Opinion

Le pape François et la peine de mort

Le pape François vient de modifier le catéchisme de l’Église catholique pour rendre la peine de mort « inadmissible », et encourager toutes les instances et personnes se réclamant du catholicisme à s’engager pour son abolition partout dans le monde. En soi, cette nouvelle ne surprend guère, car déjà dans de nombreuses allocutions, François a manifesté sa ferme opposition à une pratique qu’il juge indigne.

Tout de même, ces derniers jours, on est passé d’une désapprobation personnelle à une condamnation officielle, ce qui soulève deux questions. Tout d’abord, en réécrivant ainsi le catéchisme, le pape opère-t-il une rupture dans l’enseignement doctrinal de l’Église, réputé inamovible ? Par ailleurs, la question de la peine de mort relève-t-elle vraiment de la compétence de l’institution ecclésiale ?

Pour évaluer la portée et la nature du changement effectué par François, il faut d’abord savoir qu’il s’inscrit dans le prolongement des deux derniers pontificats.

En effet, tant Jean-Paul II que Benoît XVI ont exprimé leurs très grandes réserves quant à la peine de mort. Tellement que si le catéchisme de 1992 ne la stigmatisait pas d’une manière absolue, il soulignait qu’y recourir ne saurait se justifier que dans des cas « désormais assez rares, sinon même pratiquement inexistants ».

Autrement dit, et si l’on se souvient que l’État du Vatican a interdit la peine capitale bien avant des pays progressistes comme la France et le Canada, on peut conclure que François vient simplement de verrouiller une porte déjà passablement fermée.

Cependant, dans une perspective plus large, on peut considérer la peine de mort comme un exemple typique d’un point de doctrine que l’Église a dû réviser avec le temps.

Sous la pression concomitante de l’évolution des mœurs et des progrès faits dans la compréhension de ce qu’exige l’Évangile, elle est passée d’une grande permissivité au Moyen Âge à une condamnation totale aujourd’hui.

Bref, un cas d’espèce pour ceux et celles qui estiment que dans certains dossiers, l’Église peut, et doit, se donner le droit de revoir ses interprétations – et donc quelques-unes de ses positions.

Néanmoins, l’Église a-t-elle véritablement autorité en matière de peine capitale ? En se prononçant fermement sur cet enjeu, ne s’ingère-t-elle pas indûment dans le libre exercice du discernement de chaque État sur la manière la plus adéquate d’appliquer la justice ?

Poser une telle question suggère que ce que l’on attend de l’Église, désormais, est avant tout un « service spirituel ». Cette attente n’est certes pas entièrement injustifiée, car la sécularisation récente de nos sociétés a bel et bien permis à l’Église de délaisser quelques-unes de ses tâches de structuration sociale pour se recentrer sur sa mission spirituelle.

Les périphéries sociales

Le pape François travaille d’ailleurs dans le sens de cette « purification » : depuis le début de son pontificat, il tente de dégager l'attention de l’Église hors des lieux où elle s’est attardée jusqu’à s’y embourber – les chambres à coucher, par exemple –, pour l’orienter vers les périphéries sociales. Là où les véritables pages d’Évangile de notre temps devraient s’écrire en priorité.

Mais justement, cet accent sur les périphéries sociales souligne que toute véritable spiritualité s’incarne dans des pratiques concrètes. Certes, l’on peut contester que la spiritualité chrétienne, basée sur un Évangile qui exalte la grandeur de la liberté humaine, s’accompagne de règles précises en matière de sexualité et de choix de partenaires de vie. Par contre, il est devenu de plus en plus évident que l’on ne peut plus prêcher sans contradiction l’infinie miséricorde de Dieu tout en acceptant que la justice humaine mette un terme à des existences susceptibles, jusqu’au bout, de la découvrir, de l’accepter, d’en être toute retournée.

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