politique

Tour d’horizon des nouvelles politiques sur la scène fédérale.

Parti conservateur

Malmené de toutes parts, Scheer s’accroche

Ottawa — Andrew Scheer s’accroche à la barre du navire conservateur, même si la liste des ténors du parti qui réclament sa démission s’allonge et que des candidats potentiels à sa succession jaugent discrètement leurs appuis.

« Je reste pour mener le combat ; les Canadiens nous ont élus pour le mener », a-t-il martelé jeudi, alors qu’il annonçait les noms d’une partie des membres de l’équipe de députés conservateurs qui serviront au sein de son cabinet fantôme et qui auront comme tâche de se frotter aux ministres libéraux de Justin Trudeau.

« J’ai l’appui de mon équipe, j’ai l’appui de notre caucus, j’ai l’appui de millions de Canadiens. Ce n’est pas le temps des chicanes internes politiques », a-t-il tranché en conférence de presse dans le foyer de la Chambre des communes.

Bombardé de questions par les journalistes sur la précarité de sa situation comme chef, M. Scheer a insisté pour dire que le « vrai test » arrivera en avril, quand les membres du parti se réuniront à Toronto lors du prochain congrès national pour se prononcer sur son leadership.

Il a cependant refusé de fixer un seuil minimum lors de ce vote de confiance pour rester aux commandes du parti. « Je vais demander aux membres un mandat clair pour continuer », s’est-il borné à dire après avoir annoncé qu’il confiait le poste de chef adjointe à Leona Alleslev, députée transfuge venue des libéraux. L’élue de la région de Toronto a traversé le parquet de la Chambre pour rejoindre les rangs des conservateurs en septembre 2018.

Andrew Scheer a tenu ces propos après qu’un ancien proche collaborateur de Stephen Harper, Kory Teneycke, aujourd’hui lobbyiste à Toronto, eut lancé une pétition nationale pour le forcer à tirer sa révérence avant le congrès national d’avril. « Les conservateurs québécois et canadiens méritent mieux », affirme-t-on en haut de cette pétition bilingue, soutenue par le groupe nommé « Conservative Victory » et appuyée par l’ancien député John Reynolds ainsi que par le fondateur des groupes Canada Proud et Ontario Proud, Jeff Ballingall.

« Afin de permettre aux conservateurs de gagner, nous avons besoin d’un chef capable de représenter le mouvement conservateur moderne. »

— Extrait de la pétition faisant une allusion subtile aux convictions personnelles de M. Scheer sur l’avortement et les mariages gais

MM. Teneycke et Reynolds ont appuyé Maxime Bernier durant la course au leadership remportée par Andrew Scheer au 13e et dernier tour en mai 2017.

L’étau se resserre

À la fin de la journée, jeudi, une autre ancienne proche collaboratrice de Stephen Harper, Jenni Byrne, a aussi soutenu que M. Scheer devait tirer les conclusions qui s’imposaient et démissionner.

« Il semble qu’Andrew Scheer veut demeurer chef. Mais je ne crois pas que ce soit dans son intérêt supérieur ou dans l’intérêt supérieur du parti. […] Les gens ne croient pas qu’il peut battre Justin Trudeau aux prochaines élections », a-t-elle affirmé à l’émission Power and Politics, de CBC News.

Voyant l’étau qui se resserre autour de M. Scheer, des candidats désireux de prendre la relève multiplient les appels. Selon nos informations, c’est le cas du député conservateur de l’Ontario Erin O’Toole, arrivé troisième dans la course au leadership en 2017, de même que de l’ancien ministre et sénateur Michael Fortier. Des conservateurs tentent aussi de convaincre Bernard Lord, ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, de reprendre du service, mais sur la scène fédérale.

M. Scheer avait convoqué la presse jeudi matin pour dévoiler la composition de son équipe d’officiers parlementaires. Il a vanté les qualités de sa nouvelle chef adjointe. « Elle est venue vers nous parce qu’elle croit à ma vision et à notre vision conservatrice pour le Canada », a déclaré Andrew Scheer, avec à ses côtés sa nouvelle recrue.

Mais la nomination de l’une des anciennes ouailles de Justin Trudeau en a fait beaucoup sourciller au sein du caucus conservateur, selon nos informations. Elle a aussi inspiré une raillerie à une ancienne directrice des politiques de Stephen Harper. « Très bon choix, surtout en considérant son implication de longue date au sein du Parti conservateur », a ironisé Rachel Curran sur Twitter, jeudi.

Rayes s’en remet aux membres

L’équipe de direction parlementaire demeure sinon inchangée, avec notamment le retour du député Alain Rayes comme lieutenant du Québec. Joint hier au téléphone, M. Rayes a affirmé que l’avenir de son chef reposait entre les mains des membres du parti. « Nous avons un rôle à jouer jusqu’à ce que les membres du parti prennent leur décision. Nous avons un travail à faire. La population nous a élus pour être une opposition forte. Ce rôle-là, on doit le jouer. La démocratie a parlé. Ça prend quelqu’un autour de la table pour s’assurer que les préoccupations du Québec soient entendues. Je l’ai fait au cours des deux dernières années et je vais continuer à le faire avec la même intensité que dans le passé. »

Interrogé par La Presse pour savoir s’il avait toujours confiance en son chef, M. Rayes a répondu : « Ce n’est pas moi qui vais décider. Ce sont les membres qui vont décider au mois d’avril. »

« Entre-temps, je pense que l’on doit faire notre travail, tout le monde ensemble, pour faire en sorte de jouer notre rôle et d’être prêts si une élection était déclenchée rapidement. »

— Alain Rayes, lieutenant du Québec d’Andrew Scheer

Aucun élu de l’actuelle députation n’a encore brisé les rangs publiquement pour réclamer du chef qu’il jette l’éponge. Le caucus a choisi, au début de novembre, de ne pas se prévaloir du mécanisme qui aurait permis de mettre en branle un processus de destitution.

