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« Les chances de Québec deviennent très minces »

Gary Bettman, le commissaire de la LNH, s’est montré très vague au sujet de l’expansion des cadres, en fin

de semaine à Nashville, lors des festivités entourant le match des Étoiles. Répondant aux questions des journalistes rassemblés sur place, le commissaire s’est contenté de dire que « le processus se poursuit ». Mais qu’est-ce que cela signifie pour Québec ? Pour y voir plus clair, La Presse+ s’est entretenue avec André Richelieu, professeur titulaire et expert en marketing de sport à l’École des sciences de la gestion de l’UQAM.

La Presse+ : Le commissaire Bettman ne semble pas trop pressé dans le dossier de l’expansion des cadres. Est-ce une mauvaise nouvelle pour Québec ?

André Richelieu : C’est certain qu’une décision devra être prise. Je ne sais pas s’il faut faire une profonde lecture de ce qui s’est dit (en fin de semaine à Nashville), mais si on lit entre les lignes, la LNH est un peu mal prise avec seulement deux villes candidates à l’expansion, alors que la ligue devait s’attendre à beaucoup plus de candidatures.

LP+ : Est-ce que le contexte économique actuel nuit fortement aux chances de Québec ?

AR : Avant même la baisse du dollar canadien, la candidature de Québec était déjà très limitée sur le plan financier. Maintenant, les chances de Québec deviennent très minces. Je vois mal comment Québecor pourrait y arriver. Avec le taux de change actuel, la facture totale, si l’on inclut les frais d’expansion qui dépassent les 700 millions de dollars canadiens et les frais d’opération et de mise en marché, on approcherait le milliard en dollars canadiens avant même la première mise en jeu officielle. Ça devient extrêmement difficile pour Québec, et aussi pour Québecor, ça pourrait même hypothéquer l’avenir de l’entreprise. Aujourd’hui, il ne faut pas oublier que ce sont les entreprises qui font vivre les équipes. À Québec, est-ce qu’il y a suffisamment de sièges sociaux pour y arriver ? On le voit à Winnipeg, dans ce contexte, ils n’en mènent pas large. À moyen et à long terme, une fois l’effet de nouveauté dissipé, je ne vois pas comment une équipe pourrait survivre à Québec.

LP+ : Pour avoir une équipe, Québec doit espérer un dollar canadien beaucoup plus fort ?

AR : Ça prend un dollar presque à parité par rapport au dollar américain. Un dollar canadien qui est aussi bas que présentement, c’est un poids énorme, que seuls les gros marchés comme Toronto, Vancouver ou Montréal peuvent assumer au Canada. Gary Bettman l’a déjà dit : les nouvelles équipes devront contribuer à faire augmenter la valeur des autres équipes, et non pas dépendre de la péréquation.

LP+ : Et si jamais Québecor pouvait se trouver des partenaires dans cette aventure ?

AR : Alors il faudrait répartir les risques entre deux, trois ou quatre partenaires, et les perspectives de rendement ne seraient pas meilleures. Pour ce qui est des rumeurs concernant une forme de financement gouvernemental, je vois mal comment le gouvernement pourrait être impliqué. Imaginez le tollé dans un contexte d’austérité ! Ce serait difficile de justifier une telle démarche. Après le montant de presque 400 millions déjà accordé à la construction de l’aréna (le Centre Vidéotron), en rajouter, ce serait tomber dans l’indécence.

LP+ : Est-il juste d’affirmer que la candidature de Québec est en perte de vitesse ?

AR : J’ai l’impression que Québec a raté cette chance, la fenêtre d’opportunité qui était ouverte quand les Thrashers d’Atlanta étaient sur le point de déménager, quand les Coyotes de l’Arizona éprouvaient des difficultés. Les coûts sont devenus prohibitifs, il y a une réalité financière qu’on ne peut plus ignorer, et les petits marchés canadiens sont fragilisés par le taux de change. À mon avis, un projet d’expansion pour Québec est extrêmement périlleux, et il faudrait plutôt souhaiter le déménagement d’une équipe déjà existante à un coût bien moindre. Et encore là, à long terme, les problèmes de la fluctuation du taux de change vont demeurer, pour aller avec un plafond salarial qui ne va pas cesser d’augmenter. Je doute que Québec ait les moyens financiers pour convaincre les dirigeants de la LNH.

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