OPINION

Millionnaires ? C’est relatif…

Certains producteurs possèdent des entreprises qui valent plusieurs millions. Est-ce que cela signifie que le système de gestion de l’offre est mauvais ?

L’auteur réagit au texte « Ce n’est que partie remise », de Sylvain Charlebois, publié mardi.

Soulever publiquement le débat sur l’utilité et le coût du système de gestion de l’offre au Canada, comme le fait M. Charlebois, est pertinent et d’actualité.

En tout respect pour ce dernier, j’assume que le ton de la conclusion de son texte n’a comme seul objectif que de susciter le débat. Autrement, mentionner que « C’est à nous de choisir et non pas seulement aux producteurs laitiers, tous millionnaires grâce au système de quotas… » m’apparaît d’une faiblesse intellectuelle qui contribue a entretenir de fausses perceptions sur le monde agricole, ce qui n’aide en rien à enrichir la discussion.

Oui, les producteurs possèdent un actif qui sont les quotas, leur donnant le droit de produire du lait (au Québec, 25 000 $ par kilo de matière grasse). Donc, pour être millionnaire en terme d’actif-quota, il faut posséder 40 kilos de quota, soit environ 40 vaches en lactation). Ce quota a été acheté et payé comptant ou financé par le producteur.

Ici, il faudrait nuancer, parce que le quota d’un producteur n’a pas tout été acheté à ce prix. Il faut donc être très prudent avant d’affirmer que les producteurs sont tous millionnaires.

Pour fixer la valeur d’une entreprise, il faut mettre dans la balance les actifs, les passifs et la capacité à générer des profits. Oui, certains producteurs possèdent des entreprises qui ont une valeur de plusieurs millions. Mais est-ce que cela signifie que le système de gestion de l’offre du Canada est mauvais ? Plusieurs autres millionnaires sont actifs dans la filière agroalimentaire et doivent participer au débat.

M. Charlebois écrit également : « Avec la fin des quotas laitiers européens le printemps dernier, le Canada est maintenant le seul pays industrialisé au monde à maintenir un système de quotas. Pendant que le Canada s’enlise, le monde évolue ». Encore une fois, j’assume que cette affirmation n’a comme seul objectif que de susciter le débat. Pour nuancer, encore une fois, il faudrait jeter un œil attentif du côté de la France, qui gère actuellement une situation difficile pour ses producteurs laitiers et qui s’apprête à les soutenir financièrement. Une fois l’analyse des faits complétée, il faudrait se demander qui s’enlise vraiment, et comment se mesure l’évolution ?

ASSEMBLER TOUTE L’INFORMATION

Je suis totalement d’accord avec M. Charlebois : c’est à la population canadienne de décider de l’avenir du système de gestion de l’offre, et pas seulement aux producteurs. Plusieurs enjeux importants de cet accord potentiel de libre-échange sont soulevés dans ce texte. Il faut prendre le temps de les comprendre, les mesurer, identifier les gagnants et les perdants avec rigueur, objectivité et de façon factuelle. À mon avis, cette analyse doit se faire en tenant compte de l’ensemble de la filière : la production (les producteurs), la transformation (les laiteries) et la commercialisation (le commerce de détail).

Une fois que nous aurons l’ensemble de l’information, nous pourrons décider et faire les bons choix au niveau économique et social. Autrement, nous ne ferons qu’échanger des propos opportunistes qui ne serviront que les intérêts des plus habiles à les transmettre, sans égard aux opportunités et aux risques.

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