Écrasement d'avion en Éthiopie

une tragédie qui se répète

Les 149 passagers, dont 18 Canadiens, et 8 membres d’équipage d’un vol d’Ethiopian Airlines qui se rendait à Nairobi, au Kenya, sont morts hier après que le Boeing 737 MAX dans lequel ils se trouvaient s’est écrasé quelques minutes après son décollage de l’aéroport d’Addis-Abeba. C’était la deuxième fois que ce type d’appareil s’écrase en quelques mois. Faut-il s’en inquiéter ?

Écrasement d’avion en Éthiopie

Cinq des pires tragédies aériennes

Le mystère du vol MH 370

En mars 2014, le vol MH 370 de Malaysia Airlines disparaît avec 239 personnes à bord. Il s’agit d’un Boeing 777, qui reliait Kuala Lumpur à Pékin. On suppose que l’avion s’est abîmé dans l’océan Indien, mais l’enquête n’a pas encore déterminé pourquoi l’appareil a dévié de son plan de vol initial. Les autorités malaisiennes, australiennes et chinoises n’ont pas pu retracer le Boeing. Des débris ont été retrouvés en 2016. Récemment, cinq ans après cette mystérieuse disparition, le ministère des Transports de la Malaisie s’est dit ouvert à entendre de nouvelles propositions pour reprendre les recherches.

Vol 17 de Malaysia Airlines

En juillet 2014, le Boeing 777 du vol 17 reliant Amsterdam à Kuala Lumpur est abattu en plein vol alors qu’il se trouve au-dessus de l’est de l’Ukraine. Aucun survivant parmi les 283 passagers et 15 membres d’équipage de l’appareil. Alors que l’Ukraine et la Russie en conflit se jettent mutuellement le blâme, une équipe internationale d’enquête a affirmé en 2018 que le missile qui a frappé l’avion provenait d’une unité antiaérienne militaire russe.

Vol 447 d’Air France

Le 1er juin 2009, au large du Brésil, les 228 passagers et membres d’équipage d’un vol d’Air France entre Rio et Paris sont tués lorsque l’Airbus A330 s’abîme dans l’océan Atlantique. Air France et Airbus ont été inculpés en 2011 pour homicides involontaires. Différentes expertises ont blâmé la compagnie, le constructeur, les conditions de vol et la formation des pilotes.

Vol 587 d’American Airlines 

En novembre 2001, un Airbus A300 effectuant le vol 587 entre New York et Saint-Domingue s’est écrasé peu après son décollage sur un quartier résidentiel du Queens. Tous les occupants de l’appareil, soit 251 passagers et 9 membres d’équipage, sont morts. Cinq personnes au sol ont également perdu la vie. Le vol n’aura duré qu’un peu plus de 2 minutes. Puisqu’il est survenu tout juste après les attentats du 11 septembre 2001, la piste terroriste a d’abord été étudiée avant d’être rapidement rejetée. Selon une enquête, il s’agissait plutôt de circonstances extérieures auxquelles les pilotes n’ont pu répondre.

Le « crash du siècle » : Tenerife

Moins récent, l’accident aérien commercial qui a causé le plus grand nombre de morts a eu lieu en 1977. Il ne s’est en fait pas déroulé dans les airs, mais plutôt sur la piste plongée dans le brouillard de l’aéroport de Los Rodeos, dans l’île de Tenerife, aux Canaries. Ce sont 583 personnes qui ont perdu la vue lorsque deux Boeing 747 se sont percutés : le premier tentait de décoller tandis que l’autre était en train de remonter la piste. 

Au deuxième rang des accidents les plus meurtriers, celui du vol 123 de Japan Airlines, qui s’est écrasé à une centaine de kilomètres de Tokyo, faisant 520 morts et 4 blessés.

— Marissa Groguhé, La Presse

Écrasement d’avion en Éthiopie

Un mystérieux écrasement fait 157 morts, dont 18 Canadiens

La météo était favorable et l’aéronef, flambant neuf.

Rien ne laissait donc présager, sur la piste de décollage de l’aéroport d’Addis-Abeba, que le vol 302 d’Ethiopian Airlines de 8 h 38 ne durerait que quelques minutes et coûterait la vie à ses 157 occupants.

Dix-huit Canadiens ont péri dans cet écrasement d’un Boeing 737 MAX 8, dont on savait très peu de choses hier soir. L’aéronef, qui s’envolait à destination de Nairobi, au Kenya, transportait également 32 Kényans et 9 Éthiopiens, entre autres. Au total, ce sont 35 nationalités qui étaient représentées parmi les victimes. Dix-neuf employés de l’ONU se trouvaient à bord.

Les noms des victimes canadiennes ont commencé à être dévoilés au compte-gouttes en fin de journée hier (voir onglet 4).

