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Canada et États-Unis paraissent soudain bien loin...

TORONTO — Vingt-quatre heures ont suffi pour placer le Canada et les États-Unis aux antipodes, alors que les deux formations se préparent à s’affronter demain.

Le revers des Américains aux mains d’Équipe Europe, samedi, les a secoués. Leur entraîneur-chef a admis qu’ils n’avaient pas trop de deux jours pour s’en remettre.

« Aujourd’hui, il nous fallait digérer la défaite, a expliqué John Tortorella après l’entraînement des siens. On passe en revue certains concepts, et demain sera une journée de travail. Les joueurs vous diront peut-être qu’ils ont tourné la page, mais je ne pense pas que ce soit encore le cas. »

C’est vrai que les mines étaient longues dans le camp américain durant cet entraînement, au cours duquel le coach avait encore une fois remanié ses trios.

« On ne change pas les trios autant que ça à Montréal. »

— Max Pacioretty

Les Américains sont-ils inquiets de ne pas avoir encore établi de chimie au sein de leurs trios ?

« Idéalement, on voudrait avoir quatre trios constants auxquels on peut se fier dans toutes les situations, mais nous n’en sommes pas là en ce moment «, a reconnu David Backes, qui pourrait être laissé de côté demain contre le Canada.

« On doit faire face à la réalité. »

La réalité, c’est que les États-Unis ont une obligation de victoire face au Canada s’ils veulent poursuivre leur tournoi.

« Mardi sera notre match de championnat, a lancé Tortorella. On savait qu’il nous faudrait battre le Canada, mais ça arrive plus tôt que prévu. »

LES ANCIENS SE FÂCHENT

On se serait attendu à voir cette équipe, qui se décrivait comme étant difficile à affronter, plus coriace contre Équipe Europe. Nul doute que les Américains trouveront plus de motivation contre le Canada. Mais lorsqu’on entend Tortorella dire que « l’Europe a joué avec un style très patient » et que « c’était un autre type de rencontre », on se demande si l’équipe américaine ne s’est pas construite avec l’idée fixe de battre le Canada en présumant qu’elle pouvait disposer des autres.

Elle a été prise de court, et ça a soulevé l’ire d’anciennes gloires nationales comme Brett Hull, Jeremy Roenick et Mike Modano. Dans un tweet qu’il a effacé depuis, Modano n’a pas caché son pessimisme : « Qu’ils donnent le titre au Canada dès maintenant et tout le monde aura une semaine de congé de plus avant le camp », a écrit l’ancienne vedette des Stars de Dallas.

L’ÉCART EST AU CENTRE

Le problème, c’est que même si les États-Unis retrouvent face au Canada l’étincelle qui leur manque, ils doivent quand même composer avec un déficit de production offensive, particulièrement sur la ligne de centre.

Hier, les quatre trios étaient pilotés par Joe Pavelski, Derek Stepan, Ryan Kesler et Brandon Dubinsky. De dire que ce quatuor est inférieur à celui du Canada (Sidney Crosby, Jonathan Toews, Ryan Getzlaf et Ryan O’Reilly) va de soi.

Mais la profondeur du Canada au centre ne s’arrête pas là. 

Le vétéran Joe Thornton, employé à l’aile à la Coupe du monde, a terminé la saison dernière avec plus de points que Pavelski, son coéquipier à San Jose et le premier centre des États-Unis. Ç’aurait aussi été le cas du centre Jamie Benn, qui devait être utilisé à l’aile, mais qui a dû déclarer forfait en raison d’une blessure.

De plus, quatre centres naturels employés à l’aile par le Canada ont eu des saisons plus productives que les trois autres centres américains. Il s’agit de Patrice Bergeron, John Tavares, Steven Stamkos et Matt Duchene.

Jeff Carter se serait ajouté à la liste s’il n’avait pas été blessé lui aussi.

« Je le savais d’entrée de jeu que je jouerais à l’aile, a confié Stamkos. Avec 11 des 13 attaquants ici qui sont des centres, il fallait s’y attendre. J’ai démontré ma capacité à jouer à l’aile dans le passé, entre autres aux Championnats du monde et aussi un peu à Tampa. »

QUE DES AVANTAGES

Pour ceux qui sont moins habitués à cette permutation que ne l’est Stamkos, une bonne communication est importante. On sait que celle entre Bergeron et Crosby est excellente, mais Tavares soutient lui aussi qu’il profite d’un bon contact avec Getzlaf.

« Il m’aide quand je suis le long des bandes et que je ne sais pas de quel côté vient la pression ou si j’ai du temps pour faire un jeu, a expliqué le capitaine des Islanders de New York. Avec le niveau de talent qu’il y a au sein de cette équipe, les gars sont capables de s’ajuster et de trouver des façons de produire. C’est très plaisant. »

Une fois l’ajustement apporté – souvent plus rapide avec des joueurs de ce niveau –, il n’y a pour ainsi aucun désavantage à avoir autant de centres dans sa formation. Les joueurs lisent aisément les situations où il faut couvrir un centre qui a quitté sa position. Le jeu défensif dans son ensemble est renforcé, et chaque trio a l’embarras du choix au cercle de mise en jeu.

« Si l’on regarde la liste des 50 premiers marqueurs de la ligue, je parie que la majorité d’entre eux sont des centres, a noté Mike Babcock. Pourquoi se priverait-on d’avoir les meilleurs joueurs ? »

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