NICOLAS DESLAURIERS
TEL QUEL

LA BOUGIE D’ALLUMAGE

L’expression « bougie d’allumage » est souvent utilisée pour décrire Nicolas Deslauriers, qui injecte une dose d’énergie à l’équipe depuis son rappel du Rocket de Laval, en novembre.

« Ouais, c’est le style que je voulais avoir ; donner de l’énergie et depuis le début de l’année, c’est quelque chose de plaisant. Je pense que ç’a toujours été mon éthique de travail – pas de démontrer le genre de talent que j’ai, mais quelle sorte de joueur je suis, sur et hors de la glace. C’est juste d’amener de l’énergie », a répondu le Québécois lorsqu’on lui a demandé s’il aimait se faire appeler ainsi.

Cette expression lui sied à merveille, c’est vrai, mais il y en a aussi une autre de la langue de Shakespeare qui le décrit très bien : « What you see is what you get », comme le chantait Britney Spears. En gros, ce qu’on voit de Deslauriers sur la glace, c’est exactement lui. Il n’y a pas un homme différent qui se cache derrière le joueur de hockey. Les deux sont identiques.

« Il y a beaucoup de gens qui disent que je suis un joueur honnête. Ils savent qu’avec ma grosseur, je suis capable de me battre et je ne reculerai jamais devant une bataille. Je n’ai pas tant de talent, des fois j’en ai un peu, mais je pense que ça décrit bien ce que je suis. Tu sais ce que tu vas avoir de moi. C’est ce qui m’amène du succès, de ne pas aller en dehors de mes capacités, de rester avec ce que je suis capable de faire », a-t-il admis.

Et toute cette énergie, qui est contagieuse au sein de ses coéquipiers et des partisans, où la puise-t-il de prime abord ?

« Je suis né avec beaucoup d’énergie. Tu peux parler avec tous les gars et ils vont te le dire. J’aime ça parler, faire des jokes, faire le niaiseux des fois, essayer d’amener de l’énergie de n’importe quelle façon. Mais quand tu joues au Centre Bell, c’est quelque chose de différent. Il y en a beaucoup qui disent que quand ils viennent jouer au Centre Bell, ils ont de l’énergie à cause de ce qu’il y a dans le building et moi, j’en ai déjà beaucoup, alors juste de jouer là, dans mon building, c’est quelque chose de différent. Ça m’en donne encore plus. Déjà que je pense que je n’en ai pas besoin de plus ! dit-il en riant.

« Je ne sais pas où je la prends, je pense que j’en ai toujours eu. Je peux dormir 12 heures et je vais avoir la même énergie que si on est sur le décalage horaire et que j’ai dormi quatre heures. Ç’a toujours été comme ça. C’est facile pour moi d’avoir de l’énergie et quand je me lève le matin, c’est une autre journée et on recommence. »

Une autre preuve de son énergie, c’est sa réaction quasi démesurée lorsqu’il compte un but. Ses célébrations ne passent pas inaperçues et il y a une raison derrière tout cela.

« J’ai souvent dit que les buts pour moi, c’est du bonus. Quand j’étais à Buffalo sur le quatrième trio et que je me battais quand même assez souvent, Patrick Kaleta me disait toujours de célébrer chaque but comme si c’était mon dernier, parce qu’on ne sait jamais ce qui va arriver et ça m’est resté. J’ai quasiment autant d’émotions quand je score que quand je finis une bataille. Scorer, c’est une autre chose. Je sais que ce n’est pas ma job et que c’est quelque chose de très important au hockey, mais je ne me dis pas “OK, ce soir, je dois en marquer deux”. Ce n’est pas ce que j’amène. J’ai été chanceux cette année avec ce qui m’est arrivé, a dit le numéro 20 du Tricolore.

« J’aimerais ça pratiquer mes célébrations pour que j’en marque 50 par année, mais ce n’est pas moi… Je ne sais pas ce qui va arriver sur le prochain. Ça se fait sur le moment et il faut que ça sorte ! »

DE LA DÉFENSE À L’AVANT

Il est rare qu’un joueur change de position en arrivant chez les professionnels. C’est ce qui est arrivé à Deslauriers, qui est passé de défenseur à attaquant en raison d’un concours de circonstances.