En après-midi, le premier ministre Justin Trudeau a publié une déclaration dans laquelle il s’est dit « profondément attristé par le terrible écrasement ».

« Nous nous joignons à la communauté internationale pour pleurer la perte de tant de vies », a-t-il ajouté.

« Au nom de tous les Canadiens, [ma femme] Sophie et moi offrons nos sincères condoléances à tous ceux qui ont perdu un membre de leur famille, un ami ou un proche lors de cette tragédie. Alors que les causes de l’écrasement continuent de faire l’objet d’enquêtes, la sûreté et la sécurité des Canadiens demeurent notre préoccupation principale. »

Dans un communiqué de presse publié sur le site du gouvernement fédéral, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a offert elle aussi ses condoléances. Elle a également indiqué que « des agents consulaires canadiens ont été immédiatement dépêchés à l’aéroport d'Addis-Abeba [hier] et ont contacté les agences gouvernementales éthiopiennes pour vérifier les faits et veiller à [fournir] le soutien le plus efficace possible aux familles canadiennes en cette période difficile ».

Ethiopian Airlines a dit avoir averti toutes les familles des victimes, hier. Des examens médicolégaux seront bientôt pratiqués afin d’identifier individuellement toutes les dépouilles.

Enquête

Les autorités éthiopiennes et américaines ont déjà annoncé qu’elles mèneraient de concert l’enquête sur l’écrasement, dont la cause exacte était encore inconnue au moment de publier. Le gouvernement français a également lancé une investigation.

L’organisme américain chargé de la sécurité dans les transports (NTSB) a ajouté qu’il enverrait une équipe d’inspecteurs.

Car si l’écrasement survenu hier matin a plongé la planète dans le deuil, il a surtout jeté le doute sur le constructeur Boeing. En octobre dernier, un 737 MAX 8 s’était écrasé dans la mer de Java, en Indonésie, dans des circonstances quasi identiques à celles d’hier (voir l’onglet suivant).

Boeing s’est dite « profondément attristée » par la tragédie d’hier, qui impliquait un appareil qu’elle n’avait pourtant livré à Ethiopian Airlines qu’en novembre dernier.

Selon le site de référence FlightRadar24, l’avion a eu de la difficulté à prendre de l’altitude à une vitesse stable. À peine six minutes après le décollage, le pilote a lancé un appel de détresse et reçu l’autorisation de faire demi-tour pour rentrer à l’aéroport.

C’est toutefois la dernière communication qui a été enregistrée entre la tour de contrôle et l’appareil. Celui-ci a été retrouvé complètement pulvérisé à Bishoftu, à une cinquantaine de kilomètres de la capitale éthiopienne.

Scène d’horreur

Un témoin a confié à l’Agence France-Presse que l’avion était déjà en flammes lorsqu’il a touché le sol.

En s’écrasant, l’avion a creusé un impressionnant cratère, labourant la terre sur des dizaines de mètres de longueur. L’avion s’est désintégré lors de l’impact : on ne distinguait plus la forme de l’appareil, mais seulement des morceaux de carlingue éparpillés.

Des tracteurs sillonnaient le lieu de la tragédie, déterrant des pièces de l’avion. Partout, des effets personnels des occupants jonchaient le sol.

Des équipes de la Croix-Rouge ont cherché des survivants, en vain.

Le PDG d’Ethiopian Airlines, Tewolde GebreMariam, qui a évoqué un « jour très triste et tragique », s’est rendu sur place pour constater les dégâts.

Ethiopian Airlines, détenue à 100 % par l’État éthiopien, a connu une très forte expansion au cours des dernières années. Sa flotte compte plus de 100 appareils, ce qui en fait la plus importante en Afrique.

En 2018, une étude révélait qu’Addis-Abeba avait dépassé Dubaï en tant que premier aéroport de transit pour les passagers arrivant en Afrique subsaharienne. Le transporteur, en pleine expansion, a récemment créé une liaison vers Moscou et a inauguré un nouveau terminal aéroportuaire à Addis-Abeba, triplant ainsi sa capacité.

Le gouvernement du Canada a indiqué hier que les amis et les membres de la famille de citoyens canadiens présumément à bord du vol peuvent communiquer avec le Centre de surveillance et d’intervention d’urgence d’Affaires mondiales Canada, 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, en composant le 613 996-8885 ou le 1 800 387-3124, ou en envoyant un courriel à sos@international.gc.ca.

— Avec l’Associated Press, La Presse canadienne, l’Agence France-Presse et le New York Times

Écrasement d’avion en Éthiopie

Envol funeste pour le 737 MAX

C’est la deuxième fois en moins de cinq mois qu’un Boeing 737 MAX s’écrase, dans des circonstances quasi identiques. Comment analyser cette séquence funeste pour le géant américain de l’aérospatiale ? La Presse a consulté deux experts pour y voir plus clair.

