Camionnage

Une petite révolution à nos portes

Après l’automobile et les transports en commun, la motorisation électrique est à la veille de gagner le secteur des véhicules de transport de marchandises et de livraison. Compte rendu d’une nouvelle révolution à laquelle participent des entreprises québécoises.

Les véhicules électriques de transport de marchandises et de livraison sont inexistants, sauf exception, sur nos routes. La faible autonomie et le poids trop élevé des batteries freinaient, à ce jour, le développement de ce gigantesque marché.

Tesla travaille à la commercialisation d’un camion semi-remorque 100 % électrique ayant une autonomie avoisinant les 1000 km. L’entreprise américaine Nikola Motors vise sensiblement le même marché.

Dès que les constructeurs auront la capacité de livrer leur premier modèle de camion électrique, une révolution s’enclenchera inévitablement, croit François Adam, directeur général de l’Institut du véhicule innovant (IVI).

« L’implantation de l’électrique devrait être rapide, car les coûts d’opération sont très élevés dans le secteur des transports. Acheter un camion électrique, ce n’est pas une décision émotive comme lorsqu’on achète une automobile électrique ; c’est une décision d’affaires. »

— François Adam, directeur général de l’Institut du véhicule innovant (IVI)

Camions québécois

Au Québec, la PME Compagnie électrique Lion a choisi de ne pas concurrencer Tesla. Elle vise plutôt le marché des « camions urbains » de classe 8. L’entreprise de Saint-Jérôme affirme qu’elle commercialisera son camion électrique avant Tesla.

« Nous visons le camion de livraison, à nacelles, pour la collecte de déchets, etc., ayant une autonomie de 250 km. Ce sont eux, les gros pollueurs. Avec notre technologie, les gouvernements pourront atteindre leurs objectifs de réduction de gaz à effet de serre (GES) », explique Marc Bédard, président de Compagnie électrique Lion.

Cette PME de 125 employés, dont 40 ingénieurs, s’est fait connaître grâce à son autobus scolaire 100 % électrique entièrement construit à Saint-Jérôme. 

« Nous contrôlons nos produits. Nous fabriquons nos châssis, nos supports à batterie, etc. Vous n’avez pas idée combien les fabricants d’autobus au diesel nous haïssent. »

—  Marc Bédard, président de Compagnie électrique Lion

Lion devrait sortir son premier camion urbain d’ici à décembre 2018. La PME est tellement persuadée de frapper un coup de circuit qu’elle se prépare à construire une usine aux États-Unis afin de répondre à la demande, notamment en Californie et à New York.

Conversion

Une autre entreprise québécoise, Nordresa, à Laval, se spécialise elle aussi dans les camions urbains. Son modèle d’affaires est différent. Elle électrifie des véhicules existants. Elle a converti un véhicule pour Purolator dans le cadre d’un projet-pilote. Purolator est sur le point d’accorder un contrat pour électrifier son parc de 3200 camions au Canada. Nordresa a évidemment soumissionné.

La PME a une autre carte dans sa manche : elle travaille en étroite collaboration avec le constructeur asiatique Isuzu. Déjà, une entreprise montréalaise de déménagement – qui préfère taire son nom à la veille d’une haute saison déjà complète – utilise un camion électrique du tandem Isuzu-Nordresa.

« Nos camions ont une autonomie de 250 km. Leur prix de vente est le double de celui d’un camion fonctionnant au diesel. L’achat d’un camion électrique devient intéressant dès qu’on dépasse 20 000 km par année », résume Marc Daigneault, directeur technique et coactionnaire.

À l’affût

Puisque l’électrification des véhicules de transport de marchandises et de livraison est à nos portes, l’Association du camionnage du Québec (ACQ) multiplie les initiatives auprès de ses 500 membres.

Par exemple, en marge de son congrès annuel de 2017, l’ACQ a reçu comme conférencier Trevor Milton, grand patron de Nikola Motors. L’entreprise de Salt Lake City planche sur la commercialisation du Nikola One, un camion semi-remorque semblable au Semi de Tesla.

« On sensibilise nos membres au fait que l’électrification s’en vient, explique un porte-parole de l’ACQ. On a des membres sur les listes d’attente de Tesla et de Nikola Motors, mais on leur dit que le prix, le poids et l’autonomie des véhicules seront à considérer. Aussi, au début, on croit que seuls quelques couloirs plus achalandés seront munis de bornes de recharge pour les camions. Ce n’est pas dit qu’un camion québécois pourra se rendre au Nebraska sans problème. »

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