Lorsque les Kings de Los Angeles l’ont repêché en 2009 – au troisième tour, 84e au total – , Deslauriers était un défenseur dans la LHJMQ et il ne ressemblait en rien au joueur que l’on connaît aujourd’hui.

« Au début, j’avais un autre style. Si tu me mets à la défense, je ne suis vraiment pas pareil. Je suis un défenseur offensif. Dans le junior, j’étais toujours sur l’avantage numérique et j’avais beaucoup de temps de glace. Ç’a juste changé quand je suis devenu un joueur d’avant. Je suis un gars qui n’a pas extrêmement de mains, alors il fallait que je finisse mes mises en échec et à la grosseur que j’ai, ça me met dans le trouble un peu et je dois me battre. Je pense que c’est ce style-là qui m’a fait percer dans la LNH et c’est comme ça que je suis resté et c’est pour ça que j’ai eu du succès, sans essayer de changer mon style de jeu », a expliqué le joueur de 27 ans.

Ce n’est qu’à sa troisième année chez les professionnels, après deux bonnes saisons à la défense avec les Monarchs de Manchester, le club-école des Kings, que le changement de position s’est fait.

« On avait commencé à en parler à la fin de ma deuxième année, mais j’avais une bonne saison en tant que défenseur et ç’a n’a pas adonné. Mais à l’automne, quand je suis allée à mon camp à Los Angeles, j’ai été retranché quand même assez tôt et je ne comprenais pas pourquoi. Les Kings avaient beaucoup de défenseurs déjà dans leurs plans et j’étais assuré d’être dans le top 4 dans la Ligue américaine. Mais quand je suis arrivé là, pour le reste du camp, il manquait deux trios. Il y avait 10 défenseurs et même pas trois trios, alors j’ai parlé avec le coach et il m’a dit “Écoute, je vais te faire jouer à l’avant juste pour dépanner” et finalement ç’a marché », a-t-il raconté.

Le « dépanneur » est finalement devenu permanent à cette position, mais tout n’a pas été tout rose pour Deslauriers, même qu’il a dû manger son pain noir.

« Au début de la saison à Manchester, j’étais sur le quatrième trio, alors je ne savais pas où allait ma carrière. Je pensais quasiment que j’arrivais à la fin. Je venais juste d’être repêché en tant que défenseur, j’avais eu deux bonnes saisons et là j’étais rendu un joueur de quatrième trio dans la Ligue américaine. J’ai essayé d’aller chercher le plus de positif, mais c’était quand même assez difficile, s’est-il remémoré.

« Mais j’ai eu ma chance et vers la quatrième semaine, j’étais rendu sur le premier trio avec Jordan Weal – qui joue maintenant avec les Flyers de Philadelphie – et Brandon Kozun, qui a joué à PyeongChang avec Équipe Canada. Il y a eu une connexion à ce moment et vers la date limite des échanges, je pense que j’avais 19 buts. Pour une première année à l’attaque, tout allait bien et je jouais à la défense sur l’avantage numérique. Je me suis alors fait échanger à Buffalo et c’est là que j’ai goûté à la LNH pour la première fois. »

C’est donc avec les Sabres que tout a changé, qu’il a vraiment trouvé sa voie à l’attaque.

« C’est là où ç’a vraiment tourné. J’avais plus d’occasions de finir mes mises en échec et je me mettais dans le trouble un peu avec des batailles, alors ça m’a donné l’étiquette de la sorte de joueur que j’étais. Ça m’est resté collé comme ça pendant deux ans et demi à Buffalo », a-t-il dit.

On peut donc dire qu’il n’a pas simplement changé de position, mais également de personnalité sur la glace.

