LA PLANÈTE ÉCONOMIQUE

« Mumbai, USA »

Chaque fois qu’une jeune pousse technologique comme Lyft ou Uber s’inscrit en Bourse, le nombre d’ultra-riches s’accroît dans la région de San Francisco. La ville accueille maintenant le plus grand nombre de milliardaires par rapport à sa population, plus qu’à New York, la ville qui compte le plus grand nombre de riches aux États-Unis.

L’augmentation du nombre de millionnaires instantanés de la techno n’est pas nouvelle, mais son impact sur la vie quotidienne des résidants de San Francisco est croissant. Et pas pour le mieux.

De toutes les villes américaines, c’est à San Francisco que le fossé entre la classe moyenne et les riches s’est creusé le plus au cours des cinq dernières années, selon les données de US Census Data.

Le coût de la vie a tellement augmenté dans la région qu’un salaire annuel de 82 200 $ est maintenant considéré comme le seuil de bas revenu pour une personne seule. C’est le seuil « de pauvreté » le plus élevé des États-Unis. Pour une famille, c’est aussi le seul endroit aux États-Unis où le seuil de bas revenu est dans les six chiffres.

Les prix élevés du logement ont chassé la classe moyenne, surtout les familles et toute une panoplie de salariés « ordinaires ». Le portrait de cette ville si cool a complètement changé.

Déjà aux prises avec un grave problème de sans-abri, la ville de San Francisco est en train de perdre complètement la maîtrise de la situation.

Le nombre de personnes qui s’installent dans la rue ou qui n’ont nulle part où aller a augmenté de 17 % depuis deux ans à San Francisco. Elles sont maintenant plus de 8000, sur une population totale de 880 000.

La semaine dernière, les résidants d’une rue d’un quartier central ont fait transporter à leurs frais d’énormes pierres sur leur trottoir pour empêcher les gens de s’y installer. Un Burger King du centre-ville, dernier refuge d’une faune mixte d’intoxiqués, de pauvres et de malades, a abandonné la partie et a fermé définitivement ses portes.

Les personnes sans domicile fixe ne sont pas uniquement des pauvres et des intoxiqués. Le quotidien San Francisco Chronicle a fait le portrait d’un jeune étudiant de 29 ans, qui vit dans un Econoline et fréquente les banques alimentaires parce qu’il n’est pas question pour lui de payer un loyer à un prix qu’il juge disproportionné. Le prix médian d’un logement d’une chambre à San Francisco est de 3600 $.

Les villes comptant le plus de milliardaires par habitant

1) San Francisco

2) New York

3) Dubaï

4) Hong Kong

5) Los Angeles

Source : Wealth-X 2018

Un peu partout, des quartiers de tentes et d’abris de fortune apparaissent, sortes de bidonvilles qu’on voit d’habitude dans les pays du tiers-monde. Autre phénomène qu’on ne voit généralement pas dans les pays développés, plusieurs rues sont des toilettes à ciel ouvert. Après avoir été submergée de plaintes, la Ville a dû former une brigade spéciale affectée au nettoyage des excréments humains.

L’an dernier, une rapporteuse spéciale des Nations unies pour les questions de logement, la Canadienne Leilani Farha, a d’ailleurs comparé ce qu’elle a vu à San Francisco à ce qui se passe à Bombay (Mumbai), en Inde, selon le récit qu’elle en a fait à un quotidien britannique.

La Ville dépense plus de 300 millions par année pour trouver des solutions au problème des sans-abri, sans beaucoup de succès.

Les autorités municipales se sont tournées vers les entreprises pour qu’elles fournissent leur part d’efforts. Les grands employeurs comme Twitter pourraient se voir interdire de construire des campus fermés avec tous les services, dont des restaurants. Leurs employés seraient obligés de sortir dans la rue et de prendre part à la vie de la ville. Ils verraient mieux la réalité quotidienne. Ça pourrait peut-être changer les choses.

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