MUSIQUE

Un album majeur pour ses 82 ans

Né à Montréal il y a 82 ans aujourd’hui même, Leonard Cohen est toujours très actif. Le poète et chanteur lancera le 21 octobre son 14album studio, intitulé You Want It Darker, réalisé par son fils Adam. Contexte et premières impressions après quelques écoutes.

L’ANNIVERSAIRE

Depuis qu’il a repris le collier en 2008 après avoir été floué financièrement par son agente, Leonard Cohen a fait deux tournées mondiales et You Want It Darker est son troisième album studio de nouvelles chansons en six ans. Quand nous l’avons rencontré à New York en 2014, il nous a annoncé qu’il avait déjà enregistré la moitié d’un album qu’il intitulait alors à la blague Unpopular Solutions. Il nous disait vouloir terminer cet album avant de décider s’il allait se lancer dans une autre tournée : « Ça peut aller vite, mais ça peut prendre du temps. Et puis, quand on a 80 ans, il peut se passer toutes sortes de choses… » Eh bien, à 82 ans, il lancera bientôt l’album en question et son collaborateur Patrick Leonard a confirmé qu’il en prépare déjà un autre, plus orchestral.

LES PREMIERS ÉCHOS

Les fans finis de Leonard Cohen ont appris que l’artiste aurait bientôt un nouvel album sur le marché avant que Sony n’en fasse l’annonce officielle. Un court extrait de la chanson-titre You Want It Darker a été intégré dans un épisode de la télésérie britannique Peaky Blinders, en juin dernier. Peu après, le magazine The New Yorker a publié un poème de Cohen, Steer Your Way, qu’il a mis en musique sur ce nouvel album. Enfin, le 12 août dernier à Amsterdam, les participants à un colloque sur Leonard Cohen ont eu l’agréable surprise d’entendre en primeur le nouvel album en entier. Patrick Leonard et Sharon Robinson, qui ont composé des musiques du nouvel album, étaient sur place.

DE PÈRE EN FILS

C’est Adam Cohen qui a pris la photo de la pochette du nouvel album. C’est surtout à lui que Leonard Cohen a confié la réalisation de You Want It Darker. Quand il planchait sur son disque précédent, Popular Problems, Cohen père avait fait entendre pour la première fois à Adam les chansons d’un album en préparation et sollicité son avis. « J’étais devenu un allié, et non plus seulement son fils », nous avait alors dit Adam. C’est d’ailleurs Adam qui a présenté à son père Patrick Leonard, ex-collaborateur de Madonna et de Roger Waters, en prévision de l’album Old Ideas, paru en 2012. Patrick Leonard a composé les musiques de quatre chansons de You Want It Darker, dont une avec Adam, en plus de signer les orchestrations de cordes de la version plus instrumentale de la chanson Treaty, sur laquelle se termine l’album.

LA FILIÈRE MONTRÉALAISE

Les chanteurs qu’on entend sur les chansons You Want It Darker et It Seemed the Better Way font partie de la chorale de la congrégation Shaar Hashomayim, qui célèbre son 170anniversaire cette année. Le jeune Leonard Cohen fréquentait cette synagogue de Westmount dont la pierre angulaire, venue d’Israël, a été posée par son grand-père Lyon Cohen en 1921. L’artiste a lancé l’invitation à cette chorale et à son maître de chapelle en novembre 2015. C’est le réalisateur Howard Bilerman, qui gère le studio d’enregistrement montréalais Hotel2Tango où ont notamment travaillé Arcade Fire et Cœur de pirate, qui a enregistré les voix.

LES PREMIÈRES IMPRESSIONS 

Ce qui frappe dans ce nouvel album après quelques écoutes, c’est son dépouillement et le côté sombre de son propos accentué par le titre de l’album. Rien de nouveau pour Leonard Cohen, direz-vous, mais il n’y a pas, ou si peu, dans ce disque de traces de l’autodérision qui pimente souvent les chansons de Cohen. L’heure est grave et l’artiste lucide et tourmenté est tout à fait sérieux quand, dans la chanson You Want It Darker, il se moque de ses angoisses personnelles (« I struggled with some demons/They were middle-class and tame »). Voilà un disque qui ne demande qu’à se laisser apprivoiser, mais dont la richesse saute aux oreilles dès les premières écoutes. C’est Cohen lui-même qui a eu l’idée de reprendre un couplet de sa magnifique chanson Treaty en guise d’épilogue presque entièrement instrumental servi par un quatuor à cordes. Plus que jamais, Cohen dit ses textes plus qu’il ne les chante. Peut-être parce qu’il est tellement concentré sur ce qu’il veut dire que d’apprendre les mélodies l’aurait distrait de son but premier, a expliqué Patrick Leonard au colloque d’Amsterdam. On se reparle de cet album majeur à l’approche de son lancement.

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