Opinion

Pourquoi la partisanerie politique ?

C’est la question que je me suis longtemps posée, et celle que j’encourage tout citoyen à se poser.

Certains tombent dans la marmite quand ils sont petits et semblent plutôt s’arrêter à « Pourquoi pas ? » ; je préfère encore un engagement autonome et réfléchi. Quant à moi, j’en ai longtemps eu plus à répondre à la question négative qu’à la première : parce que l’esprit grégaire nuit davantage au développement des idées qu’il ne le favorise ; parce que la partisanerie crée des oppositions artificielles entre gens qui travaillent tous dans le même but – débattre des meilleures règles à donner au vivre-ensemble. Je suis arrivé à la pensée politique par Karl Marx et à l’action politique par le mouvement étudiant de 2012 ; je croyais donc d’emblée que les mouvements sociaux pouvaient avoir davantage d’impact que les mouvements politiques. Je suis revenu sur ma position depuis.

Mais j’y suis revenu en plusieurs temps. J’ai pris ma carte de membre d’un certain parti politique pendant la campagne électorale de 2018 et je l’ai découpée un mois plus tard. Je disais que c’était moins le parti qui se rapprochait le plus de mes idées que celui qui s’en éloignait le moins, parce que je ne voulais pas être lié à tout ce qu’il représentait rien qu’en disant que j’en étais membre. Je réalise désormais que peu importe au fond qu’ils aient plus d’un siècle, quelques décennies ou quelques années ; dans tous les cas, les partis se transforment. Comme un humain qui garde le même nom de la naissance à la mort, ils gardent les mêmes adjectifs, mais dont le sens évolue avec les époques. Qui n’a jamais entendu préciser que le « libéral » dans « Parti libéral du Québec » ne référait désormais que lointainement au libéralisme du XIXe siècle qui lui avait donné ce nom ? Ma réponse de jeunesse était : « Qu’il change de nom pour se présenter plus clairement. » J’admets désormais la pertinence de l’étiquette comme point de ralliement. Et ce serait se laisser duper par l’apparence que de croire que l’étiquette limite l’évolution.

L’étiquette, c’est aussi toute une structure de rassemblement et de discussion. Que ce rassemblement et cette discussion, du fait même de la partisanerie, ne mènent pas automatiquement à une réelle confrontation d’idées, c’est incontestable. Mais ils peuvent y mener manuellement pour peu que nous les prenions en main. La partisanerie au sens large est nécessaire tant que, sur une question donnée, plusieurs options sont possibles.

On peut souhaiter qu’un jour, une partisanerie adaptative, spontanée, différente pour chaque question remplace l’actuelle partisanerie lourde et contraignante.

D’ici là, on peut tout de même tirer quelque chose de meilleur de cette structure pour les débats nécessaires à notre époque. D’où mon invitation à envahir les partis politiques.

Je dis « les », et une personne peut bien être membre de plusieurs partis à la fois. Cette « polypartisanerie » est-elle un mensonge ou une indécision ? Non ; elle est une volonté de participer à plusieurs débats et de contribuer à plusieurs plateformes. Car c’est ce à quoi servent les partis : proposer une plateforme politique. Au final, vous ne pourrez voter que pour un parti, mais si tous vous ressemblent davantage parce que vous vous êtes investi dans tous, ce sera tant mieux. Le mouvement étudiant a popularisé la formule « PQ = PLQ » quand les promesses des casseroles n’ont pas été tenues. Si c’est vrai, c’est parce que trop de votants péquistes ne sont pas devenus membres du Parti québécois. Et quant à l’esprit grégaire qui freine le débat, on le trouve là comme partout, et il faut apprendre à le dépasser en soi, là comme partout, pour élargir le champ des possibles. De l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace, et les partis seront sauvés !

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.