Actualités

« J’vas toutes les plomber »

Andy Duroseau, accusé de tentative de meurtre, aurait proféré des menaces de mort contre un procureur, des avocats et un juge, selon une conversation enregistrée en prison.

« J’vais plomber ce fils de pute. J’vais plomber le procureur. J’vais plomber l’avocat. J’vais plomber la salope. J’vais plomber l’gars qui m’a foutu dans la merde. J’vas toutes les plomber. »

Ces paroles ont été enregistrées de façon clandestine en prison en octobre 2018. Elles seraient celles d’Andy Duroseau, un individu accusé d’avoir tenté de tuer le chauffeur d’un influent chef de clan de la mafia montréalaise et sa conjointe enceinte en 2014, et d’avoir menacé de mort un procureur de la poursuite, des avocats de la défense, un juge et deux civils l’an dernier.

Duroseau a été enregistré à son insu durant quatre jours dans une pièce du Centre de détention Rivière-des-Prairies alors qu’il discutait avec un codétenu. Les échanges ont été consignés sur environ 400 pages et accompagnent une requête de la poursuite visant à le faire déclarer délinquant dangereux.

La Presse a obtenu la requête et les transcriptions. Un interdit de publication nous empêche de révéler l’identité des personnes visées par les menaces de mort qui auraient été proférées.

Le 3 octobre 2014 à Dollard-des-Ormeaux, alors que la mafia montréalaise était encore en période de tension, Duroseau aurait ouvert le feu sur un VUS dans lequel se trouvaient le chauffeur du chef de clan Andrew Scoppa et sa conjointe, sans les atteindre.

Il a été arrêté peu après, accusé et incarcéré. Il aurait ensuite proféré des menaces envers les intervenants du système judiciaire et deux autres personnes. C’est pour prouver ces allégations que sa cellule a été placée sur écoute par la Sûreté du Québec.

Tueur à gages pour les Siciliens

Les menaces auraient commencé après que Duroseau eut appris l’intention de la poursuite de le faire déclarer délinquant dangereux. Une telle déclaration ferait en sorte qu’il serait étroitement surveillé durant 10 ans. Cette perspective le rend furieux et inquiet.

À plusieurs reprises durant les conversations captées par la police, il affirme qu’il va « plomber » les personnes citées plus haut.

« J’vas plomber le monde à la cour. Y met l’étiquette, y sont tous morts. J’en rêve en c’moment d’toute les fire un par un, man. Parce qu’y m’ont fait ça. J’vais prendre une M-16, j’lui mets dans sa bouche, éclater sa tête. J’vais l’plomber, j’vais m’débarrasser d’son corps, man. Y’est fou, man. Y pense que j’suis un enfant d’chœur ou quoi, moi ? », aurait notamment dit Andy Duroseau au codétenu.

Il se décrit comme un tueur à gages qui travaille uniquement pour le compte des Siciliens, pour lesquels il a beaucoup de respect. Il ne veut pas travailler pour les Calabrais ni les Hells Angels.

Dans leur cellule, les deux hommes parlent du prix des armes, de leur calibre, de leur efficacité et de leur puissance. Ils discutent des primes versées pour un meurtre et même de la possibilité de tuer des gens avec une bombe ou du fentanyl.

On comprend des conversations que Duroseau utilise les mots « faya » pour désigner un meurtre par balles et « cob » pour signifier l’argent de la prime.

« J’ai l’détachement. Je l’ai carrément, là. Un coup que je commence à faya [tirer]. Mais quand tu reviens à moi pis quand que tu sens que l’adrénaline a monté, que ton cœur bat plus vite, m’ressaisir pour éliminer toute la preuve... »

— Andy Duroseau

Les deux codétenus discutent de trucs pour déjouer les experts en balistique. Duroseau affirme qu’« à partir de maintenant, il prend des mufflers [silencieux] sur mesure », et que si ç’avait été le cas le 3 octobre 2014, le chauffeur de Scoppa et sa conjointe « seraient en train de giguer ».

Il affirme qu’après un meurtre, « il faut toujours brûler la machine [véhicule] » pour effacer les traces. « Moi, quelqu’un qui va m’dire : yo, on brûle pas la machine, j’y dis : yo, non, tu sais quoi, je fais pas avec toi. J’veux pus travailler avec toi, là », explique Duroseau à son interlocuteur.

Durant leurs discussions, les deux hommes parlent de certaines situations dans le milieu du crime organisé, entre autres du fait que des Québécois acceptent des contrats en Ontario et que les Rock Machine auraient été les premiers à penser à recourir à des membres de gangs de rue pour réaliser des contrats. Ils échangent également sur Chénier Dupuy, tué en 2012, et sur le fait que depuis l’assassinat de ce dernier, les Rouges n’ont plus un seul chef à Montréal, mais plutôt des chefs de quartier.

Impulsif et antisocial

Dans sa requête pour faire déclarer Duroseau délinquant dangereux, la poursuite affirme que l’accusé se décrit lui-même comme un tueur à gages et qu’il veut continuer une fois libéré.

Elle rappelle que Duroseau a une vingtaine d’antécédents criminels, qu’il n’a pas respecté ses conditions dans le passé – notamment celle de ne pas posséder d’arme à feu – et que « les expériences antérieures de surveillance dans la collectivité se sont soldées par un échec ».

Elle ajoute que l’accusé présente un risque élevé de récidive, entre autres en raison de son caractère imprévisible et de son manque de contrôle.

« Son comportement au fil des années, ses différents traits de personnalité, son mode de vie associé au crime organisé ainsi que la preuve de planification par l’intimé de commission d’autres actes graves similaires dans le futur remplissent amplement le fardeau imposé. »

« Ses traits de personnalité – son impulsivité, son imprévisibilité, son agressivité, sa propension au mensonge et à la manipulation ainsi que son caractère antisocial – illustrent la nature brutale constante de son comportement et amènent inévitablement à conclure qu’il n’y a pas de possibilité réelle que ce comportement puisse être inhibé par les normes ordinaires de restriction de comportement », écrit le procureur, Me Daniel Bélanger, dans sa requête. La cause se poursuit en septembre.

Pour joindre Daniel Renaud, composez le 514 285-7000, poste 4918, écrivez à drenaud@lapresse.ca ou écrivez à l’adresse postale de La Presse

— Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse

Un méfait courant

Nombre de cas d’intimidation d’une personne associée au système judiciaire ou  d’un journaliste au Canada

2013 : 639

2014 : 649

2015 : 772

2016 : 746

2017 : 764

Source : Statistique Canada

Ce texte provenant de La Presse+ est une copie en format web. Consultez-le gratuitement en version interactive dans l’application La Presse+.