« Oui, exactement. J’ai eu ma chance, je suis allé à l’avant et j’aime ça frapper. Je frappais quand j’étais à la défense aussi, mais tu as plus de situations où tu peux le faire en tant que joueur d’avant. J’ai eu la piqûre et c’est juste resté comme ça. Je suis un gars qui donne son 100 % dans tout, que ce soit quand on joue au soccer avant les matchs, je vais être là pour donner mon meilleur et c’est comme ça que j’ai été élevé. On a toujours travaillé pour ce qu’on voulait chez moi et c’est ce qui m’a amené ici », a précisé le natif de LaSalle.

DE VRAIES MONTAGNES RUSSES

Les premières saisons de Deslauriers à Buffalo se sont bien déroulées, mais tout ça s’est gâté avant le début de la présente saison.

« Ç’a parti en “mangeant une bonne claque dans la face” », a admis Deslauriers.

C’est qu’il s’était pointé au camp d’entraînement des Sabres dans la meilleure forme de sa vie, après avoir passé un premier été au Québec et travaillé avec un entraîneur personnel.

« Tout était parfait. Je suis arrivé à Buffalo au camp et tout allait bien, j’avais une bonne communication avec le directeur et tout à coup, on a pris quelqu’un au ballottage et ça m’a vraiment fait mal. Deux jours plus tard, je me faisais mettre au ballottage. C’était environ 48 heures avant le premier match des Canadiens à Buffalo, alors les Sabres venaient juste de rentrer leur formation de 25 joueurs, comme toutes les équipes doivent le faire, a noté le Québécois.

« Alors je savais que mes chances de me faire prendre étaient d’exactement de zéro pour cent. Je n’avais aucune chance. »

Mais le directeur général des Sabres, Jason Botterill, a fait preuve de beaucoup de respect envers Deslauriers et ce dernier a tenu à le préciser.

« Il a dit qu’il allait essayer de trouver quelque chose de bon pour ma carrière, mais pendant la première semaine d’activités dans la LNH, je ne jouais même pas au hockey. J’étais chez moi et j’ai dû me prendre une assurance personnelle pour pouvoir m’entraîner au cas où je me blessais. Il m’a dit de rester à la maison avec la famille et qu’il essaierait de trouver quelque chose pour moi, a raconté l’attaquant.

« C’était long. Ç’a duré presque une semaine et les cinq premiers jours, je ne savais même pas quoi faire. J’étais sur la panique raide. Je ne savais pas ce qu’il arriverait. Je savais que ma dernière option était d’aller à Rochester dans la LAH, mais il [Botterill] me disait de ne pas y aller – et je recevais des appels des Americans qui voulaient savoir quand j’arriverais. Et là j’ai eu l’appel pour me dire que j’étais échangé », a poursuivi Deslauriers.

Nul besoin de dire que cet appel a tout changé.

« Je savais que j’allais dans la LAH [à Laval], mais en même temps, j’en avais des frissons. C’était comme à mon repêchage – quand tu te fais repêcher, c’est quelque chose d’incroyable et juste d’aller là, c’est ce que j’avais besoin. Et comme j’étais un des plus vieux, ça m’a facilité la tâche. C’est difficile d’arriver dans une nouvelle organisation, mais quand c’en est une comme le Canadien, que tu es un Québécois, à la maison et que le personnel est presque tout Québécois, ç’a vraiment été facile », a admis le joueur qui a disputé 14 matchs avec le Rocket en début de saison, récoltant cinq points (3B-2A).

L’entraîneur-chef des Lavallois, Sylvain Lefebvre, lui a donné des tâches importantes, ce qui l’a soulagé et fait disparaître son stress. « Ç’a tout sorti », a confié Deslauriers.

Il affirme avoir adoré son passage à Laval, même si son principal objectif était de mériter un rappel des Canadiens. Cette question lui était d’ailleurs souvent posée par des journalistes et Deslauriers réussissait à bloquer tout ça pour ne pas s’en laisser affecter.

« Quand j’étais là, je pensais déjà à mener l’équipe en séries. C’était ça mon but, peu importe ce qui arriverait à l’été suivant et si je ne me faisais pas rappeler, au moins je jouais encore au hockey », s’est-il dit.

