L’ÉVÉNEMENT

Macca à découvert

Pop

Egypt Station

Paul McCartney

Capitol

Trois étoiles et demie

Le meilleur musicien des Beatles a aujourd’hui 76 ans, poursuit paisiblement sa route au crépuscule de l’existence… et voilà un 17e album studio à l’enseigne d’Egypt Station.

On l’a dit des centaines de milliers de fois, Paul McCartney n’a pas sculpté tant de joyaux depuis ses débuts en solo, on pense surtout à RAM et Band on the Run au tournant des années 70, on pense aussi à Chaos and Creation in the Backyard, réalisé en 2005 par Nigel Godrich, proche collaborateur de Radiohead.

En 2013, il a tenté un joli coup de substance actualisée avec New, en travaillant avec Giles Martin (fils de Sir George), Mark Ronson (Amy Winehouse) et d’autres bêtes de studio. On ne s’est pas roulé par terre. Le revoilà, cinq ans plus tard, avec le réalisateur vedette Greg Kurstin (Adele, Lily Allen, Foo Fighters, Pink, etc.) sauf pour la chanson Fuh You, gomme balloune gonflée par Ryan Tedder (Ariana Grande, One Direction, Camilla Cabello, etc.).

Transparence et érosion

De prime abord, aucune réforme au programme de Sir Paul, sauf cette transparence acquise avec l’âge, cette érosion souhaitée de son optimisme végétarien et milliardaire. « Que m’est-il arrivé ? Je ne sais pas », laisse-t-il échapper, sincèrement dérouté dans la chanson I Don’t Know, liée à l’introduction et qui ouvre la voie aux 14 qui suivent. Ainsi défilent les incertitudes de l’existence, les courtes victoires du bonheur conjugal sur la dépendance à l’alcool et à l’herbe, le tout simple désir de paix des humains, la vulnérabilité et le réalisme cru d’un mortel malgré la légende et la fortune qui le capitonnent.

En bref, un album plus simple et plus intime, sans grande imagination mais sans excès de propreté. Aucune surproduction, aucune grandiloquence à l’horizon. Typiques pour la plupart de Macca, ces chansons d’Egypt Station varient entre pop consonante, rock, folk pop beatlesque, ponctuées parfois par des exceptions telle Back in Brazil qui porte bien son nom. Les exécutions sont irréprochables, sauf… la voix de Sir Paul, certes flétrie par l’âge mais pas assez pour créer ce malaise que l’on ressent chez ceux qui ne savent pas s’arrêter.

Critique

Classicisme rock présumé, mélange des genres

Rock

Hunter

Anna Calvi

Domino Records

4 étoiles

Le troisième opus studio de la Britannique Anna Calvi en sept ans se veut une œuvre rock dont les rimes se penchent sur le désir, la conquête, la dialectique étrange entre la fragilité et la force des êtres, la fluidité des genres et de la sexualité (Don’t Beat The Girl Out Of My Boy, dit la chanson), le libre arbitre, la maîtrise de la destinée. Usant d’instruments classiques de la lutherie pop rock à laquelle s’ajoutent parfois des éléments de musique de chambre, cette excellente contralto et « guitar heroine » ne réinvente pas la roue, mais s’applique à la faire tourner sur des voies inédites – non sans rappeler le profil de l’Américaine St.Vincent.  Les musiques auraient pu être composées au cours des quatre dernières décennies, mais elles s’incarnent à travers des thématiques d’aujourd’hui et une frontwoman d’aujourd’hui. L’Anglaise de 37 ans s’inscrit ici dans une tradition de chanson rock typique de son pays, entourée du réalisateur Nick Launay, de son groupe et d’invités de marque – Adrian Utley de Portishead aux claviers et Martyn Casey des Bad Seeds à la basse. Force est d’observer qu’elle s’inscrit du côté Nick Cave de la force ; la poésie et le rock ne font qu’un dans ce très beau Hunter, on ne peut évaluer cet album pour ses strictes qualités sonores. Assurément, le personnage et le propos en transcendent le classicisme présumé. — Alain Brunet, La Presse

Critique

Orange sanguine… cygne noir

Brit pop, brit soul, jazzy soul

Negro Swan

Blood Orange

Domino

4 étoiles

Le quatrième album studio de Devonté Hynes, alias Blood Orange, est un pur délice. La délicatesse et le raffinement au programme de ce Negro Swan est tout simplement remarquable ! Autour de chansons pop, soul ou hip-hop à l’anglaise parfois aromatisées de jazz ou même de gospel, ce surdoué arrange et réalise des environnements texturés, enveloppants, très sensuels, fastes constructions mélodico-harmoniques, probablement trop complexes et trop subtiles pour fédérer le grand public. On imagine déjà une scission dans les perceptions : ce que les uns considèrent comme une succession de parenthèses décousues et informes sera perçu par les autres comme de brillantes transgressions pop. Chœurs, claviers acoustiques ou synthétiques, instruments à vent (saxos et flûtes), cordes électriques, extraits de conversations privées, bidules électroniques et logiciels sont au service d’un songwriter supérieur, contre-ténor de culture afro-britannique, habité par les esprits de la musique. Chose certaine, tout féru de grande musique populaire ne peut plus ignorer le talent exceptionnel de Dev Hynes, esthète parmi les esthètes. Difficile de prévoir si cette approche idiosyncrasique fera école, les paris sont ouverts.

— Alain Brunet, La Presse

Critique 

Irrésistible et dansant

Électro-pop

Choses sauvages

Choses sauvages

Audiogram

Trois éloiles

Choses sauvages, c’est un quintette de jeunes hommes de la banlieue nord de Montréal qui fait de la musique depuis une dizaine d’années. Habitués de la scène indie-électro-pop, ils viennent de lancer un premier album, après deux EP (Late Night en 2013, Japanese Jazz en 2015). Ce premier disque homonyme, entièrement en français, est fort séduisant. Réalisé par Emmanuel Éthier (Peter Peter, Jimmy Hunt), il est porté par un groove solide, des guitares funk et une couche de sons électroniques bien léchée. Ce premier disque rappelle les années 80 (La valse des trottoirs) mais pas trop, et comporte de sympathiques surprises, comme ces solos de flûte traversière qui donnent au groupe un son unique – la finale de la première chanson, Le palais des erreurs, est assez étonnante. Bon, la voix du chanteur Félix Bélisle, plus soufflée que chantée et qui rappelle justement Peter Peter, manque un peu de puissance et de justesse. Les textes, quoique soignés, sont souvent, disons, nébuleux. Mais l’ensemble est assez irrésistible et dansant, avec une petite touche d’autodérision et une attitude punk (excellente Hualien, dans laquelle le groupe se laisse vraiment aller) qui donnent envie d’y retourner.  — Josée Lapointe, La Presse

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