Consommation

Le niveau d’endettement des Canadiens augmente encore

Le niveau d’endettement des consommateurs canadiens a continué d’atteindre de nouveaux sommets au quatrième trimestre, même si 46 % des gens ont réduit leurs dettes personnelles, affirme l’agence de surveillance du crédit Equifax Canada. Dans son plus récent rapport sur les tendances de crédit à la consommation, l’agence précise que la dette moyenne des Canadiens a grimpé de 3,3 % pour atteindre 22 837 $ par personne. Parmi les grandes villes du Canada, l’endettement par personne était toutefois de 17 444 $ à Montréal, de loin le plus faible au pays. En tenant compte des hypothèques, la dette des consommateurs canadiens totalisait 1821 milliards au quatrième trimestre de 2017, ce qui représentait une augmentation de 6 % par rapport à celle de 1718 milliards de la même période en 2016.

— La Presse canadienne

Une analyse de la Banque des règlements internationaux sonne l’alarme.

Le Canada exposé au risque d’une crise bancaire

La Chine, le Canada et Hong Kong sont parmi les économies les plus à risque d’une crise bancaire, selon les indicateurs d’alerte financière compilés par la Banque des règlements internationaux (BRI), le principal regroupement de banques centrales du monde.

Selon une analyse de la BRI publiée dans son plus récent Rapport trimestriel, diffusé le week-end dernier, l’économie canadienne, qui a connu en 2017 sa plus forte croissance depuis 2011, serait maintenant à un risque accru de crise bancaire en raison de l’élévation du niveau d’endettement des entreprises et des ménages au Canada.

Dans le texte d’analyse de la BRI, on lit notamment que « le Canada, la Chine et Hong Kong se distinguent par des feux rouges au niveau de l’écart entre le crédit et le PIB [NDLR : le ratio des crédits du secteur non financier/PIB de l’économie canadienne] et le ratio du service de la dette [NDLR : capacité à payer les intérêts sur la dette en fonction des revenus] ».

La BRI note aussi que « pour le Canada et Hong Kong, ces signaux au jaune et au rouge sont renforcés par l’évolution des prix de l’immobilier », principale cause de l’élévation du niveau d’endettement des ménages.

La BRI désigne d’ailleurs d’autres pays d’économies de taille intermédiaire, comme la Thaïlande et la Suède, où la hausse soutenue des « indicateurs des prix de l’immobilier » contribue le plus à l’endettement des ménages, et donc à l’élévation du risque de crise bancaire dans ces économies.

À l’égard du Canada, la BRI souligne néanmoins que la Banque du Canada a déjà signalé depuis quelques mois sa préoccupation pour le niveau d’endettement des ménages, et qu’elle a rehaussé sa surveillance de ces mesures dans l’économie canadienne, à l’instar de ses principales vis-à-vis ailleurs dans le monde.

Avec un « grain de sel »

De l’avis de Stéfane Marion, économiste en chef et stratège des marchés financiers à la Banque Nationale, « les mises en garde de la BRI sur le Canada devraient être prises avec un grain de sel ».

Se référant à un récent commentaire de la Banque du Canada, M. Marion estime que les mesures considérées par la Banque des règlements internationaux dans son analyse omettent que « l’endettement du secteur privé au Canada comprend les sociétés d’État, qui sont des entités soutenues par la solvabilité des gouvernements fédéral ou provinciaux ».

« La Banque du Canada plaide [auprès de la BRI] pour l’exclusion des prêts entre les sociétés affiliées, parce que ce type de prêts n’est pas détenu directement par les institutions financières. »

— Stéfane Marion

Selon des calculs de la Banque du Canada cités par Stéfane Marion, « de tels ajustements à eux seuls réduisent le ratio de crédit par rapport au PIB de 213 % à un taux beaucoup moins menaçant de 170 % ».

Enfin, M. Marion estime que l’analyse de la BRI sur le risque bancaire d’économies nationales comme le Canada ne tient pas suffisamment compte de « la démographie et la structure du marché du travail qui, pourtant, sont si critiques pour évaluer la viabilité à long terme d’un système bancaire national ».

Stéfane Marion cite en exemple que l’emploi a bondi de 2,3 % en 2017 au Canada, ce qui représente la plus forte augmentation en 15 ans. Et à 62 %, le ratio d’emploi par rapport à la population est le deuxième de l’Organisation de coopération et de développement économiques.

« Pendant ce temps, enchaîne M. Marion, le rapport de la BRI suggère que tout irait bien en matière de risque bancaire en Italie et en Espagne, alors que seulement 40 % de leur population est au travail. »

La BRI en bref

Méconnue du public, néanmoins rouage essentiel du système bancaire mondial, la Banque des règlements internationaux est une organisation financière internationale détenue par 60 banques centrales qui représentent des pays comptant pour 95 % du produit intérieur brut (PIB) de l’économie mondiale. Établie en mai 1930, quelques mois après le grave krach boursier et financier de l’automne 1929 aux États-Unis et en Europe, la BRI a son siège social à Bâle, en Suisse, ainsi que des bureaux régionaux à Hong Kong, en Chine et à Mexico. La BRI décrit officiellement sa mission de « servir les banques centrales dans leur quête de stabilité monétaire et financière, et de coopération internationale dans ces domaines ». Au jour le jour, la BRI sert aussi de « banque pour les banques centrales » pour leurs échanges internationaux de liquidités et d’actifs financiers, au gré des besoins de leur économie nationale respective.

— Martin Vallières, La Presse

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