OPINION

L’environnement, faut pas en faire une religion !

Aujourd’hui plus que jamais, on nous montre des images de scénarios postapocalyptiques, des statistiques d’extinction animale et des rapports environnementaux troublants. Et on nous répète que nous avons un choix à faire chaque jour : sauver la planète ou la détruire.

Il n’y a pas si longtemps, une grande majorité d’entre nous voyait ses actes catégorisés entre le bien et le mal. Notre vie sur terre déterminait par quelle porte on passait vers l’au-delà : celle de l’enfer ou celle du paradis. La peur d’une souffrance éternelle a dicté des siècles d’emprise populaire et voilà qu’elle réapparaît soudainement sous une nouvelle forme : la peur de s’autodétruire.

En tant qu’étudiant universitaire en sciences de l’environnement, je constate qu’on nous transmet très bien l’urgence d’agir. L’urgence d’affronter le dérèglement climatique, l’urgence d’arrêter la pollution. Or l’urgence, c’est ce qui fait qu’on achète des véhicules neufs écoresponsables. L’urgence, c’est ce qui fait qu’on importe des aliments biologiques. Pour tout dire, l’urgence, c’est le levier du marketing. L’urgence, c’est ce qui court-circuite la science. Parce que les avancées technologiques prennent du temps, collecter des données aussi, et analyser des résultats nécessite du recul.

Je ne nie aucunement les changements climatiques ni les effets néfastes de la pollution sur la biodiversité, mais je sais que la mouvance environnementaliste comporte des pièges.

Développement durable et écoresponsable sont utilisés à toutes les sauces dans nos messages publicitaires ; ils sont brandis haut et fort lors des campagnes électorales et, pire encore, ils sont l’outil du jugement entre nous-mêmes, le maillet qui devrait ramener à l’ordre les conducteurs de Hummer et les mangeurs de junk food

L’environnement, tout comme la religion, c’est d’abord les relations qu’on entretient entre nous et s’autodétruire, ça commence par le manque de respect envers notre entourage. Juger les choix de consommation de son voisin est un manque de respect, vendre un objet écoresponsable est un manque de respect, enseigner l’urgence d’agir par des scénarios postapocalyptiques est un manque de respect.

L’environnement, c’est les routes comme les rivières, les autos comme les oiseaux et les humains comme les abeilles. Tracer une ligne entre le naturel et l’artificiel, c’est ouvrir la porte à des catégorisations bien dangereuses. Sinon, qu’y a-t-il de plus artificiel qu’une variété de tomate sélectionnée pendant des dizaines d’années pour sa forme et sa couleur ?

On peut bien emprunter le lexique environnementaliste pour se taper dessus et se montrer du doigt, mais des carences et des excès, il y en aura toujours. C’est la quête de l’équilibre qui nous fait avancer.

C’est le moteur de l’évolution. L’environnement a horreur du vide et croire que nous gardons les bras croisés à une époque de grands remous, c’est sous-estimer la majorité des entrepreneurs, scientifiques, gestionnaires et citoyens de ce monde.

Nous apprenons d’année en année à faire plus avec des ressources limitées. Si vous croyez qu’on est au bout de nos capacités, vous n’avez certainement pas mis les pieds dans les corridors et les laboratoires universitaires récemment. Les nouvelles technologies, les nouvelles énergies et les nouveaux modèles d’affaires abondent.

Pour éviter que le débat pour l’environnement nous divise comme la religion a pu le faire, la peur de s’autodétruire et l’urgence d’agir doivent laisser place à la confiance dans les nouvelles technologies et à la patience dans les nouveaux modèles d’affaires.

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