Un triste air de déjà-vu

Le 29 octobre 2018, un Boeing 737 MAX 8 flambant neuf de la compagnie Lion Air s’est écrasé dans la mer de Java, en Indonésie. Les similitudes avec l’écrasement d’hier sont troublantes. Comme hier, après seulement quelques minutes de vol, le pilote a demandé de faire demi-tour ; comme hier, il n’y est pas parvenu. C’est ainsi que 189 personnes ont perdu la vie l’automne dernier. Le rapport d’enquête complet sur cette tragédie n’a pas encore été publié, mais on sait déjà que l’équipage de Lion Air a dû affronter une défaillance du logiciel d’assistance de pilotage, dont les capteurs effectuaient une lecture erronée de l’angle de l’avion par rapport à l’horizon – nommé assiette, en langage d’aviation. Les autorités américaines avaient par la suite publié une directive à l’intention des pilotes pour composer avec cette problématique.

Formation primordiale

La Presse s’est entretenue avec Marie-Hélène Simard, pilote et spécialiste en sécurité aéronautique, ainsi qu’avec John Gradek, chargé de cours en gestion intégrée de l’aviation à l’Université McGill. D’emblée, ils ont chacun prôné la prudence dans leur analyse, étant donné le peu d’informations disponibles hier – l’enquête sur les causes exactes de la tragédie pourrait durer des mois. N’empêche, sans se consulter, tous deux ont rapidement évoqué la question de la formation de l’équipage à bord, à plus forte raison vu les circonstances entourant l’accident en Indonésie. « Des accidents passés nous ont révélé que la formation des pilotes et leur compréhension des systèmes avaient fait défaut », résume Mme Simard. Il y a quelques semaines, le New York Times révélait qu’avant l’écrasement en Indonésie, Boeing n’avait pas cru bon d’informer ses pilotes d’un changement dans le système de contrôle de vol sur sa série MAX.

Se méfier ou pas ?

Les deux écrasements des derniers mois devraient-ils faire craindre aux voyageurs de monter à bord d’un 737 MAX ? Non, tranchent nos intervenants. « Il ne faut pas paniquer », lance John Gradek. « Ça reste un appareil certifié qui a passé à travers tous les tests possibles », renchérit Marie-Hélène Simard. Clouer un modèle d’avion au sol demeure une situation rarissime, insiste M. Gradek. « Mais encore faut-il s’assurer que les gens sachent quoi faire dans toutes les situations lorsqu’ils opèrent l’avion par la suite », conclut-il. Au moins un précédent existe tout de même : en 2013 et 2014, aucun Boeing 787 n’a volé pendant des mois, après que des problèmes électriques attribuables à des batteries au lithium défectueuses eurent été signalés à répétition sur des appareils de la série Dreamliner.

Qu’est-ce que le 737 MAX ?

Le Boeing 737, l’un des modèles les plus populaires du monde chez les compagnies aériennes, est visible dans le ciel depuis un peu plus de 50 ans. Sa série MAX, lancée en 2017, offre des modèles moins gourmands en carburant et présentant des avancées technologiques considérables sur le plan de l’assistance de pilotage. Le principal changement, sur le plan de la conception de l’appareil, concerne les moteurs, plus massifs et plus hauts que sur les 737 traditionnels.

Les compagnies tiennent le cap... sauf en chine

Au Canada, trois compagnies aériennes font appel au 737 MAX, soit Sunwing, Air Canada et WestJet. Ces deux dernières, dans des déclarations écrites fournies aux médias, ont réitéré leur confiance par rapport au modèle de Boeing. «  [Sa] performance est excellente autant du point de vue de la sécurité, de la fiabilité que du niveau de satisfaction de la clientèle », a écrit Air Canada, qui compte sur 24 aéronefs 737 MAX, dont le premier exemplaire d’une commande de 61 avions a été livré en mai 2017. « Nous suivons la situation de près et n’allons pas spéculer sur les causes de l’incident », a pour sa part indiqué WestJet, propriétaire de 13 MAX sur une commande totale de 50 appareils. Sunwing, qui n’a pas répondu à notre demande d’entrevue hier, comptera sur quatre appareils au cours des prochaines années.

Pour sa part, la Chine a demandé aujourd’hui aux compagnies aériennes chinoises de suspendre les vols de leurs Boeing 737 MAX 8, après l’écrasement d’hier. Leur utilisation pourra reprendre après confirmation par les autorités américaines et par Boeing « des mesures prises pour garantir avec efficacité la sécurité des vols », a indiqué le Bureau chinois de l’aviation civile dans un communiqué.

