Play, le film de notre vie

Les images de la nostalgie

Paris – Avant l’ère des réseaux sociaux, l’arrivée des caméscopes a permis aux gens de documenter leur vie. Nostalgique de l’époque où il a lui-même vécu son adolescence et les premières années de sa vie d’adulte, le cinéaste Anthony Marciano (Les gamins) a fouillé dans ses propres souvenirs pour offrir, plus de 25 ans plus tard, le portrait de sa génération. Mettant en vedette Max Boublil, Alice Isaaz, Noémie Lvovsky et Alain Chabat, Play, le film de notre vie, est le plus personnel des films de son auteur. Entretien.

Vous avez vécu votre adolescence au cours des années 90. Avez-vous le sentiment de faire partie de la première génération à avoir filmé sa propre vie ?

D’autres l’ont assurément fait avant nous. Mais il est vrai qu’aujourd’hui, se filmer est devenu un geste complètement banal. Dans mon film, Max [le personnage principal] fait au moins l’effort de sélectionner ce qu’il filme, d’essayer de rendre ça beau, de raconter une histoire. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’on documente beaucoup de choses sans intérêt, parce que c’est très facile à faire et ça ne prend pas de place dans un tiroir. On peut stocker du matériel autant qu’on veut ! Il y a aussi que maintenant, on se met beaucoup en scène soi-même plutôt que de filmer pour documenter.

Donc, ce que vous montrez dans votre film ressemble à ce que vous avez fait vous-même ?

Bien sûr ! C’est un peu notre vraie histoire à Max [Boublil, coscénariste et acteur principal du film] et moi. On m’a offert une caméra à l’âge de 13 ans et j’ai filmé tout ce qui se passait. Pour écrire ce film, je suis même retourné voir des images que j’avais tournées à cette époque et nous nous en sommes largement inspirés pour certaines scènes. Dès qu’un copain arrivait à la maison, il savait tout de suite qu’il allait jouer dans un court métrage, ou faire une fausse pub, ou venir avec moi dans la rue pour faire un vox pop, ou dire tout simplement des conneries face à la caméra ! Sans oublier les grands événements comme la Coupe du monde ou la Fête de la musique.

Aviez-vous déjà l’ambition d’être un jour cinéaste ?

Je n’avais peut-être pas encore la vocation, mais je me rappelle très bien avoir exprimé à mes parents ma volonté de faire des films. Cela dit, j’ai quand même fait un détour. Même si j’étais très concentré sur le cinéma, je me suis dirigé vers le monde musical, qui me passionnait tout autant. J’ai d’abord écrit des chansons et j’ai fait partie d’un groupe. Ensuite, je suis devenu producteur de musique et on m’a offert la direction artistique de Sony Music France. J’ai fait ça pendant 10 ans et je suis revenu au cinéma ensuite en empruntant d’autres voies.

Sachant cela, on ne s’étonnera pas d’apprendre que, un peu à la manière de Jean-Marc Vallée pour C.R.A.Z.Y. il y a 15 ans, la plus grosse partie du budget de votre film est allé aux droits musicaux des pièces qu’on peut y entendre…

Oui. On le savait d’avance, d’ailleurs. On voulait appuyer sur tous les boutons émotionnels des spectateurs. La qualité des images des caméscopes de l’époque, les décors, et, bien entendu, la musique. On a puisé dans un répertoire international très populaire, avec des chansons qui sont restées, d’autres qu’on a oubliées, comme Virtual Insanity [Jamiroquai] ou You Are My High [Demon], mais qui, toutes, ont en commun d’avoir été de très grands succès populaires en leur temps. Même si ça coûte cher, on y va parce qu’on ne peut pas faire sans. La force de la musique réside dans le fait de faire instantanément ressentir des choses aux spectateurs et de définir tout de suite l’époque. Ça fait travailler le subconscient !

Play, le film de notre vie est sans contredit votre film le plus personnel. Y a-t-il eu un élément déclencheur particulier qui vous a poussé à écrire cette histoire ?

Quand j’ai eu l’idée de raconter l’histoire que j’avais en tête de cette façon-là, le sujet s’est imposé, en quelque sorte. Quand j’étais plus jeune, je me souviens être sorti de la projection du film L’auberge espagnole [de Cédric Klapisch] complètement subjugué, sans encore savoir que ce film me marquerait pour la vie, comme aucun autre ne l’avait fait auparavant. Il a complètement changé ma façon de voir les choses et de percevoir le temps qui passe. À titre de cinéaste, mon rêve est d’offrir un film qui chamboule la vie des gens de la même manière. Pour y arriver, je me dois d’aller fouiller dans mes propres tripes. Je suis aussi quelqu’un de très nostalgique, non seulement de l’époque des années 1990-2000, mais aussi des premières années de l’adolescence, avec tout ce que cela comporte de premières fois, puis les 15 ans, 18 ans. J’aimerais tellement pouvoir retourner à cet âge, car il est riche de souvenirs incroyables. Grâce au procédé que j’utilise dans le film, je peux le revivre et inviter les spectateurs à revisiter aussi leurs années de jeunesse.

Il était entendu que Max Boublil, avec qui vous collaborez depuis plusieurs années, allait interpréter votre alter ego dans le film. Le récit s’étendant sur 25 années, comment s’est construite la distribution autour de lui ?

Il nous a fallu neuf mois, simplement pour trouver les comédiens. Trouver une cohésion pour quatre jeunes qui grandissent et pour lesquels il a fallu trouver des interprètes dans trois groupes d’âge est une tâche assez complexe. Un casse-tête impossible dont le but, ironiquement, est que le spectateur n’y voie que du feu.

À qui s’adresse votre film ? Visez-vous surtout les gens de votre génération ?

Au début, c’est ce qu’on pensait. On savait que ce film pouvait intéresser les trentenaires et les quadragénaires, mais au fil des projections, nous nous sommes rendu compte que les plus jeunes étaient aussi au rendez-vous. Ils vivent aujourd’hui exactement les mêmes choses, mais d’une manière différente. Plusieurs sont venus me voir pour me dire qu’ils s’intéressaient au film parce qu’il leur permet de voir ce qui les attend, en termes de vie de couple, de parentalité, bref, comment s’organise une vie d’adulte une fois l’adolescence passée. Puis des gens plus âgés sont aussi venus me voir pour me dire que même si leurs références n’étaient pas les mêmes, ils avaient été émus parce qu’ils avaient aussi l’impression de retourner à leur jeunesse.

Après un film aussi personnel, pense-t-on déjà au prochain ?

Oui. Mon prochain film ne parlera pas de moi, mais il s’intéressera aussi à l’adolescence dans le monde contemporain. Cette étape de la vie me fascine et m’émeut, car c’est à cet âge que tout se joue alors qu’on ne s’en rend même pas compte !

Play, le film de notre vie prend l’affiche le 14 février.

Les frais de voyage ont été payés par Unifrance.

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