Société

L’homme qui voulait voir toute la planète

Le Québécois Bruno Rodi a – enfin – visité tous les pays du globe.

Il y a des rêves plus accessibles que d’autres. Voir Venise. Découvrir les plages des Caraïbes. Partir en safari. Bruno Rodi a mis la barre le plus haut possible sans quitter la planète Terre : visiter tous les pays du monde et tous les sites classés au patrimoine de l’UNESCO. Et il peut maintenant dire « mission accomplie ».

Bruno Rodi a bouclé son périple au printemps dernier en mettant le pied en Arabie saoudite, complétant un méticuleux tour du monde entrepris… il y a 17 ans en Belgique.

Attablé dans un café du Vieux-Montréal, chandail rouge vif et cheveux argentés, il passe en revue les milliers de photos qu’il a prises au fil des ans en souriant. Défilent devant lui l’Antarctique, le détroit de Gibraltar, l’île d’Henderson : du pôle Nord au pôle Sud, tous les sites de l’UNESCO, tous les grands détroits du globe, les rivières et les lacs les plus célèbres, ils y sont tous. Il faudrait bien trois jours et trois nuits pour jeter un œil à chacun de ces clichés, soigneusement classés dans son ordinateur… Et encore : « Je n’en ai pas pris tant que ça ! », lance-t-il en éclatant de rire.

On s’attendait à rencontrer un homme des plus fiers de son exploit, voire prétentieux : il affiche plutôt un sourire comblé, serein. « Je suis satisfait », dit-il simplement.

Un vide à remplir

Il faut dire que ce périple, Bruno Rodi l’a justement envisagé quand, au mitan de sa vie, il a ressenti un vide. Une « crise de la cinquantaine », veut l’expression consacrée. Les enfants avaient grandi. Les affaires allaient bien. La santé aussi. Et pourtant, il lui manquait un « je-ne-sais-quoi » qui ne s’achète pas, la réponse à la question qui vient souvent avec les premiers cheveux blancs : « Est-ce que j’ai fait tout ce que je voulais faire dans ma vie ? » À vrai dire : non. Pas à cette époque-là.

Il a décidé – sur un coup de tête, lors d’un voyage en Afrique – de gravir les plus hauts sommets sur chaque continent avec son fils, Jason. Il a dû s’y reprendre deux fois pour le McKinley en Alaska, trois fois pour l’Everest, mais qu’importe : l’important, c’était le chemin parcouru avec son fils. Puis, ils ont décidé de skier jusqu’au pôle Nord. Puis jusqu’au pôle Sud. C’est en cours de route que Bruno a rencontré l’homme – un Belge, « un rêveur », dit-il – qui sera la bougie d’allumage de son plus grand défi : visiter tous, absolument tous les sites classés au patrimoine de l’UNESCO. Précisons : il y a 1107 sites !

En homme d’affaires accompli – BIXI, les sofas Rodi, Artemano, c’est à lui –, Bruno Rodi a entrepris son grand tour du monde comme il travaille : avec minutie.

« Parcourir 10 000 km commence par un pas. Dès qu’il est fait, on est déjà engagé sur le chemin, on est déjà en marche. Dans la vie, il faut se faire une grosse liste remplie de petits projets qui permettent d’atteindre le grand projet en soi. Ça paye toujours à la fin. »

— Bruno Rodi

Poursuivre

« J’ai eu des moments de découragement, c’est sûr », convient-il. Devant l’ampleur de la tâche à accomplir, ou quand certains pays l’emballaient moins. Tous les sites de l’UNESCO ne sont pas aussi intéressants les uns que les autres, constate-t-il d’ailleurs. « Au départ, on a nommé les plus évidents, des endroits magnifiques… au fil du temps, le choix est devenu plus restreint. Certains pourraient être des sites nationaux, culturels, sans être nécessairement nommés à l’UNESCO. »

Mais il dit n’avoir jamais eu peur : « Je ne lisais pas sur les dangers avant de partir, sinon, il y a trop d’endroits où je ne serais pas allé. » A contrario, il lisait un livre pour chacune des destinations visitées, sur son histoire, sa culture, ses coutumes. « Ce projet, c’était comme tous les autres : le plus intéressant est avant d’atteindre l’objectif, c’est le chemin, la somme de tous les petits projets qui permettent d’arriver au bout », lâche-t-il.

« Je ne suis plus le même qu’il y a 17 ans. J’ai pris de l’expérience, mais j’ai vieilli aussi », remarque-t-il. Son regard sur le monde a évolué. « Il y a de bonnes personnes dans tous les pays, des gens accueillants. » Ce sont les régimes totalitaires, les dictatures qui posent problème. Et les voyages ont renforcé sa conviction qu’on « est chanceux de vivre dans un pays qui nous offre beaucoup de possibilités, un pays pacifique, sécuritaire, où l’on peut s’éduquer ».

Son défi accompli, parfois à toute vitesse – en ne restant que quelques jours dans les pays visités –, Bruno Rodi a recommencé à voyager sans objectif précis au cours de la dernière année. Il était dans les Caraïbes avec sa fille tout récemment. « Je me donne le temps de m’émerveiller, maintenant. » Le bourlingueur n’arrêtera donc jamais de bourlinguer.

Bruno Rodi en trois objets

Un sac de voyage

Bruno Rodi a rapporté – sauf de rares exceptions – peu de souvenirs de ses voyages. La raison ? Il s’imposait de ne jamais enregistrer de bagage dans la soute et d’apporter que ces deux sacs – l’un à dos, l’autre en bandoulière – pour être mobile et se déplacer facilement et rapidement en tout temps.

Deux passeports 

Un, c’est bien, mais deux, c’est mieux : Bruno Rodi part toujours avec ses deux passeports, l’italien et le canadien. Il utilise le plus avantageux quand vient le temps de payer le visa.

Une paire de souliers 

Parce qu’il n’est pas facile de caser des souliers dans un sac à dos aussi petit celui que Bruno Rodi traîne en voyage, il raffole de ce modèle de souliers assez souples pour être pliés ou tordus. « Évidemment, au fil des ans, j’en ai passé plusieurs paires ! »

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