PHOTOGRAPHIE / JULIE PERREAULT

Prendre la parole derrière la lentille

On la connaît pour son travail de comédienne au théâtre, au cinéma, sur le web et surtout à la télévision, où elle a entre autres été en vedette dans L’échappée, 19-2 et Minuit le soir. Mais Julie Perreault mène aussi une prolifique carrière de photographe. À travers ses photos, elle dit prendre la parole. Rencontre.

Dans le vocabulaire de Julie Perreault, le mot « lumière » occupe une place prépondérante. Car lorsqu’elle exerce son travail de photographe, c’est à travers la lumière, les éclairages, les ombres, qu’elle s’exprime.

« Pour certains, le cadrage va créer l’émotion. Pour moi, c’est la lumière, dit-elle. Ma signature visuelle passe par là. Faire de la photo, c’est raconter une histoire, et les miennes se définissent principalement avec la lumière. »

En marge de son métier de comédienne, Julie Perreault est de plus en plus reconnue pour son travail de photographe. Et pour cause ! Les artistes qui passent devant sa lentille s’empressent de diffuser les photos qu’elle a prises d’eux. Elle en a aussi publié plusieurs à travers « Les contes de Perreault », clichés parus dans la revue Clin d’œil et aussi en ligne. Son compte Instagram (julieperreaultphotographe) compte plus de 54 000 abonnés.

Elle arrive à la photo par hasard, intriguée par le travail des directeurs photo et de leurs assistants sur les plateaux de tournage. Son conjoint Sébastien Delorme lui offre un appareil reflex en cadeau. Plus le temps passe, et plus son intérêt augmente.

La qualité de ses portraits suscite l’intérêt. Des collègues comme Karine Vanasse et Hélène Bourgeois Leclerc lui demandent de faire des photos de casting. Elle se reconnaît dans les artistes qu’elle photographie. « Ils sont toujours chargés, habités de quelque chose », dit-elle.

D’interprète qu’elle est devant la caméra, elle devient créatrice derrière ses appareils photo. Et ça lui plaît. Sérieuse, méticuleuse, elle crée avec ses assistants des mises en scène qui se moulent à la personnalité des sujets captés par ses lentilles. Elle travaille toujours avec de la musique en arrière-plan et prépare des listes d’écoute en fonction de ses sujets.

« Lorsque je photographie des artistes, c’est ma perception de ce qu’ils sont. C’est un point de vue. J’ai alors l’impression de prendre la parole, de m’exprimer à travers ces images. »

Voici un aperçu de son travail.

Magalie Lépine-Blondeau

« Je suis inspirée par le travail d’Annie Leibovitz et j’aime comment elle met les acteurs dans des situations de jeu – ce que j’ai fait ici avec Magalie, qui est une femme splendide et très mystérieuse. Sa retenue dans sa manière de se présenter me plaît beaucoup, me fascine. Par ailleurs, il y a quelque chose de très international dans cette femme qui voyage beaucoup. J’avais donc envie de la transporter dans un univers plus parisien pour cette photo que j’ai faite dans le Vieux-Montréal. »

Mélissa Désormeaux-Poulin

« J’ai photographié Mélissa assise à l’arrière d’une Bentley. C’était un espace difficile car restreint, raconte-t-elle. Il y avait peu d’éclairage. Heureusement, l’intérieur de la voiture était pâle. Un orage a éclaté durant la séance. Je me sentais confrontée au climat, mais mon assistant m’a dit de ne pas lutter contre les éléments. Et justement, le côté dramatique de cette photo est imputable à la pluie sur la fenêtre. » Julie Perreault est très satisfaite du résultat et soutient que cette photo est l’une de ses préférées.

Isabelle Blais

Julie Perreault se dit plus à l’aise à travailler avec la lumière dans un univers féminin. Elle est aussi plus à l’aise dans des mises en scène romantiques que sensuelles. « Mais parfois, comme ici avec Isabelle Blais, j’ai le goût d’y aller [dans un angle plus sensuel], ce que j’ai fait avec énormément de pudeur et de retenue. Isabelle a une très grande photogénie, une peau de porcelaine. La lumière se reflète sur elle comme si le jour se levait. »

Hélène Florent

Hélène Florent fait partie de ces personnes que Julie Perreault photographierait « à l’infini ». « Peu importe la façon dont on la présente, Hélène a toujours cette douceur qui l’habite. C’est une bonne personne, avec une grande humanité, une profondeur d’âme. » Elle associe cette photo au monde de la mode. « Je suis très inspirée par la mode et je consomme de façon maladive les revues internationales. Je suis admirative de la façon dont les photographes de mode savent raconter une histoire avec des contraintes rigides comme celles de vendre des vêtements et des tendances. »

Thomas et ses amis

« J’ai commencé la photo en prenant des clichés des gens que j’aime le plus au monde, ma famille. Je le fais moins maintenant, car j’ai alors l’impression de ramener du travail à la maison. Je le fais à l’occasion comme ici, au bal des finissants de mon fils Thomas [au bout, à droite]. J’ai voulu le faire avec ses amis Colin, Laurent et Pablo. » Pour cette mise en scène, elle s’est inspirée d’une publicité de Calvin Klein. Pourquoi avoir coupé les pieds ? Parce que le bas de la photo touchait au gazon et qu’elle ne voulait pas en mettre dans le cadrage. Thomas, adepte de photo et de cinéma, assiste de plus en plus sa mère dans son travail de photographe.

Les assistants

Julie Perreault travaille en équipe de cinq ou six personnes, et elle encense le travail de ses collaborateurs, dont son assistant Philippe-Michel Desrosiers. Afin de les mettre en valeur, et parce qu’elle est fascinée par la préparation des séances, elle prend plusieurs photos en dehors du cadre. Sur celle-ci, la styliste Emmanuelle Rochon ajuste un vêtement de Sarah-Jeanne Labrosse. « Ce que j’aime ici est la concentration de Sarah-Jeanne et la bienveillance d’Emmanuelle, dit la photographe. Je donne autant d’amour à mes photos “making of” qu’à celles que je vais publier. »

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