Citant l’écrasement d’hier et celui de Lion Air en octobre 2018, le Bureau a précisé que la mesure de suspension entrerait en vigueur aujourd’hui à 18H00 (heure chinoise). « Compte tenu du fait que les deux accidents aériens concernent des Boeing 737 MAX 8 livrés récemment et qu’ils se sont tous les deux produits pendant la phase de décollage, ils présentent certaines similitudes », a indiqué le Bureau pour justifier sa décision.

Pas une première

Le Boeing 737 MAX n’est pas la première génération à connaître des ratés à ses débuts dans les airs. Marie-Hélène Simard cite spontanément en exemple l’Airbus 320, aujourd’hui l’un des avions de ligne les plus vendus du monde, mais qui a connu une naissance catastrophique à la fin des années 80. « Ce n’était pas une mauvaise machine, mais à l’époque, la difficulté résidait dans le passage à une beaucoup plus grande automatisation », souligne-t-elle. Un vol de démonstration a même viré au drame, en 1988, lorsqu’un aéronef d’Air France a fini sa course dans une forêt. L’appareil a été complètement détruit dans sa chute et trois personnes ont perdu la vie.

Et maintenant ?

Pour Boeing comme pour les autorités aériennes un peu partout dans le monde, l’heure est maintenant à l’enquête pour déterminer ce qui est précisément arrivé sur le vol 302 d’Ethiopian Airlines. Nos experts s’attendent à ce que le constructeur collabore de bonne foi à l’investigation. « Boeing veut continuer à vendre des avions ! s’exclame Marie-Hélène Simard. Il n’a pas d’autre choix que de collaborer. Ces fabricants-là ne veulent pas perdre leur nom. Je ne pense pas qu’ils vont se cacher. »

— Avec Agence France-Presse

Écrasement d’avion en Éthiopie

Six victimes canadiennes identifiées

On compte 18 Canadiens parmi les 157 victimes de 35 nationalités à avoir perdu la vie lors de l’écrasement du vol 302 hier. Voici l’identité des six victimes canadiennes connues au moment de publier ces lignes.

Pius Adesanmi

Ottawa, Ontario

Pius Adesanmi était professeur au département d’anglais et de littérature à l’Université Carleton d’Ottawa. Également auteur, il a publié un recueil de poésie ainsi qu’un essai et écrivait pour plusieurs quotidiens nigérians. M. Adesanmi était directeur du département d’études africaines de l’Université Carleton. Le président et vice-chancelier de l’établissement a témoigné hier que « Pius était une figure éminente des études africaines et postcoloniales ». « Sa perte soudaine est une tragédie », a-t-il également souligné. Sur Twitter et Facebook, des centaines d’étudiants, de collègues et de connaissances ont partagé des souvenirs ou écrit un mot à sa mémoire. 

Amina Ibrahim Odowaa, 33 ans, et sa fille Safiya Faisal Egal, 5 ans

Edmonton, Alberta

La mère de famille et sa fillette se rendaient au Kenya afin de rendre visite à des proches. Le frère d’Amina Ibrahim Odowaa, Mohammed Hassan Ali, a raconté que la jeune femme, qui vivait à Edmonton depuis 2006, était « très gentille, sociable et amicale ». Elle laisse derrière elle deux autres fillettes de 3 ans et 7 ans. 

Derrick Lwugi

Calgary, Alberta

Derrick Lwugi était un comptable et père de famille d’origine kényane. Il laisse dans le deuil sa femme, Gladys Kivia, et ses trois enfants âgés de 17, 19 et 20 ans. L’homme vivait au Canada depuis 2004 et se rendait au Kenya pour rendre visite à des parents. « Derrick croit qu’il est important de redonner à la société. Il pense que les retours émotionnels et psychologiques obtenus en aidant les moins fortunés sont énormes », peut-on lire sur le site de l’association Abeingo, dont il était membre. Sa sœur, Mercy Lwugi, l’attendait à l’aéroport de Nairobi lorsqu’elle a appris que l’avion s’était écrasé en consultant Facebook.

Danielle Moore

Winnipeg, Manitoba

La jeune femme, âgée de 24 ans, était en route vers une conférence de l’ONU sur l’environnement à Nairobi, a indiqué sa tante dans un tweet hier après-midi. « Je suis profondément attristée que cette lumière si brillante ait été éteinte si rapidement », a écrit la femme. Le père de la victime, Chris Moore, a confirmé la mort de sa fille lors d’un entretien téléphonique avec la CBC. Danielle Moore a grandi à Toronto et travaillait pour l’organisme caritatif Canada en programmation, qui met en œuvre des programmes d’apprentissage de la technologie. 

Jessica Hyba

Jessica Hyba était relationniste externe au Haut-commissariat des Nations unies. Elle faisait partie des 19 employés de l’organisation à avoir pris place à bord de l’aéronef d’Ethiopian Airlines, selon une information rapportée par Radio-Canada.

— Avec Reuters, La Presse canadienne et CTV News

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