MONT-ROYAL

Appui mitigé à un projet de pistes de vélo de montagne

L’organisme Sentiers Royal, qui souhaite aménager de façon « légale et durable » des pistes de vélo de montagne dans le parc du Mont-Royal, a obtenu l’appui officiel de Vélo-Québec pour son projet, mais doit faire face à l’opposition des Amis de la montagne et au scepticisme de la Ville de Montréal.

Des dizaines de milliers de personnes possèdent un vélo de montagne à Montréal, mais elles ne disposent d’aucune infrastructure pour pratiquer ce sport dans l’île. Si plusieurs se résolvent à se rendre à Bromont, Rigaud et Mont-Tremblant, par exemple, d’autres prennent tout simplement la direction du mont Royal. La pratique du vélo y est toutefois interdite, sauf dans le sentier principal, le chemin Olmstead, et est passible d’une amende de 148 $.

Malgré l’interdiction, les cyclistes de montagne, équipés d’une monture à simple ou à double suspension, sont nombreux sur le mont Royal. Leur présence en exaspère plus d’un et crée des tensions entre les différents usagers du parc. Depuis plusieurs années, des usagers bloquent de leur propre chef les sentiers avec des branches d’arbres, une pratique dangereuse décriée par les différents intervenants questionnés à ce sujet par La Presse. Sentiers Royal et Vélo-Québec croient que l’aménagement de pistes dédiées aux cyclistes de montagne permettrait d’enrayer le phénomène.

« C’est une des motivations derrière notre projet. Actuellement, la situation est dangereuse, autant pour les cyclistes que pour les marcheurs », explique Gabriel Michaud, étudiant en gestion et développement durable à HEC Montréal et porte-parole de Sentiers Royal.

Sentiers Royal souhaite réaliser un projet-pilote de pistes de vélo de montagne dans une zone « tampon » peu fréquentée du parc, située entre la voie Camillien-Houde et le boulevard du Mont-Royal. Jusqu’à présent, 800 personnes ont signé la pétition du groupe pour l’aménagement de sentiers de vélo de montagne sur le mont Royal.

« Il y a moyen de faire des sentiers écologiquement solides, sécuritaires et accessibles sur le mont Royal. »

— Gabriel Michaud, porte-parole de Sentiers Royal

Sentiers Royal, qui est en processus d’enregistrement en tant qu’organisme à but non lucratif (OBNL), compte parfaire ses appuis avant d’ouvrir le dialogue avec la Ville de Montréal.

SCEPTICISME

Les Amis de la montagne, organisme voué à la « protection et la mise en valeur du mont Royal en privilégiant l’engagement de la communauté et l’éducation à l’environnement », croit également qu’« il y a urgence d’agir ». Selon Sylvie Guilbault, directrice générale de l’organisme, la cohabitation s’est dégradée au cours des dernières années.

« Les adeptes de vélo de montagne n’ont aucune place où aller. On est complètement en appui à leur démarche. Cependant, le mont Royal n’est pas le bon endroit », soutient Mme Guilbault.

Les Amis de la montagne propose plutôt que des pistes de vélo de montagne soient aménagées ailleurs dans l’île. « Si on met des pistes sur la montagne, les gens vont se passer le mot et ça va amener encore plus de cyclistes. On ne peut pas se le permettre, car la pression est déjà énorme sur le parc », indique-t-elle.

Réal Ménard, responsable du développement durable, de l’environnement, des grands parcs et des espaces verts à la Ville de Montréal, croit également que des sites alternatifs au mont Royal ont plus de chances de voir le jour. « Peut-être qu’il y a des choses qu’on n’a pas vues, mais a priori, je serais étonné que notre administration aille dans ce sens-là », a expliqué M. Ménard à La Presse.

UN STATU QUO INACCEPTABLE, SELON VÉLO-QUÉBEC

Vélo-Québec estime pour sa part que des pistes de vélo de montagne sont « essentielles » sur le mont Royal afin d’améliorer la cohabitation entre les différents usagers.

« Tout le monde est d’accord avec des sites en dehors du mont Royal, mais ça ne réglera pas le problème, soutient Lucie Lanteigne, directrice générale de Vélo-Québec. Ça fait 20 ans qu’il y a de la pratique illicite. On a beau interdire les vélos de montagne, il y en aura toujours sur le mont Royal, car c’est un endroit central avec du dénivelé. La meilleure façon de régler la situation est d’aménager des sentiers dans les règles de l’art, de façon à ce qu’ils soient sécuritaires, bien drainés et bien signalés. » 

« En 2014, il y a des façons d’aménager des pistes de vélo de montagne dans une optique de développement durable. Plusieurs recherches ont été faites à ce sujet. Et en concentrant la pratique du vélo de montagne dans un secteur spécifique, ça va améliorer la cohabitation partout dans le parc. »

— Lucie Lanteigne, directrice générale de Vélo-Québec

La sédentarisation des jeunes est également dans la ligne de mire de l’organisme. Selon l’étude L’état du vélo au Québec en 2010 menée par Vélo-Québec, les jeunes de 6 à 17 ans pratiquent de moins en moins le vélo. Le nombre de cyclistes assidus – qui font de la bicyclette au moins une fois par semaine – est passé de 76 % à 59 % chez les jeunes entre 2000 et 2010.

Une rencontre entre Vélo-Québec et la Ville de Montréal doit avoir lieu bientôt à propos de l’aménagement de pistes de vélo de montagne dans la métropole.

UN SECTEUR PROTÉGÉ

En 2005, Québec a accordé le statut d’arrondissement historique et naturel au mont Royal. Ce statut fait en sorte qu’on « ne peut diviser, subdiviser ou morceler un terrain ou encore installer, modifier, remplacer ou détruire une affiche, une enseigne ou un panneau-réclame sans en avoir eu la permission [du ministère de la Culture] au préalable ». Le territoire protégé de 750 hectares comprend plusieurs secteurs résidentiels, de grandes institutions religieuses et éducatives, ainsi que quatre cimetières. Le ministère de la Culture n’a pas répondu à la demande d’information de La Presse concernant le projet de Sentiers Royal.

LE PARC DU MONT-ROYAL EN CHIFFRES

233 m Élévation du sommet Mont-Royal

211 m Élévation du sommet Outremont

Selon un sondage des Amis de la montagne réalisé en 2007, 93 % des cyclistes du parc s’y rendent à vélo à partir de leur domicile.

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