Train de l’Est

Un accès direct au centre-ville dès janvier

Bonne nouvelle pour les usagers du train de banlieue de Mascouche : les mesures d’atténuation du Réseau express métropolitain devraient finalement permettre un trajet vers le centre-ville sans correspondance dès janvier. Si une entente avec le Canadien National permettait l’utilisation de ses voies ferrées après la fermeture du tunnel sous le mont Royal pour la construction d’infrastructures – prévue en janvier –, elle ne devait entrer en vigueur qu’en juin, ce qui aurait forcé les milliers d’usagers quotidiens à faire un détour par la station de métro Sauvé, dans le nord de Montréal. La nouvelle devrait être confirmée vendredi matin par la ministre déléguée aux Transports, Chantal Rouleau. — La Presse

Chronique

Deux-Montagnes à fond de train

Les usagers de Deux-Montagnes ont-ils raison de taper du pied comme ils le font parce que la qualité de leur transport ferroviaire sera amoindrie durant la durée des travaux du REM ? C’est la question que je me pose depuis des semaines.

La construction du Réseau express métropolitain est un gigantesque chantier. Sa réalisation ne se fera pas sans heurts. Tout le monde sait cela depuis longtemps. La fermeture du tunnel du mont Royal va, pendant les trois prochaines années, sérieusement perturber le réseau de train de banlieue et tous les autres moyens de transport qui relient Montréal et ses alentours.

En réduisant la qualité des services pendant une longue période, ces travaux viennent bousculer les habitudes de dizaines de milliers de résidants. Pour trouver des mesures d’atténuation adéquates, on a tenu des rencontres, beaucoup de rencontres, avec divers comités formés de maires d’arrondissements et de municipalités, de représentants de la STM, de la STL, de l’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), d’exo – la firme chargée d’exploiter les lignes de trains de banlieue de la région métropolitaine –, de la Caisse de dépôt et du ministère des Transports du Québec. Mobilité Montréal est responsable de l’application et de la bonne marche de ces mesures.

Un budget de 192 millions de dollars a été dégagé pour soutenir cette stratégie d’atténuation jusqu’à la fin des travaux du REM, prévue en 2023.

Alors que les scénarios proposés font grosso modo l’affaire des citoyens de Mascouche et de Terrebonne, de l’est de Montréal, de Saint-Laurent, de Laval, de la Rive-Sud et d’autres secteurs de la région montréalaise, celui qui est offert aux usagers de Deux-Montagnes suscite un véritable tollé.

On estime à environ 15 000 le nombre de citoyens de ce secteur qui, au quotidien, utilisent le train pour se rendre au centre-ville de Montréal. À compter de janvier, ces usagers vont devoir descendre à la gare Bois-Franc, puis utiliser une navette express qui va les amener à la station de métro Côte-Vertu. Ils devront ensuite utiliser le moyen de leur choix pour se rendre à leur travail.

Habitués à une liaison directe avec le centre-ville de Montréal, les usagers de Deux-Montagnes ne sont pas satisfaits du plan proposé, qui comprend une ou plusieurs correspondances, selon le trajet. Les citoyens expriment haut et fort leur frustration dans la page Facebook qu’ils ont créée (Mouvement/Rallye Train Deux-Montagnes). Selon plusieurs usagers, la mesure qui leur est offerte doublera leur temps de transport (de 45 minutes à 1 heure 30 minutes pour un trajet). On évalue à trois heures, voire quatre, le temps que ces gens passeront chaque jour dans un train, un autobus et un métro.

Que veulent les usagers au juste ? J’ai parlé à quelques leaders de ce mouvement. Ils souhaitent d’abord un temps d’arrêt en attendant que l’entrée en vigueur de ces nouvelles mesures (prévue le 6 janvier prochain) soit reportée. Ils souhaitent surtout que l’on multiplie les mesures d’atténuation pour leur secteur (des navettes entre Deux-Montagnes et Sainte-Thérèse pour que les usagers puissent prendre le train de Saint-Jérôme, des navettes en partance de chaque gare allant jusqu’au centre-ville avec des voies réservées tout au long du parcours, l’autorisation de faire rouler le train sur des voies de contournement, etc.).

Véronique Goudreau a créé une pétition qui rassemble plusieurs centaines de signatures. Elle veut la présenter à l’Assemblée nationale en janvier. Selon elle, les mesures offertes à ses concitoyens sont « une catastrophe annoncée ».

Et puis, il y a cette action collective voulue par Magali Barré, une Lavalloise qui, tout comme son conjoint, doit se rendre tous les jours de la semaine au centre-ville de Montréal. Cette mère de famille entrevoit un sérieux casse-tête à compter de janvier afin de concilier travail et famille.

La demande d’autorisation pour cette action collective sera entendue par un juge en décembre. Précisons que l’action judiciaire ne vise pas à interrompre les travaux. On veut forcer les autorités à trouver des solutions plus efficaces et plus nombreuses pour les voyageurs. On réclame également un dédommagement pour les inconvénients liés à cette interruption partielle du train de banlieue.

Le 25 octobre dernier, des membres du Comité des usagers ont rencontré la ministre déléguée aux Transports et responsable de la Métropole, Chantal Rouleau. Celle-ci leur a fait comprendre que le respect de l’échéancier des travaux était une priorité.

Au MTQ, la porte-parole Sarah Bensadoun m’a assuré que l’ensemble des mesures proposées seraient scrutées de très près en janvier. Elle m’a aussi dit qu’il fallait avoir un regard d’ensemble sur la stratégie d’atténuation. Des résidants de Deux-Montagnes souhaiteraient être amenés à la station de métro Montmorency. Or, cette station risque d’afficher un taux d’achalandage très élevé au cours des prochains mois.

Alors, les usagers de Deux-Montagnes ont-ils raison de taper du pied comme ils le font ? Oui et non. Je trouve l’action collective un peu forte en café. Le choix du lieu d’habitation et du lieu de travail est personnel. On doit prendre ces décisions en sachant que cela peut être accompagné de difficultés.

Rappelons que les « inconvénients » dont on parle sont liés à une amélioration du système de transport collectif dont tous les citoyens de la métropole vont un jour bénéficier. À ce compte-là, les résidants de Montréal dont les rues sont éventrées pendant de nombreux mois à cause des travaux de réfection d’égout et d’aqueduc pourraient eux aussi intenter une action collective pour les désagréments qu’ils connaissent.

Mais est-ce que ces usagers ont le droit d’exiger de meilleurs services pendant la durée des travaux ? Tout à fait. Disons d’emblée qu’en empruntant le train de banlieue, ils font le choix du transport collectif. On ne veut surtout pas qu’ils se mettent à utiliser tous en même temps leur voiture. Les mesures d’atténuation proposées par le comité d’experts et de représentants m’apparaissent minces vu le nombre de résidants concernés. Elles pourraient gagner en pluralité.

Cette stratégie d’atténuation est une grosse organisation. Le retour des Fêtes risque d’être chaotique. Le MTQ dit qu’il va scruter la situation de près. Des milliers de citoyens aussi.

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