Le rappel tant attendu a eu lieu le 15 novembre.

« D’habitude, quand tu te fais rappeler, c’est un autre stress de plus, mais là, ç’a juste tout débloqué et ça va super bien pour moi. Ce n’est pas une saison vraiment le fun, parce que tu veux être en séries, mais je suis content de ce que j’ai pu apporter cette année. C’est positif, mais ça ne l’est pas en même temps parce qu’on n’est pas en séries. Je ne suis pas un gars qui pense à moi », a-t-il mentionné.

LA FAMILLE AVANT TOUT

Deslauriers est un gars très terre à terre, mais surtout un homme de famille.

Marié à 21 ans et père de deux jeunes enfants peu de temps après, le Québécois n’a pas nécessairement suivi le même chemin que les autres gars de son âge.

« J’ai connu ma femme dans le junior et ç’a tout de suite cliqué. Le fait de me marier si jeune, c’est venu tout seul. Je suis content qu’on l’ait fait là, parce que ça fait déjà cinq ans qu’on est mariés et quand tu es plus vieux, que tu parles avec tes grands-parents qui sont mariés depuis 55 ans, ça vient de là, ils ont tous commencé jeunes. Je suis content du cheminement que j’ai eu, de mes deux enfants. C’est quelque chose qui change une vie », a-t-il admis.

Le hockeyeur a aussi une deuxième équipe très importante dans sa vie et elle compte sa femme Joanie, leurs enfants Madison Rose et Jaxon, mais aussi ses parents et ses beaux-parents. Ensemble, ils forment toute une équipe, qui s’est serré les coudes avec la dernière année d’instabilité qu’a connue la petite famille.

« Cette année, ç’a été plus tough pour ma femme », a-t-il admis.

C’est elle qui a dû s’occuper du déménagement de Buffalo, où le jeune couple venait de s’acheter une maison, à Berthier, où ils possédaient une maison d’été. Deslauriers faisait d’ailleurs la route Berthier-Laval lorsqu’il était avec le Rocket.

Depuis, ils se sont trouvé un petit logement à Brossard, pour se faciliter un peu la vie. À Berthier, les parents de sa femme ont acheté une maison tout près de la leur et ils peuvent donc s’occuper des deux chiens de la famille.

Avec un nouveau contrat de deux ans en poche, Deslauriers pourra maintenant offrir un peu de stabilité à sa famille.

« Ça fait du bien », a-t-il mentionné au sujet de l’entente signée il y a quelques semaines.

Jouer au hockey à Montréal, c’est évidemment un rêve de « p’tit gars » pour Deslauriers. Il avait affirmé en début d’année alors qu’il était à Laval que le jour où on lui mettrait le chandail des Canadiens sur le dos, il faudrait travailler fort pour le lui arracher.

Chaque fois qu’il l’enfile depuis, il le fait en pensant à tous ses proches.

« À mon premier échauffement, c’était quelque chose de vraiment le fun et c’est bizarre de la façon que je l’ai pris, je ne l’ai pas fait juste pour moi, mais pour toute ma famille. On vient d’ici, tu regardes les Canadiens quand tu es jeune, mes chums ont le même âge que moi et ce qu’ils font le samedi soir, c’est regarder les Canadiens, alors je le fais pour tous ceux avec qui j’ai joué. J’ai appris dans la vie que de jouer au hockey comme gagne-pain, c’est quelque chose de vraiment incroyable. Il n’y a pas beaucoup de monde qui a ça », a dit Deslauriers, qui connaît la valeur du travail en ayant lui-même commencé à travailler à l’âge de 12 ans avec son père et la compagnie de déménagement familiale.

Son message est simple : il faut travailler pour avoir ce qu’on veut et c’est comme ça qu’il a été élevé.

« En étant dans la LNH, ça démontre qu’il n’est jamais trop tard, mais même si tu n’es pas le meilleur des meilleurs quand tu es jeune, tu peux t’y rendre pareil. C’est d’avoir l’éthique de travail et vivre au jour le jour », a-t-il conclu.

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