’ils voient sont d’abord et avant tout des êtres blessés que le système risque de traumatiser de nouveau par trop de mesures coercitives.

C’est ce qu’a déclaré mardi Delphine Collin-Vézina, qui est docteure en psychologie clinique et qui travaille dans le domaine de la protection de l’enfance depuis 20 ans.

« Il faut absolument éviter que le système “retraumatise” l’enfant, que ce soit par des décisions prises sans entendre le point de vue de l’enfant ou par un placement qui implique de nouvelles expériences traumatiques », a-t-elle témoigné devant la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse.

« On dira de tel enfant qu’il est oppositionnel, défiant, immature, qu’il ne sait pas gérer sa colère. Ces descriptions sont souvent justes, mais c’est une erreur d’attribuer ces étiquettes sans se demander pourquoi ces enfants ont développé ces problèmes. »

Les intervenants de la DPJ sont pleins de bonne volonté, ils veulent faire une différence et ils ont un grand cœur, mais leurs pratiques sont souvent inadéquates.

« Les contentions, l’isolement et les retraits sont beaucoup trop courants dans les centres. »

Delphine Collin-Vézina supervise présentement les travaux de la neuropsychologue Alexandra Matte-Landry. Ensemble, elles ont pu étudier de près un grand nombre d’interventions. Dans un peu moins de la moitié des cas étudiés, les contentions, les mesures d’isolement et de retrait « sont utilisées pour protéger l’enfant lui-même ou pour protéger autrui, alors que ces motifs devraient représenter la presque totalité des cas. Mais souvent, ces mesures sont prises parce que l’enfant ne suit pas les règles, parce qu’il ne participe pas aux activités ou, plus tristement encore, parce qu’il revient d’une fugue ».

La Dre Collin-Vézina a évoqué une étude qu’elle a publiée en 2011 et qui a été menée auprès de 53 jeunes de 14 à 17 ans hébergés dans des centres de réadaptation. Les jeunes étaient invités à dire s’ils avaient vécu une agression sexuelle, une agression physique, une agression psychologique, une négligence physique ou psychologique.

« La quasi-totalité des jeunes sondés a rapporté avoir vécu un de ces évènements traumatiques, et un jeune sur quatre a rapporté en avoir vécu quatre ou cinq. Mais quand on allait voir pourquoi ces adolescents étaient placés, près de 90 % l’étaient pour des troubles de comportement. »

— La Dre Delphine Collin-Vézina

Si un jeune est placé en centre de réadaptation pour des troubles de comportement, « nous lui apprendrons des règles qu’il devra suivre, nous lui offrirons des ateliers sur la gestion de la colère et sur la possibilité de développer des habiletés prosociales », a poursuivi la Dre Collin-Vézina.

Ces stratégies semblent logiques, mais « elles auront un impact limité si nous n’allons pas au-delà du comportement pour offrir des expériences réparatrices ».

Pour éviter que le système traumatise de nouveau des enfants, la Dre Collin-Vézina insiste sur l’importance de formations adéquates sur le trauma. Elles devraient être offertes à ceux qui étudient en travail social, en psychologie, en éducation, mais aussi en médecine, en droit et en techniques policières.

Elle souhaiterait que les intervenants les moins expérimentés ne se retrouvent plus en première ligne, à l’étape de l’évaluation des signalements comme c’est le cas présentement. « C’est comme si, au triage, dans les urgences, on mettait quelqu’un avec peu d’expérience, alors que ce sont des rôles cruciaux. »

La Dre Collin-Vézina a aussi rappelé que la tâche des intervenants de la DPJ est beaucoup trop lourde, qu’ils ont chacun beaucoup trop de cas, d’autant qu’ils travaillent dans des contextes très difficiles sur le plan émotif.

« On échappe plein d’enfants »

« On échappe présentement plein d’enfants » qui ont besoin d’aide, a pour sa part témoigné Marie-Claude Langlais, directrice du CPE Halte-Répit d’Hochelaga-Maisonneuve.

Selon elle, les CPE représentent un filet de sécurité important qui peut éviter à bien des familles de voir la DPJ entrer dans leur vie.

Encore faut-il cependant que les familles défavorisées – et souvent isolées – y aient un accès prioritaire et qu’elles puissent être rejointes.

« J’ai reçu dernièrement une mise à jour du CLSC des enfants en attente d’une place-protocole dans Hochelaga-Maisonneuve : il y avait un seul enfant sur la liste ! C’est impossible ! Il faut que les centres de pédiatrie sociale ou les pédiatres qui constatent les besoins d’une famille puissent nous les référer. »

À l’heure actuelle, 5 % des places dans son CPE sont réservées à des enfants référés par le CLSC. Mme Langlais estime que ce sont 10 % des places qui devraient l’être, et pas seulement pour des dossiers émanant du CLSC, mais aussi de pédiatres ou de centres d’hébergement pour femmes.

« Nous agissons comme des premiers répondants. Pas besoin de rendez-vous, pas de délai d’attente, nous sommes là ! Par exemple, les familles nous consultent pour des besoins alimentaires ou vestimentaires, des problématiques de violence conjugale, des enjeux reliés au logement et autres. Dernièrement, une famille paniquée est venue nous consulter. L’école demandait un manteau d’automne à son garçon ; elle n’en avait pas et gardait son argent pour acheter les bottes d’hiver. »

Le lien avec la DPJ ? Mme Langlais a expliqué que des conditions de vie difficiles sont souvent à l’origine de signalements.

« Dans la majorité de nos dossiers où les parents ont eu un signalement retenu à la DPJ, il est question du lieu d’habitation. »

— Marie-Claude Langlais

Sabrina*, qui a témoigné aux côtés de Mme Langlais, a insisté sur l’importance du CPE Halte-Répit pour elle. Elle a pu y envoyer son enfant grâce à une infirmière du CLSC présente dans sa vie depuis cinq ans.

Quand son fils avait 2 mois, Sabrina a reçu un signalement à la DPJ qui avait entendu dire que l’enfant était mal nourri. « Pour moi, il s’agissait d’une simple évaluation, mais j’ai vite compris que la DPJ voulait rester plus longtemps dans mon dossier sans preuve de négligence. En plus, on m’obligeait à suivre des ateliers. C’est l’intervention de mon infirmière qui a permis de fermer le dossier avec la DPJ en les rassurant sur le bien-être de mon garçon. »

Anne-Marie, mère de cinq enfants dont trois ont des besoins particuliers, a aussi expliqué que le partenariat étroit entre le CPE et un intervenant pivot a été déterminant pour elle.

Régine Laurent, la présidente, a félicité Marie-Claude Langlais, directrice du CPE Halte-Répit d’Hochelaga-Maisonneuve, rappelant à quel point de tels services « sur mesure », qui sont proches de leur communauté, sont cruciaux.

Des écoles très fermées

Et ils le sont d’autant plus que les écoles n’assument pas beaucoup ce rôle, selon Julie Bouchard, doctorante en psychothérapie à l’Université de Montréal qui a, elle aussi, témoigné à la commission Laurent. « Dans plusieurs écoles du Québec, les parents ne peuvent pas mettre le pied dans la cour. On rencontre l’enseignante au premier bulletin et souvent, “si ça va bien”, les parents ne la revoient pas de l’année. Quand on ferme l’école, on ferme la porte à la possibilité de créer un lien avec les familles. »

* Les noms de famille des mères ne peuvent être divulgués pour respecter l’anonymat des enfants.

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