ÉDITORIAL ALEXANDRE SIROIS

RELATIONS CANADA–ÉTATS-UNIS Le mal qu’il nous a fait

Au cours des derniers mois, Donald Trump s’est comporté comme une brute avec le Canada.

Il a imposé des tarifs sur nos exportations d’acier et d’aluminium.

Il a menacé de « ruiner » notre économie.

Il a traité notre premier ministre de « malhonnête » et de « faible ».

Un de ses proches collaborateurs a même dit qu’il y avait « une place spéciale en enfer » pour les dirigeants comme Justin Trudeau.

Ce fut ignoble. Indigne d’un président de la première puissance mondiale et de son entourage.

Même si le Canada s’est entendu avec Washington sur le renouvellement de l’ALENA la semaine dernière, on ne peut pas dire qu’on efface tout et qu’on recommence. Ça ne tiendrait pas debout.

Premièrement, les plaies sont beaucoup trop vives.

Deuxièmement, ce serait illogique… et humiliant.

L’idée de tendre la joue gauche à celui qui nous frappe sur la joue droite, en relations internationales, est absurde.

Troisièmement, la rapacité de l’administration américaine est toujours d’actualité. Les tarifs sur l’aluminium et l’acier n’ont pas encore été annulés et la menace d’en imposer d’autres n’est pas écartée.

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Le mal qu’il nous a fait a laissé des traces. La semaine dernière, le Pew Research Center a indiqué que seulement 39 % des Canadiens ont une opinion positive des États-Unis (56 % en ont une négative). Cet institut de recherche de Washington effectue ce type de sondage depuis 2002. Jamais un résultat aussi épouvantable n’avait été rapporté.

Soulignons que ce sondage a été fait avant la signature de la nouvelle mouture de l’ALENA – que Donald Trump, vaniteux, a insisté pour rebaptiser AEUMC. Mais il y a fort à parier que la méfiance à l’égard de nos voisins ne disparaîtra pas de sitôt.

« Les Canadiens n’oublieront pas le traitement honteux réservé au Canada. Notre partenariat économique a été confirmé, mais la confiance ne peut pas être rétablie avec un simple coup de crayon », a judicieusement expliqué Roland Paris, ancien conseiller de Justin Trudeau, à l’agence Associated Press.

Certes, l’ère Trump ne durera pas éternellement. Il sera peut-être réélu en 2020 pour quatre ans de plus (on croise les doigts pour que ça n’arrive pas), mais il sera ensuite forcé de tirer sa révérence.

Mais il n’est pas impossible que le président qui sera élu après Trump décide de l’imiter. De promettre que ce sera « l’Amérique d’abord » et de privilégier la rivalité avec ses alliés traditionnels plutôt que la collaboration. De faire comme si le Canada n’était pas un ami qu’on doit traiter avec respect, mais bien un partenaire quelconque qui doit se soumettre à la loi du plus fort.

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On souhaite tous, évidemment, que l’œuvre de Trump ne se perpétue pas. La relation entre nos deux pays bat de l’aile, mais elle est néanmoins profonde. On l’a constaté à plusieurs reprises au cours des dernières décennies.

Il n’est pas impossible que la situation entre les deux pays s’améliore à moyen terme. Ça pourrait être le cas si un président moins belliqueux, moins protectionniste et moins tordu remplaçait Donald Trump. Après tout, lorsque Barack Obama a succédé à George W. Bush, le rapprochement entre le Canada et les États-Unis a été presque immédiat. Il faut espérer un scénario similaire.

Mais Donald Trump a été si odieux et son héritage pourrait être si toxique que cette fois, les plaies pourraient ne pas se refermer de sitôt.

Gager sa dernière chemise en prédisant que le mal que Donald Trump fait ne durera pas serait faire preuve d’angélisme.

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Canadiens ayant une opinion positive des États-Unis

2002 72 %

2003 63 %

2005 59 %

2007 55 %

2009 68 %

2013 64 %

2015 68 %

2016 65 %

2017 43 %

Source : Pew Research Center

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