Volleyball universitaire

La méthode Ghazi

Il est verbomoteur, un peu hyperactif, surtout passionné… Arrivé l’automne dernier « comme un vent de fraîcheur » chez les Carabins de l’Université de Montréal, Ghazi Guidara a tout de suite charmé ses joueurs. Et ceux-ci viennent de remporter leur premier championnat provincial depuis 13 ans.

Il ne faut que quelques secondes pour comprendre ce que les volleyeurs des Carabins veulent dire quand ils parlent de l’enthousiasme contagieux de leur coach.

Dans son minuscule bureau beige situé au cinquième étage du CEPSUM, Ghazi Guidara s’emballe ; pourtant, il ne fait qu’exposer à La Presse les possibilités techniques offertes par le logiciel qu’il utilise pour analyser les séquences vidéo de ses adversaires. Alors imaginez quand on commence à parler de volleyball, ce sport qui l’habite depuis plus de trois décennies…

Guidara achève ces jours-ci sa première saison à la tête de l’équipe de l’Université de Montréal. En battant l’Université Laval vendredi soir, ses Carabins ont mis la main sur le championnat québécois, interrompant une domination sans partage de 13 ans du Rouge et Or.

Fruit du hasard ? Pas vraiment, si l’on se fie aux témoignages glanés au sein de l’équipe. « Il a apporté sa touche personnelle sans pour autant tout changer, lance Alyson Francillon, capitaine de la formation qui termine sa cinquième année chez les Bleus. C’est quelqu’un de très humain, de positif, qui croit au potentiel de chaque joueur. On entend sa passion dans sa voix. »

« C’est un excellent pédagogue qui nous a apporté un vent de fraîcheur, complète Gabriel Chancy, passeur de troisième année. Tous les gars ont hâte d’aller jouer… même d’aller aux pratiques ! »

Un joueur chevronné

Dix-huit années passées au sein de l’équipe nationale tunisienne (avec laquelle il a cumulé quelque 600 sélections), deux participations aux Jeux olympiques, quatre Coupes du monde, deux championnats mondiaux, quatre années passées dans les rangs professionnels en France… Quand il a mis fin à sa carrière de joueur en 2012, Guidara pouvait se retirer avec le sentiment du travail accompli.

À peine un mois après sa retraite, celui qui poursuivait aussi une carrière d’enseignant a décidé d’émigrer au Québec. « J’étais venu avec l’équipe tunisienne en 2006, et j’ai su que c’est ici que je voulais vivre », raconte l’entraîneur.

Dès son arrivée, il se lance dans le coaching. Après un court passage au niveau secondaire à Granby, il déménage à Sherbrooke, où il occupe simultanément, de 2014 à 2017, les postes d’entraîneur-chef des Volontaires (collégial) et d’entraîneur adjoint du Vert & Or (universitaire). Ce n’est que l’été dernier, après l’annonce de la retraite de Georges Laplante, qui dirigeait les Carabins depuis 1990, que Guidara a débarqué dans la métropole.

Partout où il est passé, il a tenté d’implanter la même philosophie : miser sur l’épanouissement des joueurs, individuellement et collectivement, tant sur le terrain que dans les salles de cours.

« Il y a dans l’équipe des gars qui étudient en médecine, en génie, aux HEC… C’est important que les dimensions académique et sportive avancent main dans la main. Je veux qu’ils retrouvent toutes les conditions favorables pour réussir », souligne-t-il.

« Je veux créer dans le vestiaire une ambiance qui est saine, basée sur la transparence, la crédibilité. Il y a une bonne compétition dans l’équipe, beaucoup de profondeur, d’enthousiasme. On partage tous le même désir de réussir. »

Créativité dans le système

Dans sa transition de joueur à entraîneur, Guidara s’est imposé un raisonnement simple, mais efficace : « Reproduire ce que j’aimais de mes coachs, améliorer ce que je n’aimais pas et éviter de répéter mes mauvaises expériences. »

« J’essaie surtout de faire les choses à ma façon, précise-t-il. Les gars sont curieux, ils posent beaucoup de questions, alors il faut les écouter. Je suis très tolérant sur certaines choses, mais ferme sur d’autres. »

« L’autorité, c’est bien, mais ce n’est pas toujours nécessaire. Il y a des choses que les jeunes athlètes doivent vivre et on doit les laisser faire. »

— Ghazi Guidara

« Je suis toutefois très exigeant sur le concept d’équipe, dit-il encore. En fait, je crois à la créativité dans un système organisé. Les jeunes développent leur identité, leur intelligence dans le jeu. Alors je regarde ce que chacun apporte, je bâtis avec ça… Et je veux que les gars s’amusent ! »

Force est de constater que la recette a fonctionné. Ses hommes ont terminé au premier rang du classement en saison avant de vaincre le Rouge et Or en finale, ce qui n’était pas arrivé depuis 13 ans – et jamais avant 2005. Prochaine étape : le championnat canadien, que les Carabins n’ont jamais remporté.

« Ils sont souvent passés proche au cours des dernières années, mais ça s’est vraiment joué dans les détails cette saison. On n’a pas eu trop de blessés, l’équipe est mature, elle a fait preuve de régularité. Le mérite revient à tout le monde. »

Et peut-être un peu à la « méthode Ghazi ».

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