La grogne s’intensifie

Malgré tout, les voix sont de plus en plus nombreuses à exiger que M. Scheer cède les rênes du parti. Les sénateurs Claude Carignan et Jean-Guy Dagenais, notamment, ont fait entendre les leurs récemment. À leur insatisfaction s’est ajoutée celle de l’ancienne députée Lisa Raitt, qui a perdu son siège dans la circonscription de Milton, le 21 octobre.

Le National Post a rapporté que l’ancienne ministre avait convenu qu’un consensus se dessinait au sein des membres concernant le leadership d’Andrew Scheer. Ce dernier ne serait ainsi « pas assez solide » comme chef, a déclaré Mme Raitt, qui ne va toutefois pas jusqu’à souscrire à cette position.

La grogne était de fait considérable lundi dernier à Montréal, lors d’une session avec des candidats défaits qui aurait pris des airs de séance de défoulement collective. Andrew Scheer a eu droit à des critiques acerbes lors de la rencontre, qui s’est tenue derrière des portes closes. Il avait pourtant tenté de calmer le jeu en remerciant deux collaborateurs, soit son chef de cabinet Marc-André Leclerc et son directeur des communications Brock Harrison.

Maxime Bernier s’en mêle

Battu dans sa propre circonscription par un candidat conservateur au dernier scrutin, Maxime Bernier a mis son grain de sel dans cette tempête qui secoue son ancien adversaire Andrew Scheer dans la course au leadership du Parti conservateur. « Tout le monde admet maintenant que Scheer est un chef faible avec des convictions et des politiques faibles. Notez bien ce que je dis : le prochain chef sera encore plus centriste et sans convictions claires. C’est ça, le Parti conservateur aujourd’hui », a-t-il écrit sur sa page Facebook. Rappelons que M. Bernier a été battu par M. Scheer au 13e et dernier tour en mai 2017 et qu’il a claqué la porte du parti un an plus tard pour fonder son propre parti, le Parti populaire du Canada, qui a récolté à peine 1,6 % des suffrages au plus récent scrutin.

Politique

Joël Godin vise la présidence de la Chambre

Ottawa — Il a été l’un des 10 conservateurs à remporter leur siège au Québec. Voilà que Joël Godin se lance dans la course pour occuper un autre siège : celui du président de la Chambre des communes.

« Ça fait longtemps qu’il n’y a pas eu un Québécois, né au Québec, de langue française, à occuper le siège de président. Ça fait 65 ans ! », lance l’élu de Portneuf–Jacques-Cartier en entrevue avec La Presse.

Il faut remonter aux années 50 pour trouver le dernier natif de la province à occuper cette fonction : Louis-René Beaudoin a présidé les travaux de la 22e législature entre 1953 et 1957, alors que Louis St-Laurent était premier ministre du Canada.

Élu pour la première fois au scrutin de 2015, le député Godin se contente pour l’heure de dire qu’il a « sûrement » des appuis chez ses collègues conservateurs du Québec. Et « le maraudage se fait » pour en récolter aussi sur les autres banquettes, note-t-il.

Une poignée de députés ont manifesté leur intérêt pour le poste jusqu’à présent. Chez les conservateurs, Joël Godin se mesurera à Bruce Stanton – en 2011, ce dernier s’était incliné face à un certain Andrew Scheer.

Le président sortant de la 42e législature, le libéral Geoff Regan, est lui aussi sur les blocs de départ. La néo-démocrate Carol Hughes, qui était vice-présidente adjointe, convoite également le fauteuil de la présidence.

La dernière – et unique – femme à avoir occupé le grand siège est Jeanne Sauvé. Avant d’être nommée gouverneure générale du Canada par Brian Mulroney, la native de la Saskatchewan a présidé les travaux sous Pierre Elliott Trudeau, de 1980 à 1984.

Pendant un certain temps, la rumeur voulait que l’élue désormais indépendante Jody Wilson-Raybould se présente pour décrocher le poste. « Je n’ai pas encore retiré mon nom de la liste, mais cela devrait venir », a-t-elle écrit jeudi dans un courriel à La Presse.

Vote secret

Par défaut, tous les députés sont présumés intéressés par la présidence. S’ils ne le sont pas, ils doivent demander que leur nom soit enlevé de la liste des candidats. L’élection se fait par vote secret.

Ce scrutin est la première tâche à laquelle devront s’atteler les députés à leur retour sur la colline d’Ottawa, jeudi prochain. Une fois que l’affaire aura été classée, ils se rendront au Sénat pour écouter le discours du Trône.

La plupart du temps, c’est un élu du parti au pouvoir qui hérite de la présidence. Mais en situation de gouvernement minoritaire, la donne change – c’est que le président ne dispose pas d’un droit de vote sauf en cas d'égalité, auquel cas il doit trancher.

Les libéraux ont fait élire 157 députés, ce qui est insuffisant pour faire passer les projets de loi (170 votes sont requis). En face d’eux, ils ont 121 conservateurs, 32 bloquistes, 24 néo-démocrates et 3 verts.

Il faudra voir jeudi prochain si le contexte minoritaire fera pencher la balance en faveur ou en défaveur de l’un ou l’autre des candidats à la présidence de la Chambre, où les débats seront sans nul doute parfois enflammés pour ce second mandat Trudeau.

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